PROJET
DE "CHEMINS CAMISARDS", "CHEMINS DE LA RESISTANCE PROTESTANTE",
"CHEMINS HUGUENOTS"
Le
dimanche 16 octobre 2005, la commission d'action du Club Cévenol
était réunie à Florac essentiellement autour
du thème : " Chemin des premiers camisards ".
Roger Lagrave a tout d'abord exposé le projet directement inspiré
du livre d'Henry Mouysset " Les premiers camisards " : baliser
un chemin de randonnée allant de Barre-des-Cévennes
au Pont-de-Montvert via Saint-Julien-d'Arpaon. Trois panneaux explicatifs,
placés au départ, à l'arrivée, ainsi qu'aux
Trois Fayards, donneraient des informations historiques aux randonneurs
leur permettant de mieux comprendre les tragiques événements
de juillet 1702 qui provoquèrent le début de la guerre
des camisards.
Henry Mouysset a ensuite pris la parole en précisant qu'il
était d'accord pour participer activement à la concrétisation
de ce projet mais qu'il lui paraît important de ne pas exclure
la possibilité de créer plusieurs " chemins camisards
" dans les Cévennes.
Daniel Travier est alors intervenu pour faire un historique de l'utilisation
du concept " camisard " dans le développement culturel
et touristique des Cévennes. Il considère que la mémoire
protestante cévenole est un bien commun dont personne n'a le
monopole et qu'il convient d'organiser la découverte de cette
mémoire par des itinéraires sur l'ensemble du territoire,
après avoir largement consulté les populations concernées
et obtenu un large consensus. Il se dit favorable à la création
d'une commission " Chemins de la résistance protestante
".
Suite à ces trois interventions, s'est alors engagé
une discussion passionnée, mais très constructive, parmi
les nombreuses personnes présentes à cette réunion.
En effet, pourquoi un seul " chemin camisard " ? Ne serait-il
pas utile d'envisager la création de plusieurs " chemins
camisards " à travers les Cévennes lozériennes
et gardoises et d'informer toutes les personnes susceptibles d'être
intéressées par la concrétisation de tels projets
?
En définitive, l'idée de créer la commission
" Chemins des camisards " est retenue par l'ensemble des
participants. Première réunion de cette commission :
très certainement fin novembre 2005.
A suivre
.
Intervention
de Daniel Travier
ITINERAIRES TOURISTIQUES PROTESTANTS :
L'intérêt touristique de l'histoire protestante cévenole
n'est pas nouveau et le Club Cévenol l'a évoqué
dès ses origines.
Robert Louis Stevenson n'a-t-il pas choisi les Cévennes pour
découvrir le " Pays des Camisards " dont il avait
découvert l'histoire à la lecture de Michelet, histoire
lui rappelant celle des Covenenters écossais que sa nourrice
lui racontait dans son enfance ? N'avait-il pas emporté dans
ses bagages pour seul livre Les pasteurs du Désert de Napoléon
Peyrat, le premier ouvrage protestant réhabilitant les camisards
encore controversés dans le protestantisme officiel.
Bref rappel des principaux guides ou propositions d'itinéraires
protestants en Cévennes :
Jacques PORCHER, " Le pays des camisards ", dans la série
Les étapes d'un touriste en France, Paris, 1894.
Henri
BOLAND, " Au pays des camisards, les Cévennes des Gardons
", in L'Echo des touristes, Novembre 1907, et dans Causses et
Cévennes, 1907, n°4. Henri Boland a été un
des grands responsables du tourisme en France : Directeur du service
voyage au Touring Club de France, Pt du Club Cévenol, c'est
lui qui a fait la refonte des guides Joanes.
Charles
DHOMBRES, Six jours en Pays Camisard, Paris, 1926.
Gaston
TOURNIER, Au pays des Camisards, Musée du Désert, 1931.
Note
de la préfecture du Gard " sur le tourisme religieux en
Cévennes " : Projet de financement d'une étude
sur les possibilité touristiques offertes par les souvenirs
de l'histoire du Protestantisme Cévenol, 23 mars 1965, 8pp.
Destiné à la Mission Interministérielle et à
la SEMAG (Société d'Economie Mixte d'Aménagement
du Gard), ce rapport n'a semble-t-il pas eu de suite officielle, mais
André Bernardy qui en était à l'origine dans
le cadre des SI du Gard a rédigé avec le pasteur Lhermet
un ouvrage en forme de guide.
A.
BERNARDY et R. LHERMET, Itinéraires protestants dans le Gard
et les Cévennes, Uzès, 1969.
Roger
LAGRAVE (dir.) " Dans les Cévennes sur la trace des Camisards
", in la revue Chemin, n°2, 1983. Il s'agit d'une proposition
plus particulièrement adaptée à la randonnée
pédestre.
Daniel
TRAVIER, " Itinéraire camisard, trois jours en terre cévenoles
", in Historia, novembre 1992.
Signalons
au passage en 1993 le dépliant Paris et Aux environs de Paris,
les protestants hier et aujourd'hui, réalisé par l'Equipe
Régionale Protestante en Ile de France et la SHPF, avec le
concours de la FPF, de la Caisse Nationale des Monuments Historiques
et des Sites et de l'AFIT (Agence Française de l'Ingénierie
Touristique).
Colloque d'Alès des 27 & 28 mai 1994 : " Quel tourisme
pour les Cévennes de Demain ", deux interventions : Flavienne
DUMAS, " Itinéraires protestants en Cévennes "
et Daniel TRAVIER, " Les itinéraires culturels "
in Causses et Cévennes, 1995, n°4, (actes du colloques).
En 1995 l'équipe Accueil-Tourisme-Témoignage de l'Eglise
Réformée de France en Cévennes-Languedoc-Roussillon
sous la responsabilité du Pasteur Christian BOUZY et de Philippe
CHAMBON, mandatée par le conseil régional de l'Eglise
réformée a engagé une importante réflexion
sur la mise en place de " circuits protestants ". Bien que
n'appartenant pas à L'Eglise réformée j'ai été
associé à ce travail à divers titres : j'y représentais
le Club Cévenol, j'y apportais ma propre réflexion et
mon expérience sur les itinéraires culturels, enfin
j'y étais aussi en tant que protestant appartenant à
une église autre que l'ERF. Pendant plus d'un an ce groupe
s'est réuni, a mené des consultations auprès
des paroisses et des personnalités intéressées
par cette thématique et a beaucoup appris sur la manière
dont les protestants engagés dans les paroisses appréhendaient
ces itinéraires. Ce travail a abouti à un ouvrage collectif
édité au Presses du Languedoc, rédigé
par un groupe d'historiens (Philippe Joutard, Patrick Cabanel, Camille
Boudes, Jean Paul Chabrol, Philippe Chambon, Jacques Poujol, Pierre
Rolland, Jérôme Sabatier, Daniel Travier) dont la plupart
étaient proches du Club Cévenol, mais avec une large
participation des paroisses, des érudits locaux et autres personnes
qui s'étaient intéressé au projet en essayant
de ne laisser personne au bord de la route. C'est environ une cinquantaine
de personnes qui a collaboré à cette uvre intitulé
Itinéraires protestants en Languedoc XVIe-XXe siècles
dont le premier tome consacré aux Cévennes est sorti
en 1998.
Sur
les traces des Huguenots des Cévennes à la Méditerranée,
est une petite brochure proposant 4 itinéraires, publiée
par la Maison du protestantisme à Nîmes en 1996.
Notons
que sous la direction le Laurent PUECH a aussi été publié
en 1997 Languedoc protestant, XVIe-XVIIIe siècles, Itinéraires
huguenots, Languedoc, Cévennes, Rouergue.
Chez nos voisins ardéchois paraissait en 1998 Chemins huguenots
de l'Ardèche, itinéraires et promenades.
Enfin
en 1998 aussi, Etienne Passebois, maire de St-Frézal-de-Ventalon,
proposait des randonnées pédestres, à partir
de 11 lieux de mémoire protestants des hautes Cévennes
(dans le triangle Pont-de-Monvert, Génolhac et le Collet de
Dèze). La première édition était modestement
éditée sous le titre En Cévennes : Randonnée
Huguenote sur les pas des camisards. Une seconde édition imprimée
par le PNC est parue en 1999.
Que faire aujourd'hui ?
Aujourd'hui nous est proposé un itinéraire des Premiers
camisards reprenant les lieux évoqués dans le remarquable
ouvrage d'Henry Mouysset publié en 2002 pour le tricentenaire
et intitulé Les premiers Camisards juillet 1702, qui nous restitue
presque heure par heure les évènements des premiers
jours de la " Guerre des Cévennes ".
D'autres projets sont dans les cartons. Le CDT de la Lozère
a un projet en gestation sur le canton de Pont-de-Monvert. Un comité
s'est créé et y réfléchit dans la direction
d'un programme de trois jours avec accompagnateurs pour les groupes
et fiches guides pour les individuels.
Les consultations que nous avions été amenés
à faire en 1995 avec l'équipe Accueil-Tourisme-Témoignage
de l'Eglise Réformée et la connaissance qu'elles nous
ont donnée du sentiment que " des produits touristiques
" inspirent aux protestants cévenols nous amènent
à faire quelques remarques et à proposer quelques pistes
de réflexions.
Le phénomène camisard en Cévennes a été
fondateur d'une prise de conscience identitaire tardive (fin du XIXe
siècle) mais extrêmement forte. Même dans les bastions
catholiques et par opposition, ce phénomène a largement
participé à la structuration de l'identité minoritaire.
Mais quand on parle du phénomène camisard en Cévennes
c'est dans une acception extrêmement large. Toutes les enquêtes
orales montrent que les Cévenols emploient indifféremment
les expressions " temps des camisards " et " temps
des persécutions ". Généralement quand ils
parlent des Camisards, il englobent toute la résistance huguenote
cévenole. Limiter donc la démarche touristico-culturelle
à la seule guerre des camisards serait une fâcheuse erreur.
Même si l'appellation " Camisard " s'avère
porteuse auprès des publics. La mémoire cévenole
porteuse de l'identité, s'enracine sur plus d'un siècle,
sur toute l'histoire de cette résistance au totalitarisme d'état
pour la liberté de conscience. Le cévenol ne dissocie
pas la révolte armée de 1702 de l'héroïque
résistance pacifique de la clandestinité qui malgré
les persécutions a permis de conserver la foi des pères
sur quatre générations.
Cette mémoire, les cévenols la vivent dans leur tête,
dans leur cur et dans leurs tripes. Et s'ils lui reconnaissent
une dimension culturelle touchant à des valeurs universelles
(droits de l'homme), pour beaucoup elle conserve toujours une essence
religieuse, spirituelle et donc sacrée qui touche à
leur foi personnelle. D'une manière générale
les protestants cévenols sont fiers et très jaloux de
leur appartenance historique. Et s'ils sont favorables à faire
connaître cette histoire, à partager cette mémoire
avec les visiteurs qui la respectent, ils ne tolèrent pas qu'on
la dénature, notamment en occultant sa part spirituelle, et
surtout qu'on l'utilise à des fins commerciales et mercantiles.
Et c'est pour cela qu'il est difficile de créer de véritables
produits touristiques sur ce thème. Le mot même de produit
que l'on vend est dans ce cas inconvenant. Combien de fois ai-je entendu
" les camisards ne sont pas à vendre ".
Pour bon nombre de protestants encore actifs dans les paroisses, cette
mémoire s'enracine certes dans le passé, mais elle le
transcende. Ils ne peuvent la dissocier de leur présent et
de leur futur. Parler le la mémoire camisarde pour eux c'est
aussi évoquer leur foi et leurs engagements présents.
Beaucoup souhaitent que parlant de l'histoire on puisse aussi engager
avec les visiteurs des échanges sur le sens de leur vie aujourd'hui.
Enfin l'attachement à cette histoire, à cette mémoire
est ce qu'il y a de plus partagé dans ce pays. Il en est partout
imprégné. Ne mettre en place qu'un dispositif unique
sur un secteur privilégié, serait ailleurs vécu
comme une injustice et susciterait de lourds ressentiments.
Pour
toutes ces raisons il convient
Ø d'agir avec une grande prudence, dans le respect des uns
et des autres,
Ø de ne pas se précipiter, de consulter les populations,
notamment les paroisses, et d'associer ceux qui le souhaitent à
la réflexion qui débouchera sur une offre structurée.
Ø Ces offres doivent pouvoir couvrir l'ensemble du territoire
cévenol, être créés partout où s'en
manifeste le désir,
Ø Elles doivent intégrer toute l'histoire protestante,
jusqu'à aujourd'hui et non le seul épisode camisard.
Il ne faut pas occulter le XIXe, à 2 exceptions près
tous les temples cévenols ont été construits
à cette époque, et surtout le rôle refuge des
Cévennes protestantes pendant la seconde guerre mondiale
Ø Ces offres ne doivent pas avoir de connotation commerciale,
Ø Elles doivent être souples, pouvoir s'adapter à
la demande très variée dans le domaine, entre un groupe
paroissial protestant ou catholique et un comité d'entreprise
la demande n'est pas forcément identique.
Ø Il est souhaitable qu'elles intègrent une part d'actualité
protestante, et qu'elles utilisent pour cela des personnes ressources
prises dans les paroisses,
Ø Ces itinéraires nécessitent des outils de circulations,
des clefs pour faciliter la compréhension et l'interprétation
de sites sur lesquels, souvent il n'y a rien à voir mais seulement
à se laisser imprégner par une histoire. Pour les individuels
c'est une documentation adéquate écrite ou sonore, pour
les groupes un guide accompagnateur compétant s'impose.
Ø L'exigence de qualité est indispensable :
- la rigueur scientifique doit être exemplaire, et donc les
accompagnateurs doivent être d'un bon niveau et particulièrement
bien formés, y compris avec un minimum de connaissances en
matière religieuse car bien des publics, très ignorants,
questionnent sur le fonds. On peut vite déraper et faire des
contresens.
- La documentation doit être soignée tant dans la forme
que sur le fonds
- Les prestataires y compris hébergeurs et transporteurs doivent
être liés par une charte de qualité et avoir un
minimum de connaissances, n'importe qui ne peut faire n'importe quoi.
- Cela implique certainement un label sur lequel on puisse communiquer.
Sans doute avant tout faut-il imaginer une structure représentative
et reconnue sur l'ensemble des Cévennes, pouvant s'appuyer
sur un comité apportant une caution scientifique et éthique
au contenu des produits comme de la documentation. Ce comité
comme celui du site camisards.org pourrait rassembler les historiens
du protestantisme cévenol, les représentants des structures
spécialisées et au premier chef le Musée du Désert,
des représentants des églises protestantes. Le club
Cévenol, par son ancienneté, par le fait qu'il est reconnu
sur l'ensemble du territoire, a certainement un rôle à
jouer. Il en va de même du Parc national des Cévennes
qui peut apporter un concours technique comme il le fait pour les
sentiers autour de Parc. On pourrait imaginer une nouvelle série
de sentiers d'interprétation sur la thématique huguenote.
Un tel dispositif a ponctuellement bien fonctionné en 2002
pour les manifestations du tricentenaire du début de la guerre
des camisards. Le club Cévenol en a été à
l'initiative, il a désigné ses responsables qui avec
le PNC ont mis en places les manifestations qui sont entrées
dans le programme du Festival Nature en travaillant avec tous ceux
qui souhaitaient y participer : individus, associations et collectivités.
Cependant, le bas pays de Gardonnenque qui n'y a pas vraiment été
associé, en a gardé un certain ressentiment. Dans un
second temps il a mis en place ses propres manifestations commémoratives.
Cette expérience est me semble-t-il assez exemplaire. Ses enseignements
nous seront utiles tant pour les aspects positifs que pour les négatifs
à ne pas renouveler.