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L'attaque de Belvezet par les camisards.


Madame Virginie Monnier publie dans les Hors-série du Lien des Chercheurs Cévenols, une étude sur Belvezet, village au nord-ouest d'Uzès qui paya un très lourd tribut pendant la guerre des camisards. Cette étude, que nous recommandons fortement aux visiteurs du site camisards.net, utilise entre autres sources les interrogatoires des témoins -catholiques pour la plupart semble-t-il-. Ce sont ces témoignages que nous publions.

Inquisitions secretes faites par devant nous Antoine de Rosier juge en la cour temporelle d'Uzes ville et lieux en dependant, Commre subdelegue de Monseigneur de la Moignon de Basville conseiller d'Estat ordinaire Intendant de la province de Languedoc
Du samedy trenteuniesme mars mil sept cens trois dans notre maison d'habitation a Uzes a huit heures du matin
1 Michel Chauderat agé de seize ans fils d'Antoine menager du lieu de Bourdiguet Mandement d'Aygalliers, temoin assigné devant nous par exploit de ce jour d'huy ainsi quil asait aparoir de la coppie a luy bailler a preste serment de dire verite, et a nié destre parran allié serviteur ny domestique des parties.
Depoze que le jour des incendies et meurtres commis par les phanatiques au lieu de Belvezet il était assis à un endroit du terroir de Bourdiguet apellé lou darboussas a neuf heures du matin gardant ses brebis, avec le nommé Pierre berger de Braic de Bourdiguet, ils virent beaucoup de fumée sur les dix heures a Belvezet, le nommé Barron de Vaquières qui est boiteux passa a deux cents pas de l'endroit où il était, venant du coté de Belvezet, led Barron s'est vanté au déposant et à son père qu'il avait été trois ou quatre fois avec les fanatiques, et que s'il avait eu des souliers il y serait resté, led Pierre conduisit ses brebis a un autre endroit, il vit passer Daniel Soulas de Bourdiguet qui conduisait une mule chargée de deux sacs venant du côté de Belvezet seul sans arme allant a Bourdiguet, qu'il passa loin de lui d'environ cent pas, et que c'était environ midi, et demi heure après il vit venir du côté de Belvezet les fanatiques en grand nombre armés et prirent sur la droite du coté d'Auchabian. Ajoute que quelques jours après il était au lieu de Bourdiguet a soleil couché, il enfermait son troupeau dans la bergerie, il vit arriver du coté de Brueis Daniel Soulas, Israel Bernard nouveaux convertis de Bourdiguet, portant chacun un fusil, ledit Bernard avait deux pistolets à la ceinture, il y avait encore avec eux un étranger, armé d'un fusil, d'une épée et d'une bayonnette, il a oui dire à son père qu'ils venaient d'une assemblée qui s'était faite au lieu de Brueis dans l'église sur les sept à huit heures du soir, il vint dans la maison de son père pour y souper, led Soulas et Bernard et l'étranger, Jacques Ollivier aussi nouveau converti de Bourdiguet, Jean Blisson vallet dud Ollivier de Belvezet qui portait le pistolet du nommé Antoine, berger dud Ollivier, led Blisson demanda à Jacques Pongi nouveau converti de Faussargues qui était là s'il pouvait lui avoir un fusil qu'il voulait aller gater une paire des souliers neufs qu'il avait aux pieds avec les frères voulant dire avec les phanatiques, ledit Pongy lui promit un fusil, après le souper tous les sujets sortirent de la maison, Marie Masse de Brueis prophétesse obligea la nommée Françoise du lieu de Vers leur servante d'aller avec elle a une assemblée qui se faisait à Seynes, et lui dit de ne rien craindre, lad Françoise y fut, le lendemain matin il vit venir tous ceux qui avaient soupé à la maison de son père à la réserve de Blisson qui avait resté avec les fanatiques. Lad Françoise avoua qu'elle avait assisté à une assemblée, dit de plus qu'il a entendu precher plusieurs fois dans les maisons desd Soulas, Ollivier et de Bastan Fontanieu nouveaux convertis de Bourdiguet et que dans ces assemblées il y assistait Suzanne Sayerle prophétesse d'Aygalliers, la fille de Pierre Fabre de Barron et dix ou douze filles étrangères. Lecture faite de sa déposition a dit icelle contenir vérité recollé y a persisté a declaré ne savoir signer, lequel après sallaire requis luy avons octryé taxe de trois livres
2 Barthelemy Veyra Mason de Belvezet ancien catholique agé de cinquante sept ans témoin assigné comme le précédent ainsi qu'il a fait aparoir de la copie à lui baillée a prêté serment de dire vérité et a nié d'être parent, allié, serviteur ni domestique des parties;
Dépose que le jeudi cinqième janvier de cette année sur les dix à onze heures du matin il était à Belvezet et vit venir du coté de la Baume plus de deux cents fanatiques, dont la plus grande partie n'était pas armée, et plusieurs garçons de quatorze ou quinze ans étaient de la troupe. Il monta sur le toit de la maison de Ravel et passa sur celui de la maison de Roussel, Baille de Belvezet, et de cet endroit il entendit que les rebelles frappaient la porte dud Ravel. La mère de Ravel fut ouvrir la porte de la basse-cour, le nommé Jaussaud de Valeirargues qui a esté condamné à être rompu tout vif pour sacrilège commis à l'église dud Valeirargues, Raymond Mejan du mas de Bezuc et trois autres inconnus, tous armés d'un fusil chacun entrèrent dans la maison et après l'avoir fouillée ils mirent le feu au lit de la cuisine et à celui de la chambre. Il a vu parmi les fanatiques, le fils cadet de Jean Verdier Poudain tisseran de cadis nouveau converti du lieu de la Baume, François Garrel de Faussargues, tous les susd armés chacun d'un fusil, ils venient de la maison de Joseph Richard ou la bourgeoisie faisait corps de garde. Il croit que les sus nommés s'étaient saisis des fusils qui retaient dans le corps de garde. Il connut encore le nommé Brunel, menuisier nouveau converti de la Baume qui avait un fusil, led Brunel étant devant la porte de la maison de Suzanne Linquiere ancienne catholique de Belvezet. Il a encore connu Isaac Ferrier de Belvezet non armé, Daniel Soulas de Bourdiguet qui vait un fusil, il a vu Daniel Granier nouveau converti de Belvezet qui enseignait aux fanatiques les maisons des anciens catholiques, il vit encore du même endroit dix-sept maisons des catholiques en feu et l'église, il entendit crier le valet du prieur: Estienne, sauve moi la vie (nota dans la marge: led Estienne s'appelle Dussaut, sa mère mariée en secondes noces avec le fils ainé de Jalabert de la Baume) , led valet cessa de crier après un coup de fusil qu'il entendit tirer. il en avait entendu tirer auparavant dix ou douze coups de fusil, des femmes, des hommes et des enfans qui criaient miséricorde. Les fanatiques se rassemblèrent dans l'enclos de Pierre Roussel, et firent la prière à genoux. De là ils furent aux hameaux de Belvezet et mirent le feu aux maisons des anciens catholiques en nombre de quarante deux, comprises celles qu'il a dit, après avoir volé ce qui leur convint, lors que les anatiques se furent retirés il commença par éteidre le feu de la maison dud Roussel, et ensuite celle de Ravel, celle du déposant a été brullée avec tous ses effets, de quoi il nous a remis un état pour être inséré dans notre verbal des désordres causés par les fanatiques. Il a vu les personnes suivantes tuées par les fanatiques, savoir Jean Richard cardeur de laine agé devingt sept ans, Isabeau Blacheire femme dud Richard de Belvezet, Esprit Blanc d'Uzès, compagnon dud Richard, Henry Bousche a laissé une femme et trois enfants masson agé de vingt cinq ans, Pierre Mathieu agé de vint cinq ans fils de Louis Mathieu Rossel agé de soixante ans, le berger de Ravel agé de trente ans, Cathin Blacheire femme de Joseph Richard agée de cinquante ans, Jean Ducros ménager agé de soixante cinq ans, Honoré Raffin gardebois du seigneur Duc d'Uzès agé de setante ans, Bertrand Gallon tisserand deserge agé de trente ans a laissé sa femme et troix enfants, Claude Rossel cardeur agé de trente ans, Estienne Ancinnes cardier agé de vingt sept ans, Pierre Rossel cardier agé de trente ans a laissé une femme et trois enfans, les maisons de tous les susdits meurtris ont été volées et brullées, le nommé Raimond d'Uzès, compagnon cardier dud Jean Richard fut blessé d'un coup de fusil a la cuisse. il fit le mort sur le corps de son maitre. Jean Ravel menager bien blessé, Marie Mathieu femme du Baille blessée de vingt cinq coups de bayonnette et plus...
3 Françoise Rousse, fille d'André travailleur de Vers agée de vingt et un ans ancienne catholique, témoin assigné comme les précédents...
Depose qu'elle était servante de Chauderat ménager de Bourdiguet, vers le milieu du mois de janvier dernier, qu'étant partie de grand matin avec Daniel Soulas de Bourdiguet, et led Soulas conduisait une mule pour aller chercher des chataignes. Ils trouvèrent sur le chemin-vingt quatre fanatiques armés de fusils, dont quelques uns étaient armés d'une bayonnette au bout. Led Soulas appella un de ces fanatiques Estienne, et leur dit à tous : mes chers frères, Dieu vousconserve et vous fasse la grâce de venir à bout de vos soirs, led Soulas embrassa celui qu'il avait appelé Estienne, et se touchèrent les mains, et comme les fanatiques faisaient leur chemin, led Soulas leur cria .....mes frères, il déboutonna la ceinture de sa culotte et tira quelque chose de son gousset qu'il bailla dans la main d'un de ces gens-là une croix que c'était de l'argent, les fanatiques en se moquant de la déposante, lui demandèrent si elle avait vu les housards, et en chemin faisant avec ledit Soulas elle lui demanda si les gens qu'ils avaient rencontré n'étaient les housards, qui lui répondit il faut garder le secret on ne nous a rien fait, ils connaissent ien a ceux qu'ils ont affaire, et sont de braves gens, et lorsqu'ils arrivèrent à Vquières, ils virent la bergerie du Sieur de Maleirargues tout remplie de ces gens là, s'en revenant le même jour d'Alais avec led Soulas ils resterent de coucher dans la maison de Soleirol nouveau converty de Vaquières rentier du Sr de Malerargues, étant auprès du feu elle fit semblant de dormir le soir à la veillée et entendit que Soleirol disait à Soulas, ces gens là en parlant des fanatiques ont couché la nuit dernière dans ce lieu, et que leur avertisseurleur avait prophetisé de partir avec toute la .... pour aller bruler un village, et que demain on en entendrait parler. Il dit encore qu'il avait soupé avec un jeune homme fort beau qui prechait à merveille. Led Soulas repondit je souhaiterait de le voir et de manger ensemble, que dans Alais tout le monde tremblait de peur, qu'on y pourrait entrer facilement, de meme qu'à Uzès, qu'il n'y avait dans ces deux villes que des enfants qui les gardaient. Soleirol répliqua que le dessein de cette troupe était d'enlever les armes du corps de garde d'Uzès et de l'égorger, ce qu'ils tentèrent peu de jours après, led Soleirol ajouta que ces gens-là voulaient aller à St Genies où il y avait plusieurs prêtres qui s'étaient réfugiés et que ce serait une bonne capture, lesquels avaientencore dessein d'aller au château de Serviers. Ils y ont été aussi du depuis, a ce qu'elle a oui dire, qu'il y avait un berger fort hardi (en marge: na que led berger est le nommé Bourgois de St Hippolyte de Caton) qui enlevait les armes, et que tous les jours leurs troupes augmentaient, dit de plus qu'un jeudi deux ou trois jours après étaient dans la maison de son maitre à huit heures du soir, les personnes ci-après nommées y vinrent savoir Marie Masse prophétesse, Vedelle niece dudit Ollivier, Antoine berger dud Ollivier, Jeanne Sorbiere et sa servante; Marie Masse fit la fanatique et l'a fait du depuis plusieurs fois. Le lendemain elle vit trois fanatiques à Bourdiguet dont un portait un fusil et l'autre un tambour, lad Masse lui dit de n'avoir pas peur, et ce jour là on fit une assemblée à Brueis, et le soir plusieurs fanatiques vinrent dans la maison de son maitre du nombre desquels étaient Israel Bernard, Daniel Soulas, portant chacun un fusil, Jaques Ollivier, Louis Fontanieu fils de Bastien, Jean Sorbierre, les deux frères Brais appellés François anciens catholiques, Marie Masse, Suzanne Bernade prophétesses les sus nommés sont nouveaux convertis de Bourdiguet Suzon Sayerlé d'Aygalliers aussi prophétesse qui s'est sauvée de la prison du Pont Saint Esprit, lad Masse oblige la déposante d'aller avec eux et on la mena dans une assemblée qui se fit dans le lieu de Seynes dans une maison qu'elle retrouverait si elle était conduite dans le lieu, ladite maison était toute pleine de monde dont la plupart étaient d'hommes armés, le Chevalier qui est un jeune garçon plein de visage precha et défendit de ne rien dire, on chanta un psaume, elle a reconnu dans cette assemblée Israel Bernard se reposant sur un fusil quil lui dit bien vous en soit Dieu vous fasse la grace de continuer, Daniel Soulas qui lui dit qu'il irait le lendemain à une autre assemblée, Louis Fontanieu qui avait un fusil, le cadet Brais qui jeta d'argent dans le chapeau du quêteur, elle fut à lad assemblée et en revint avec Suzanne Bouet femme de François Pongi de Faussargues, elle aida à porter un demi sac du pain que Jaques Ollivier de Bourdiguet avait apporté d'Uzès pour les fanatiques, lad Masse et Jannette fille de Jaques de Claude, de Brueis exhortaient la déposante d'être une de leurs soeurs et de quitter la religion pour être de la leur; elle connut encore dans cette assemblée Estienne Masse d'Auchabian portant un fusil; elle a vu plusieurs fois de petites assemblées dans la maison dud Ollivier, Suzanne Bernade faisant la fanatique,.....
4 Louise Arreines femme de Jacques Ducamp de Belvezet cardeur de laine de l'hameau de Puget paroisse de Belvezet agée de trente ans témoin assigné comme les précedents....
Dépose que le 5 du mois de janvier dernier entre dix et onze heures du matin elle était devant la porte de sa maison, six paysans portant chacun un fusil et des pistolets à la ceinture, dont elle n'a connu personne, s'arrêterent devant elle et l'un d'iceux lui demanda si elle était papiste, elle avoua qu'elle était papiste, pour lors ils dirent il faut la tuer, et on lui présenta une arme à feu, elle joignit les mains et leur dit, si vous me tuez vous ferez mourir un petit huguenot qui est de votre religion, on lui demanda à qui était l'enfant à qui elle donnait du lait, elle leur dit que Crouzet de Fontareches en était le père, on lui demanda où était son mari et s'il était catholique, elle leur répondit qu'il était catholique et absent, une quinzaine de fusilliers joignirent les premiers en chantant un psaume, les chapeaux bas et quelques uns des bonnets de laine sur la tête, elle se mit à genoux et s'y tint jusqu'à ce qu'ils eussent passé, elle se leva et fut chez Pierre Serier nouveau converti se réfugier une brassade de linge de sa main et il passa plus de deux cents de ces scélérats, quelques uns n'étaient pas armés, plusieurs jeunes gens portaient au col des pains enfilés dans un baton, elle n'en connut qu'un seul qui est de l'hameau de Prade comté de Lussan appellé Simon qui était armé, et dont le père avait épousé en secondes noces la veuve du nommé Vieu de Fontareches. Elle apprit une heure après où environ par Marie Trinquière femme de Mathieu Dupin ménager habitant du Pouget qu'on avait tué dix-huit personnes anciennes catholiques dans le lieu de Belvezet et trois de blessé et brulé quarante deux maisons des anciens catholiques, elle vit la fumée de ces incendies et retirer ces scélerats sur l'heure de midi du côté du Darboussasde Bourdiguet. Ajoute que trois semaines après un jour de dimanche s'étant réfugiée chez Charles Servier, vers les dix heures du matin les personnes suivantes s'assemblèrent dans la première chambre de sa maison: Jean Ferrier dit le cadet, Anne Rousse femme dud cadet ancienne catholique, Pierre Ferrier, Jacques Dayre et sa femme qui portait son enfant de lait, led Charles sa femme ses deux filles dont une a sept ou huit ans et l'autre quinze ou seize ans, ses deux fils agés de douze et dix huit ans, étaient avec la déposante dans une autre chambre de ladite maison, elle entendit Isaac Servier qui entonna un psaume et tous les autres le suivirent, elle entra dans la première chambre où tout le monde était assis, ledit Izac tenait un livre à la main et leur faisait le catéchisme sur le commandement de Dieu, led Jean disait nous avons déjà oublié notre doctrine, mais nous l'aurons bientôt reprise, Izac répondit il vaut mieux commencer à bonne heure que tard à exercer notre religion, Pierre Martin vieux, beau-frère de la déposante l'appella de la rue, elle sortit et trouva Antoine Sabourin auprès de la maison de Pierre Chazel consul qui lui demanda où elle allait, elle répondit que c'était pour laiser en liberté ceux qui étient dans la maison dud Charles, le Sabourin n. c. répliqua ils s'en pourraient bien repentir, ils commenceront trop fort.....
5 Marie Trinquierre femme de Mathieu Dupin ménager de Belvezet agée de trente ans témoin assigné .....
Dépose que la veille des roys de cette année sur les dix à onze heures du mtin elle berçait son enfant dans sa maison, et entendit chanter des psaumes a plus de cinquante personnes tous à la fois elle se mit sur le pallier de son escalier appelé vulgairement la placete, et de là elle vit un homme qui faisait comme s'il était suffoqué, la plupart tenaient leur chapeau bas, ils crièrent fermez vos portes de la part de Dieu, courage mes frères ; ce jour là son mari étit à l'hameau de l'église, elle s'enferma dans sa maison et n'en connut point, les fanatiques s'étant retiré, la femme de Ducamp l'appella de la rue, elle entrouvrit la fenêtre, et vit le feu à la maison de Pierre Robert, elle sortit avec son enfant dans sa jupe et descendit à l'hameau de l'église et vit quarante maisons des anciens catholiques embrasées y compris la maison claustrale de l'église. Elle trouva la caisse du tambour de la bourgeoisie de Belvezet à la rue qui était casé, deux justecorps au milieu du ruisseau et une paire de souliers, Mathieu Rossel tué au-dessous de sa maison qui nageait dans son sang, Catherine Blachere femme de Joseph Richard morte à la porte de Bartelemy Blisson. Elle alla devant la porte de l'église qui était embrasée dans laquelle on avait mis le feu et au devant de l'église il y avait les corps morts de Jean Richard, d'Esprit Blan son compagnon, leurs têtes étaient écrasées; sur le seuil de la porte de l'église, Estienne Arrennes, Isabeau Blachere femme de Jean, Isabeau fille d'Antoine Ravel, Henri Bouscher maçon, Pierre Rossel cardeur de laine, oncle maternel de la déposante, Nadal de St Victor de las Oulles qui n'avait pas encore expiré qui mit sa tête sur le corps d'Etienne Arrennes, tous les susdits déchirés à coups de fusil ou de bayonnette, led Arrennes avait été brûlé; elle a encore vu Honoré Rafin tué dans la cave de sa maison. Suzanne Trinquierre vint joindre la déposante devant l'église qui remua la tête dud Vidal pour voir s'il était mort, elle alla à la métaierie du Sr Rouvière, elle entendit dire à Suzanne Brunelle veuve du scieur qu'on avait coupé l'épaule à Jean Ducros vieux qui se trouva mort au bout de ses....; elle apprit aussi qu'on avait tué Bertrand Gallon, Jean berger de Ravel, Claude Rossel et Pierre Mathieu à coups de haches et à coups de fusil, et alla voir la femme du baille blessée de plusieurs coups de bayonnette, deux jours après elle vit led Ravel blessé ainsi qu'elle a dit
Adjoute que Marguerite Mathieu fille de Louis lui a dit qu'elle avait connu parmi les sélérats le nommé Estienne...
Du jeudy cinquième avril mil sept cent trois au lieu et pardevant qui dessus heure de trois après midy
6 François Braic cadet fils de feu Jean cardeur de laine de Bourdiguet agé de trente ans témoin .....
Dépose qu'un samedi du mois de Janvier ou février de cette année il fut souper chez Chauderat de Bourdiguet; Jaques Ollivier, Daniel Soulas, Israel Bernard, Louis Fontanieu nouveaux convertis dud lieu et un étranger habillé de gris agé de trente ans, Suzanne Bernade, et Marie Masse. Chauderat après soupé leur dit: Messieurs je ne vous demande rien, et à une heure de nuit led étranger dit : Messieurs ce n'est pas le tout, il faut aller prier Dieu, ces gens-là avaient deux fusils. Il sortit et au clair de la lune il reconnut l'étranger qui portait un fusil qui lui dit : si vous ne venez pas entendre la parole de Dieu vous êtes mort, tous descendirent de la maison à la réserve du maître. Il entendit et vit lesd Masse et Bernade qui marchaient devant avec Louis Fontanieu et Israel Bernard. Il fut avec led étranger au lieu de Seines dans une maison derrière l'église, la porte de lad maison est au devant et il y a une basse cour, etant montés à la première pièce par deux ou trois escaliers, et puis on trouve un pallier, cette maison est composée de deux chambres de plainpied, l'une située à la bize et l'autre au marin, la chambre du côté de la bize était remplie de gens de tout sexe et l'autre chambre ne l'était remplie qu'à moitié; dans cette assemblée il y avait des faux, des fusils, des pistolets et des bâtons ferrés. Il a vu dans l'assemblée lesd Masse, Bernarde et lesd Louis Fontanieu et Israel Bernard; il reconnaitrai la maison de l'assemblée s'il était à Seines; un jeune garçon precha, on chanta des psaumes, un jeune homme fit la quète, il donna une pièce de quatre sols et se retira tout seul vers la minuit....
Du samedy quatorzième avril heure de 10 du matin aud an lieu et par devant qui dessus,
7 Louis Lafont agé de trente quatre ans ménager de Belvezet témoin.....
Dépose qu'environ trois semaines après l'accident funeste de Belvezet il invita a diner chez lui Charles Servier, Daniel Martin nouveaux convertis de Belvezet et Pierre Robert ancien catholique dud ieu, en dinant le nommé Sorbiere du Pont de Serviers et Delgas rantier du mas du mas de Marssau suivirent, ils se mirent à table et entendirent chanter des psaumes dans la maison de Charles Servier, après le diner tous les sus nommés se rendirent chez led Charles, sa femme lui dit d'y aller, crainte qu'on ne brula leur maison; il y fut et trouva Isaac Ferrier, Pierre Servier boiteux, Jean Servier cadet, Jacques Dayre et sa femme, la femme dud Jean, ils étaient ces six. Isaac Ferrier, Jean Servier et la femme dud Charles chantaient des psaumes, led Charles fit la lecture d'un manuscrit qu'ils appelaient la requète de Brousson a Monseigneur l'Intendant, que le lecteur disait avoir trouvé sur un tas de pierres, la femme de Jacques Dayres invitait le déposnt de chanter les psaumes et lui disait de ne rien craindre.
Ajoute que les fanatiques avaient mis le feu à son lit le ciquième janvier dernier....
8 Pierre Robert, ménager de Belvezet agé de quarante six ans, témoin....
Dépose que trois semaines après le malheur de Belvezet dinant chez Louis Lafont avec Charles Servier, Daniel Martin, Sorbiere du Pont de Serviers, et Delgass rentier de Marssau, ils entendirent chanter des pseaumes dans la maison de Charles Ferrier, après diner tous les sus nommés furent dans la maison dud Charles. Il y fut aussi et y trouva et y trouva Isaac Ferrier, Pierre Servier, jean Ferrier et sa femme, Jacques Dayre et sa femme. Ils étaient assis, lesd Izaac et Jean et la femme dud Charles chantaient des psaumes, led Charles fit la lecture de la requete de Brousson à Monseigneur l'Intendant qu'il disait avoir trouvé, il entendit que la femme de Jacques Dayre disait audit Lafont de chanter des psaumes et de ne rien craindre. Ajoute que dans cette assemblée il y avait le fils ainé et la fille ainée dud Charles qui chantaient des psaumes....
Du jeudy troisième may aud an lieu ci devant qui dessus heure de huit de matin.
9 Jeanne Autonne fille de Marc de Belvezet agée de dix-huit ans témoin assigné...
Dépose que le cinq de janvier dernier sur les neuf heures du matin, lavant son linge au ruisseau, la femme de Joseph y vint laver une paire de bas de coton, elle se trouva émue d'une grande frayeur sana aucune cause apparente. Elle ne put s'empêcher de déclarer sa peur à lad femme qui lui demanda d'où pouvait provenir sa crainte, elle lui dit qu'elle n'en savait rien, mais que ses cheveux lui erissait, la femme lui repliqua peut etre vous êtes malade, elle dit non fait, j'ai bien diné, et ce matin nous avons fort ris en parlant des fanatiques, cette femme après avoir lavé ses bas s'en retourna, elle vit arriver du coté de la Baume les fanatiques armés de fusils, de fourches, de faux, de haches à deux tranchants. Il y en avait plus de quarante qui n'avaient point d'armes, ils avaient six tambours et trois musetes, on commença de battre la caisse entre les rochers et de jouer de la ùusete, ils dansaient en marchant avant que d'entrer dans Belvezet. Ils se mirent à genoux par rangs de quatre, leurs trois chefs étaient debout et prechèrent pendant un moment tous trois à la fois, et on chanta un psaume, de ses trois chefs elle a reconnu Esperandieu de Foissac, habillé d'un drap gris bleu. Le visage noir portant perruque et un plumet rouge, le second était habillé de drap couleur de .... cheveux chatains clair, de taille médiocre, le troisième était grand et fluet portant peruque avec une bourse de tafetas habillé de minime le visage long et assez jeune, ou mit quatre ou cinq hommes armés sur le rocher qui domine le village auprès de la fontaine. Izac Ferrier dit le seignou était de ce nombre. Ils en mirent autant au chemin d'Uzès, et quatre hommes à la vue de la métaierie du Sr Rouvière, elle se voulut lever pour aller avertir le rentier de lad métaierie, elle fut arrêtée par six de ces sélérats, dont elle a reconnu Mathieu Jallabert cadet qui avait un fusil, une bayonnette et deux pistolets à la ceinture qui leur dit de laisser la déposante, tous les trois chefs l'abordèrent et lui demandèrent où était le cabaret voulant dire la maison de Joseph Richard qui servait de corps de garde a la bourgeoisie. Elle leur dit qu'elle ne la savait pas et quelle n'était pas du lieu, celui qui portait le plumet rouge l'apella garce et lui demanda qui est ton maitre, elle lui nia son maitre, le même lui commanda de se mettre à genoux et de prier Dieu, ce qu'elle fit, et on la laissa au bord du ruisseau, et de là elle vit mettre le feu dans toutes les maisons des anciens catholiques, d'une buche qu'on avait pris chez Joseph Richard, et après avoir mis le feu aux maisons, ils allèrent mettre le feu à l'église, le bruit des incendies ou la peur qu'elle avait l'emp^cha d'entendre les coups de fusils, elle entendit pourtant les femmes qui criaient miséricorde et qu'un de la troupe défendait de ne pas gater la poudre, elle vit qu'un homme portait dans un bresseau quelque chose de noir couvert d'un linge. Ils sortirent du village en dansant le tambour battant, en jouant des musetes. Ils demeurèrent bien environ deux heures dans le lieu, et ont tué seize personnes, ayant vu son maitre et sa maitresse morts des coups de fusils. Elle a connu dans cette troupe de fanatiques Antoine Jalabert fils de Mathieu de la Baume qui avait un fusil, une bayonnette et deux pistolets, Poudain de la Baume rantier du sieur de Verfueil qui avait un fusil. Esperandieu de La Baume beau-frère de Garrel, led Espérandieu est rentier de faussargues de la métaierie du Sr Roche avait un fusil, le cadet Mathieu non marié de La Baume portant un fusil, Dusaux fils ainé du lieu de Montarenc rantier de la metherie la plus basse du Sr de Verfueil avait un fusil aussi, Antoine Brunel de la Baume dont le père se tua de la chute d'un chêne, Christol père, Richard le mary de la belle verdière, le cadet Verdier, le cadet Garrel tous habitants de la Baume et avaient chacun un fusil excepté ledit Garrel qui est de Faussargues, elle remarqua led Garrel contre la maison de Joseph Richard, et led Brunel avec une hache à double tranchant proche la porte de la maison,....
Du mardy quinzieme may au lieu et an et devant qui dessus heure de dix matin
10 Raymond Corbier cardeur de laine de Plantiers sur Sindras dioceze d'Alais fils de Vidal agé de vint cinq ans témoin assigné....
Dépose que le cinq de janvier dernier travaillant dans la boutique de Jean Richard a Belvezet sur les dix heures du matin les fanatiques en nombre de huit entrèrent dans lad maison, on le mena de force avec son maitre, sa maitresse et Esprit Blanc autre compagnon cardeur, devant l'église dud lieu où ils trouvèrent une vingtaine de gens armés on les fit mettre tous quatre à genoux, appuyant leurs mains contre la muraille de l'église et tournant le dos à ces s"l"rats on leur tira plusieurs coups de fusils son maitre et sa maitresse tombèrent morts de même que Esprit Blanc. Il reçut un coup de fusil sur la cuisse en esflurant. Il feignit d'être mort sur le corps de son maître, on lui voulut dépouiller sa veste, il entendit que le nommé Estienne valet du prieur de Belvezet priait un autre Estienne sauve moi la vie je t'en prie il entendit dans le moment deux ou trois coups de fusils a deux pas du déposant le valet dudit prieur tomba mort, n'entendant plus de bruit il regarda s'il y avait quelqu'un. Il n'en vit qu'un qui sortait du cimetière en jetant un justecorps sur ses épaules. Il prit ce temps pour sauter derrière l'église et à la faveur de la fumée qui sortait de l'embrasement de l'église, il se déroba à la vue des fanatiques, et fit plus de deux cents pas sans pouvoir être aperçu, ajoute que lorsqu'on les conduisait son maitre pria les sélérats que si on le voulait faire mourir d'épargner au moins sa femme;....