Jean Cavalier à Champdomergue

Cette relation est tirée du "Manuscrit de la Haye", version en français et "brouillon" probable de ses Mémoires publiés en anglais, éditée par les Editions de Paris en 2011 sous le titre : Mémoires du colonel Cavalier sur la guerre des camisards, présentation et transcription de Pierre Rolland.
Elle est très différente de celle qu’il donne dans la version anglaise, où il affirme que Gédéon Laporte lui confia le commandement de la troupe, et, moins valorisante pour lui elle est probablement plus exacte !

Monsieur de Broglio ayant fait quelque séjour dans les hautes Cévennes, et étant obligé de s'en retourner à Montpellier, laissa dans ce pays-là un certain Poulle[1], capitaine de dragons et fameux partisan avec trois compagnies franches pour nous poursuivre, ce qu'il avait toujours fait : il nous serrait de si près qu'un jour il nous atteignit proche d'un bourg qu'on appelle le Collet-de-Dèze sur une haute montagne. Quand nous les vîmes si proche, et qu'il n'y avait plus moyen de reculer, nous l'attendîmes de pied ferme et d'assez bonne grâce ; mais dès qu'il commença à faire feu sur nous, qui n'étions point accoutumés à ce tintamarre, nous n'eûmes pas besoin de commandement de faire demi-tour à gauche ; tous firent volte face et s'enfuirent à la débandade. Ce capitaine nous donna la chasse pendant une heure, quelqu'uns de nos gens furent tués et le reste dispersés, sans aucune apparence de nous jamais rejoindre. Ce vainqueur s'en retourna tout couvert de lauriers, après avoir exterminés les scélérats, c'est ainsi qu'on nous appelait dans ce temps-là. A cette nouvelle, M. de Broglio fit assembler la milice pour anéantir ce qui restait de notre débris ; on allait après nous comme à la chasse du sanglier, et on nous cherchait dans les bois et sur les plus hautes montagnes ; plusieurs de nos gens furent pris dans cette dispersion, et immédiatement exécutés.

 

[1] Le capitaine Poul, redouté des camisards avait capturé, avec sa compagnie franche, au Plan de Fontmort Esprit Séguier et quelques autres.