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Source: Archives
des Affaires Étrangères, Correspondance Politique, République
de Genève 25, fols. 112-113
26 novembre
1704
"Les differents avis que j'ay, Monsieur, touchant Cattinat me mettent
dans l'incertitude de ce qu'il est veritablement devenu. Il a esté
quelques jours dans une Maison hors de la ville chez un jardinier nommé
Billard, qui est des Sevennes. Ils estoient 3 ou 4 personnes ensemble.
Ce jardinier estoit parti avec eux comme devant les suivre et il avoit
dit adieu a ses amis sur ce pied là. Il est pourtant presentement
de retour chez luy, et si ce qu'on me raporte est veritable il doit avoir
dit qu'il n'a esté que jusques dans le Pays de Vaud, et que n'ayant
pas pû passer il estoit revenu, sans parler des autres. Sur ce pied
là il se pourroit faire, Monsieur, qu'il les auroit seulement accompagnez
jusques là, et que Cattinat et ceux qui sont avec luy auroient
continué leur chemin par la franchecomté. Peu estre aussi
sont ils touts revenus, et dans ce cas là je ne doute point qu'ils
ne se tiennent cachez quelque part. Je say qu'ils craignent fort de tomber
dans quelque embuscade. D'ailleurs fontane, qui avoit paru devoir partir
avec Cattinat, est surement a Lausane, aussi bien qu'un officier alleman,
qui les estoit venu joindre icy. Le petit Predicant, qui est de la meme
troupe s'apelle François. On m'avoit raporté que Cavalier
estoit revenu de Piemont, et les avoit joints pour repasser dans les Sevennes
avec eux: Mais il n'y a nulle aparence a cela.
Quelque route qu'ils prennent on est averti partout. J'ay beaucoup de
penchant a croire qu'ils prendront celle de franchecomté pour tomber
dans la Bresse et dans le Pays de forez, de la dans l'auvergne et dans
le Rouergue, d'ou il leur sera aisé de gagner les Sevennes. Je
ne doute pas, Monsieur, que vous ne donniez bons ordres partout. La chimere
de ces gens là est que M. le Marquis de Miremont viendra avec un
corps de 8000 hommes tout francois pour porter la guerre dans le Daufiné
par les vallées et de là dans les Sevennes, et que cela
causera une revolution general dans toutes ces Provinces là ou
il y a beaucoup de nouveaux convertis; que Cavalier se joindra a luy avec
son regiment. Je crois assez que c'est là le projet. Mais M. le
Marquis de Miremont n'est pas encore en Piemont, ny les 10 mille hommes
[not a misprint--8 cited above 10 here]qu'il y doit conduire. Il ne faut
pas douter qu'on n'écrire dans ce sens là a Ravanel et aux
autres chefs des Sevennes qui ne se sont pas encore soumis et qu'on n'entretienne
meme dans ces esperances là les peuples des Sevennes. Ils ont differentes
adresses pour faire passer leurs lettres en ce pays là. En voicy
une, dont on m'a assuré qu'ils se servoient, a M. Parouillan voiturier
demeurant a Nismes. Il vous sera aisé, Monsieur, de savoir si veritablement
il y a à Nismes un voiturier de ce nom là, et de faire retirer
toutes les lettres que se trouveront a la poste a son adresse. Je croirois
bien aussi qu'on peut se servir de celle du nommé Billard jardinier
a pleinpalais pour les lettres qu'on ecrit de ce pays là a Cattinat
et a d'autres. Voila, Monsieur, tout ce que j'ay pû decouvrir jusqu'a
cette heure, qui meme est fort equivoque. On m'a ecrit de plus de Lausane
qu'il en estoit parti 130 hommes, Camisars, et autres avec quelques officiers
par petites bandes: Mais qu'on ne savoit pas bien encore s'il alloient
dans le Wurtemberg ou s'ils iroient par le Mont St. Godard en passant
par les Grisons pour gagner l'Italie et de là le Piemont, et que
ce qu'il y avoit encore de ces gens là à Lausane et dans
d'autres petites villes le long du Lac, qui les devoient suivre, avoient
receu un contr'ordre; Qu'on ne savoit a quoy atribuer ce changement, qui
pouvoit pourtant bien avoir quelque raport à un bruit sourd qui
couroit a Lausane qu'on avoit dessein de jetter du monde dans Montmelian;
Ce qu'il y a de bien veritable a tout cela c'est que la pluspart de ces
gens là sont fort embarrassé presentement qu'il n'y a plus
de communication avec le Piemont, et qu'on se lasse de leur fournir leur
subsistance. Il paroit ça esté de l'argent de M. le Duc
de Savoye jusqu'à cette heure."
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