L'attaque
de Belvezet par les camisards.
Madame
Virginie Monnier publie dans les Hors-série du Lien des Chercheurs
Cévenols, une étude sur Belvezet, village au nord-ouest
d'Uzès qui paya un très lourd tribut pendant la guerre
des camisards. Cette étude, que nous recommandons fortement
aux visiteurs du site camisards.net, utilise entre autres sources
les interrogatoires des témoins -catholiques pour la plupart
semble-t-il-. Ce sont ces témoignages que nous publions.
Inquisitions secretes faites par devant nous Antoine de Rosier
juge en la cour temporelle d'Uzes ville et lieux en dependant, Commre
subdelegue de Monseigneur de la Moignon de Basville conseiller d'Estat
ordinaire Intendant de la province de Languedoc
Du samedy trenteuniesme mars mil sept cens trois dans notre maison
d'habitation a Uzes a huit heures du matin
1 Michel Chauderat agé de seize ans fils d'Antoine menager
du lieu de Bourdiguet Mandement d'Aygalliers, temoin assigné
devant nous par exploit de ce jour d'huy ainsi quil asait aparoir
de la coppie a luy bailler a preste serment de dire verite, et a nié
destre parran allié serviteur ny domestique des parties.
Depoze que le jour des incendies et meurtres commis par les phanatiques
au lieu de Belvezet il était assis à un endroit du terroir
de Bourdiguet apellé lou darboussas a neuf heures du matin
gardant ses brebis, avec le nommé Pierre berger de Braic de
Bourdiguet, ils virent beaucoup de fumée sur les dix heures
a Belvezet, le nommé Barron de Vaquières qui est boiteux
passa a deux cents pas de l'endroit où il était, venant
du coté de Belvezet, led Barron s'est vanté au déposant
et à son père qu'il avait été trois ou
quatre fois avec les fanatiques, et que s'il avait eu des souliers
il y serait resté, led Pierre conduisit ses brebis a un autre
endroit, il vit passer Daniel Soulas de Bourdiguet qui conduisait
une mule chargée de deux sacs venant du côté de
Belvezet seul sans arme allant a Bourdiguet, qu'il passa loin de lui
d'environ cent pas, et que c'était environ midi, et demi heure
après il vit venir du côté de Belvezet les fanatiques
en grand nombre armés et prirent sur la droite du coté
d'Auchabian. Ajoute que quelques jours après il était
au lieu de Bourdiguet a soleil couché, il enfermait son troupeau
dans la bergerie, il vit arriver du coté de Brueis Daniel Soulas,
Israel Bernard nouveaux convertis de Bourdiguet, portant chacun un
fusil, ledit Bernard avait deux pistolets à la ceinture, il
y avait encore avec eux un étranger, armé d'un fusil,
d'une épée et d'une bayonnette, il a oui dire à
son père qu'ils venaient d'une assemblée qui s'était
faite au lieu de Brueis dans l'église sur les sept à
huit heures du soir, il vint dans la maison de son père pour
y souper, led Soulas et Bernard et l'étranger, Jacques Ollivier
aussi nouveau converti de Bourdiguet, Jean Blisson vallet dud Ollivier
de Belvezet qui portait le pistolet du nommé Antoine, berger
dud Ollivier, led Blisson demanda à Jacques Pongi nouveau converti
de Faussargues qui était là s'il pouvait lui avoir un
fusil qu'il voulait aller gater une paire des souliers neufs qu'il
avait aux pieds avec les frères voulant dire avec les phanatiques,
ledit Pongy lui promit un fusil, après le souper tous les sujets
sortirent de la maison, Marie Masse de Brueis prophétesse obligea
la nommée Françoise du lieu de Vers leur servante d'aller
avec elle a une assemblée qui se faisait à Seynes, et
lui dit de ne rien craindre, lad Françoise y fut, le lendemain
matin il vit venir tous ceux qui avaient soupé à la
maison de son père à la réserve de Blisson qui
avait resté avec les fanatiques. Lad Françoise avoua
qu'elle avait assisté à une assemblée, dit de
plus qu'il a entendu precher plusieurs fois dans les maisons desd
Soulas, Ollivier et de Bastan Fontanieu nouveaux convertis de Bourdiguet
et que dans ces assemblées il y assistait Suzanne Sayerle prophétesse
d'Aygalliers, la fille de Pierre Fabre de Barron et dix ou douze filles
étrangères. Lecture faite de sa déposition a
dit icelle contenir vérité recollé y a persisté
a declaré ne savoir signer, lequel après sallaire requis
luy avons octryé taxe de trois livres
2 Barthelemy Veyra Mason de Belvezet ancien catholique agé
de cinquante sept ans témoin assigné comme le précédent
ainsi qu'il a fait aparoir de la copie à lui baillée
a prêté serment de dire vérité et a nié
d'être parent, allié, serviteur ni domestique des parties;
Dépose que le jeudi cinqième janvier de cette année
sur les dix à onze heures du matin il était à
Belvezet et vit venir du coté de la Baume plus de deux cents
fanatiques, dont la plus grande partie n'était pas armée,
et plusieurs garçons de quatorze ou quinze ans étaient
de la troupe. Il monta sur le toit de la maison de Ravel et passa
sur celui de la maison de Roussel, Baille de Belvezet, et de cet endroit
il entendit que les rebelles frappaient la porte dud Ravel. La mère
de Ravel fut ouvrir la porte de la basse-cour, le nommé Jaussaud
de Valeirargues qui a esté condamné à être
rompu tout vif pour sacrilège commis à l'église
dud Valeirargues, Raymond Mejan du mas de Bezuc et trois autres inconnus,
tous armés d'un fusil chacun entrèrent dans la maison
et après l'avoir fouillée ils mirent le feu au lit de
la cuisine et à celui de la chambre. Il a vu parmi les fanatiques,
le fils cadet de Jean Verdier Poudain tisseran de cadis nouveau converti
du lieu de la Baume, François Garrel de Faussargues, tous les
susd armés chacun d'un fusil, ils venient de la maison de Joseph
Richard ou la bourgeoisie faisait corps de garde. Il croit que les
sus nommés s'étaient saisis des fusils qui retaient
dans le corps de garde. Il connut encore le nommé Brunel, menuisier
nouveau converti de la Baume qui avait un fusil, led Brunel étant
devant la porte de la maison de Suzanne Linquiere ancienne catholique
de Belvezet. Il a encore connu Isaac Ferrier de Belvezet non armé,
Daniel Soulas de Bourdiguet qui vait un fusil, il a vu Daniel Granier
nouveau converti de Belvezet qui enseignait aux fanatiques les maisons
des anciens catholiques, il vit encore du même endroit dix-sept
maisons des catholiques en feu et l'église, il entendit crier
le valet du prieur: Estienne, sauve moi la vie (nota dans la marge:
led Estienne s'appelle Dussaut, sa mère mariée en secondes
noces avec le fils ainé de Jalabert de la Baume) , led valet
cessa de crier après un coup de fusil qu'il entendit tirer.
il en avait entendu tirer auparavant dix ou douze coups de fusil,
des femmes, des hommes et des enfans qui criaient miséricorde.
Les fanatiques se rassemblèrent dans l'enclos de Pierre Roussel,
et firent la prière à genoux. De là ils furent
aux hameaux de Belvezet et mirent le feu aux maisons des anciens catholiques
en nombre de quarante deux, comprises celles qu'il a dit, après
avoir volé ce qui leur convint, lors que les anatiques se furent
retirés il commença par éteidre le feu de la
maison dud Roussel, et ensuite celle de Ravel, celle du déposant
a été brullée avec tous ses effets, de quoi il
nous a remis un état pour être inséré dans
notre verbal des désordres causés par les fanatiques.
Il a vu les personnes suivantes tuées par les fanatiques, savoir
Jean Richard cardeur de laine agé devingt sept ans, Isabeau
Blacheire femme dud Richard de Belvezet, Esprit Blanc d'Uzès,
compagnon dud Richard, Henry Bousche a laissé une femme et
trois enfants masson agé de vingt cinq ans, Pierre Mathieu
agé de vint cinq ans fils de Louis Mathieu Rossel agé
de soixante ans, le berger de Ravel agé de trente ans, Cathin
Blacheire femme de Joseph Richard agée de cinquante ans, Jean
Ducros ménager agé de soixante cinq ans, Honoré
Raffin gardebois du seigneur Duc d'Uzès agé de setante
ans, Bertrand Gallon tisserand deserge agé de trente ans a
laissé sa femme et troix enfants, Claude Rossel cardeur agé
de trente ans, Estienne Ancinnes cardier agé de vingt sept
ans, Pierre Rossel cardier agé de trente ans a laissé
une femme et trois enfans, les maisons de tous les susdits meurtris
ont été volées et brullées, le nommé
Raimond d'Uzès, compagnon cardier dud Jean Richard fut blessé
d'un coup de fusil a la cuisse. il fit le mort sur le corps de son
maitre. Jean Ravel menager bien blessé, Marie Mathieu femme
du Baille blessée de vingt cinq coups de bayonnette et plus...
3 Françoise Rousse, fille d'André travailleur de Vers
agée de vingt et un ans ancienne catholique, témoin
assigné comme les précédents...
Depose qu'elle était servante de Chauderat ménager de
Bourdiguet, vers le milieu du mois de janvier dernier, qu'étant
partie de grand matin avec Daniel Soulas de Bourdiguet, et led Soulas
conduisait une mule pour aller chercher des chataignes. Ils trouvèrent
sur le chemin-vingt quatre fanatiques armés de fusils, dont
quelques uns étaient armés d'une bayonnette au bout.
Led Soulas appella un de ces fanatiques Estienne, et leur dit à
tous : mes chers frères, Dieu vousconserve et vous fasse la
grâce de venir à bout de vos soirs, led Soulas embrassa
celui qu'il avait appelé Estienne, et se touchèrent
les mains, et comme les fanatiques faisaient leur chemin, led Soulas
leur cria .....mes frères, il déboutonna la ceinture
de sa culotte et tira quelque chose de son gousset qu'il bailla dans
la main d'un de ces gens-là une croix que c'était de
l'argent, les fanatiques en se moquant de la déposante, lui
demandèrent si elle avait vu les housards, et en chemin faisant
avec ledit Soulas elle lui demanda si les gens qu'ils avaient rencontré
n'étaient les housards, qui lui répondit il faut garder
le secret on ne nous a rien fait, ils connaissent ien a ceux qu'ils
ont affaire, et sont de braves gens, et lorsqu'ils arrivèrent
à Vquières, ils virent la bergerie du Sieur de Maleirargues
tout remplie de ces gens là, s'en revenant le même jour
d'Alais avec led Soulas ils resterent de coucher dans la maison de
Soleirol nouveau converty de Vaquières rentier du Sr de Malerargues,
étant auprès du feu elle fit semblant de dormir le soir
à la veillée et entendit que Soleirol disait à
Soulas, ces gens là en parlant des fanatiques ont couché
la nuit dernière dans ce lieu, et que leur avertisseurleur
avait prophetisé de partir avec toute la .... pour aller bruler
un village, et que demain on en entendrait parler. Il dit encore qu'il
avait soupé avec un jeune homme fort beau qui prechait à
merveille. Led Soulas repondit je souhaiterait de le voir et de manger
ensemble, que dans Alais tout le monde tremblait de peur, qu'on y
pourrait entrer facilement, de meme qu'à Uzès, qu'il
n'y avait dans ces deux villes que des enfants qui les gardaient.
Soleirol répliqua que le dessein de cette troupe était
d'enlever les armes du corps de garde d'Uzès et de l'égorger,
ce qu'ils tentèrent peu de jours après, led Soleirol
ajouta que ces gens-là voulaient aller à St Genies où
il y avait plusieurs prêtres qui s'étaient réfugiés
et que ce serait une bonne capture, lesquels avaientencore dessein
d'aller au château de Serviers. Ils y ont été
aussi du depuis, a ce qu'elle a oui dire, qu'il y avait un berger
fort hardi (en marge: na que led berger est le nommé Bourgois
de St Hippolyte de Caton) qui enlevait les armes, et que tous les
jours leurs troupes augmentaient, dit de plus qu'un jeudi deux ou
trois jours après étaient dans la maison de son maitre
à huit heures du soir, les personnes ci-après nommées
y vinrent savoir Marie Masse prophétesse, Vedelle niece dudit
Ollivier, Antoine berger dud Ollivier, Jeanne Sorbiere et sa servante;
Marie Masse fit la fanatique et l'a fait du depuis plusieurs fois.
Le lendemain elle vit trois fanatiques à Bourdiguet dont un
portait un fusil et l'autre un tambour, lad Masse lui dit de n'avoir
pas peur, et ce jour là on fit une assemblée à
Brueis, et le soir plusieurs fanatiques vinrent dans la maison de
son maitre du nombre desquels étaient Israel Bernard, Daniel
Soulas, portant chacun un fusil, Jaques Ollivier, Louis Fontanieu
fils de Bastien, Jean Sorbierre, les deux frères Brais appellés
François anciens catholiques, Marie Masse, Suzanne Bernade
prophétesses les sus nommés sont nouveaux convertis
de Bourdiguet Suzon Sayerlé d'Aygalliers aussi prophétesse
qui s'est sauvée de la prison du Pont Saint Esprit, lad Masse
oblige la déposante d'aller avec eux et on la mena dans une
assemblée qui se fit dans le lieu de Seynes dans une maison
qu'elle retrouverait si elle était conduite dans le lieu, ladite
maison était toute pleine de monde dont la plupart étaient
d'hommes armés, le Chevalier qui est un jeune garçon
plein de visage precha et défendit de ne rien dire, on chanta
un psaume, elle a reconnu dans cette assemblée Israel Bernard
se reposant sur un fusil quil lui dit bien vous en soit Dieu vous
fasse la grace de continuer, Daniel Soulas qui lui dit qu'il irait
le lendemain à une autre assemblée, Louis Fontanieu
qui avait un fusil, le cadet Brais qui jeta d'argent dans le chapeau
du quêteur, elle fut à lad assemblée et en revint
avec Suzanne Bouet femme de François Pongi de Faussargues,
elle aida à porter un demi sac du pain que Jaques Ollivier
de Bourdiguet avait apporté d'Uzès pour les fanatiques,
lad Masse et Jannette fille de Jaques de Claude, de Brueis exhortaient
la déposante d'être une de leurs soeurs et de quitter
la religion pour être de la leur; elle connut encore dans cette
assemblée Estienne Masse d'Auchabian portant un fusil; elle
a vu plusieurs fois de petites assemblées dans la maison dud
Ollivier, Suzanne Bernade faisant la fanatique,.....
4 Louise Arreines femme de Jacques Ducamp de Belvezet cardeur de laine
de l'hameau de Puget paroisse de Belvezet agée de trente ans
témoin assigné comme les précedents....
Dépose que le 5 du mois de janvier dernier entre dix et onze
heures du matin elle était devant la porte de sa maison, six
paysans portant chacun un fusil et des pistolets à la ceinture,
dont elle n'a connu personne, s'arrêterent devant elle et l'un
d'iceux lui demanda si elle était papiste, elle avoua qu'elle
était papiste, pour lors ils dirent il faut la tuer, et on
lui présenta une arme à feu, elle joignit les mains
et leur dit, si vous me tuez vous ferez mourir un petit huguenot qui
est de votre religion, on lui demanda à qui était l'enfant
à qui elle donnait du lait, elle leur dit que Crouzet de Fontareches
en était le père, on lui demanda où était
son mari et s'il était catholique, elle leur répondit
qu'il était catholique et absent, une quinzaine de fusilliers
joignirent les premiers en chantant un psaume, les chapeaux bas et
quelques uns des bonnets de laine sur la tête, elle se mit à
genoux et s'y tint jusqu'à ce qu'ils eussent passé,
elle se leva et fut chez Pierre Serier nouveau converti se réfugier
une brassade de linge de sa main et il passa plus de deux cents de
ces scélérats, quelques uns n'étaient pas armés,
plusieurs jeunes gens portaient au col des pains enfilés dans
un baton, elle n'en connut qu'un seul qui est de l'hameau de Prade
comté de Lussan appellé Simon qui était armé,
et dont le père avait épousé en secondes noces
la veuve du nommé Vieu de Fontareches. Elle apprit une heure
après où environ par Marie Trinquière femme de
Mathieu Dupin ménager habitant du Pouget qu'on avait tué
dix-huit personnes anciennes catholiques dans le lieu de Belvezet
et trois de blessé et brulé quarante deux maisons des
anciens catholiques, elle vit la fumée de ces incendies et
retirer ces scélerats sur l'heure de midi du côté
du Darboussasde Bourdiguet. Ajoute que trois semaines après
un jour de dimanche s'étant réfugiée chez Charles
Servier, vers les dix heures du matin les personnes suivantes s'assemblèrent
dans la première chambre de sa maison: Jean Ferrier dit le
cadet, Anne Rousse femme dud cadet ancienne catholique, Pierre Ferrier,
Jacques Dayre et sa femme qui portait son enfant de lait, led Charles
sa femme ses deux filles dont une a sept ou huit ans et l'autre quinze
ou seize ans, ses deux fils agés de douze et dix huit ans,
étaient avec la déposante dans une autre chambre de
ladite maison, elle entendit Isaac Servier qui entonna un psaume et
tous les autres le suivirent, elle entra dans la première chambre
où tout le monde était assis, ledit Izac tenait un livre
à la main et leur faisait le catéchisme sur le commandement
de Dieu, led Jean disait nous avons déjà oublié
notre doctrine, mais nous l'aurons bientôt reprise, Izac répondit
il vaut mieux commencer à bonne heure que tard à exercer
notre religion, Pierre Martin vieux, beau-frère de la déposante
l'appella de la rue, elle sortit et trouva Antoine Sabourin auprès
de la maison de Pierre Chazel consul qui lui demanda où elle
allait, elle répondit que c'était pour laiser en liberté
ceux qui étient dans la maison dud Charles, le Sabourin n.
c. répliqua ils s'en pourraient bien repentir, ils commenceront
trop fort.....
5 Marie Trinquierre femme de Mathieu Dupin ménager de Belvezet
agée de trente ans témoin assigné .....
Dépose que la veille des roys de cette année sur les
dix à onze heures du mtin elle berçait son enfant dans
sa maison, et entendit chanter des psaumes a plus de cinquante personnes
tous à la fois elle se mit sur le pallier de son escalier appelé
vulgairement la placete, et de là elle vit un homme qui faisait
comme s'il était suffoqué, la plupart tenaient leur
chapeau bas, ils crièrent fermez vos portes de la part de Dieu,
courage mes frères ; ce jour là son mari étit
à l'hameau de l'église, elle s'enferma dans sa maison
et n'en connut point, les fanatiques s'étant retiré,
la femme de Ducamp l'appella de la rue, elle entrouvrit la fenêtre,
et vit le feu à la maison de Pierre Robert, elle sortit avec
son enfant dans sa jupe et descendit à l'hameau de l'église
et vit quarante maisons des anciens catholiques embrasées y
compris la maison claustrale de l'église. Elle trouva la caisse
du tambour de la bourgeoisie de Belvezet à la rue qui était
casé, deux justecorps au milieu du ruisseau et une paire de
souliers, Mathieu Rossel tué au-dessous de sa maison qui nageait
dans son sang, Catherine Blachere femme de Joseph Richard morte à
la porte de Bartelemy Blisson. Elle alla devant la porte de l'église
qui était embrasée dans laquelle on avait mis le feu
et au devant de l'église il y avait les corps morts de Jean
Richard, d'Esprit Blan son compagnon, leurs têtes étaient
écrasées; sur le seuil de la porte de l'église,
Estienne Arrennes, Isabeau Blachere femme de Jean, Isabeau fille d'Antoine
Ravel, Henri Bouscher maçon, Pierre Rossel cardeur de laine,
oncle maternel de la déposante, Nadal de St Victor de las Oulles
qui n'avait pas encore expiré qui mit sa tête sur le
corps d'Etienne Arrennes, tous les susdits déchirés
à coups de fusil ou de bayonnette, led Arrennes avait été
brûlé; elle a encore vu Honoré Rafin tué
dans la cave de sa maison. Suzanne Trinquierre vint joindre la déposante
devant l'église qui remua la tête dud Vidal pour voir
s'il était mort, elle alla à la métaierie du
Sr Rouvière, elle entendit dire à Suzanne Brunelle veuve
du scieur qu'on avait coupé l'épaule à Jean Ducros
vieux qui se trouva mort au bout de ses....; elle apprit aussi qu'on
avait tué Bertrand Gallon, Jean berger de Ravel, Claude Rossel
et Pierre Mathieu à coups de haches et à coups de fusil,
et alla voir la femme du baille blessée de plusieurs coups
de bayonnette, deux jours après elle vit led Ravel blessé
ainsi qu'elle a dit
Adjoute que Marguerite Mathieu fille de Louis lui a dit qu'elle avait
connu parmi les sélérats le nommé Estienne...
Du jeudy cinquième avril mil sept cent trois au lieu et pardevant
qui dessus heure de trois après midy
6 François Braic cadet fils de feu Jean cardeur de laine de
Bourdiguet agé de trente ans témoin .....
Dépose qu'un samedi du mois de Janvier ou février de
cette année il fut souper chez Chauderat de Bourdiguet; Jaques
Ollivier, Daniel Soulas, Israel Bernard, Louis Fontanieu nouveaux
convertis dud lieu et un étranger habillé de gris agé
de trente ans, Suzanne Bernade, et Marie Masse. Chauderat après
soupé leur dit: Messieurs je ne vous demande rien, et à
une heure de nuit led étranger dit : Messieurs ce n'est pas
le tout, il faut aller prier Dieu, ces gens-là avaient deux
fusils. Il sortit et au clair de la lune il reconnut l'étranger
qui portait un fusil qui lui dit : si vous ne venez pas entendre la
parole de Dieu vous êtes mort, tous descendirent de la maison
à la réserve du maître. Il entendit et vit lesd
Masse et Bernade qui marchaient devant avec Louis Fontanieu et Israel
Bernard. Il fut avec led étranger au lieu de Seines dans une
maison derrière l'église, la porte de lad maison est
au devant et il y a une basse cour, etant montés à la
première pièce par deux ou trois escaliers, et puis
on trouve un pallier, cette maison est composée de deux chambres
de plainpied, l'une située à la bize et l'autre au marin,
la chambre du côté de la bize était remplie de
gens de tout sexe et l'autre chambre ne l'était remplie qu'à
moitié; dans cette assemblée il y avait des faux, des
fusils, des pistolets et des bâtons ferrés. Il a vu dans
l'assemblée lesd Masse, Bernarde et lesd Louis Fontanieu et
Israel Bernard; il reconnaitrai la maison de l'assemblée s'il
était à Seines; un jeune garçon precha, on chanta
des psaumes, un jeune homme fit la quète, il donna une pièce
de quatre sols et se retira tout seul vers la minuit....
Du samedy quatorzième avril heure de 10 du matin aud an lieu
et par devant qui dessus,
7 Louis Lafont agé de trente quatre ans ménager de Belvezet
témoin.....
Dépose qu'environ trois semaines après l'accident funeste
de Belvezet il invita a diner chez lui Charles Servier, Daniel Martin
nouveaux convertis de Belvezet et Pierre Robert ancien catholique
dud ieu, en dinant le nommé Sorbiere du Pont de Serviers et
Delgas rantier du mas du mas de Marssau suivirent, ils se mirent à
table et entendirent chanter des psaumes dans la maison de Charles
Servier, après le diner tous les sus nommés se rendirent
chez led Charles, sa femme lui dit d'y aller, crainte qu'on ne brula
leur maison; il y fut et trouva Isaac Ferrier, Pierre Servier boiteux,
Jean Servier cadet, Jacques Dayre et sa femme, la femme dud Jean,
ils étaient ces six. Isaac Ferrier, Jean Servier et la femme
dud Charles chantaient des psaumes, led Charles fit la lecture d'un
manuscrit qu'ils appelaient la requète de Brousson a Monseigneur
l'Intendant, que le lecteur disait avoir trouvé sur un tas
de pierres, la femme de Jacques Dayres invitait le déposnt
de chanter les psaumes et lui disait de ne rien craindre.
Ajoute que les fanatiques avaient mis le feu à son lit le ciquième
janvier dernier....
8 Pierre Robert, ménager de Belvezet agé de quarante
six ans, témoin....
Dépose que trois semaines après le malheur de Belvezet
dinant chez Louis Lafont avec Charles Servier, Daniel Martin, Sorbiere
du Pont de Serviers, et Delgass rentier de Marssau, ils entendirent
chanter des pseaumes dans la maison de Charles Ferrier, après
diner tous les sus nommés furent dans la maison dud Charles.
Il y fut aussi et y trouva et y trouva Isaac Ferrier, Pierre Servier,
jean Ferrier et sa femme, Jacques Dayre et sa femme. Ils étaient
assis, lesd Izaac et Jean et la femme dud Charles chantaient des psaumes,
led Charles fit la lecture de la requete de Brousson à Monseigneur
l'Intendant qu'il disait avoir trouvé, il entendit que la femme
de Jacques Dayre disait audit Lafont de chanter des psaumes et de
ne rien craindre. Ajoute que dans cette assemblée il y avait
le fils ainé et la fille ainée dud Charles qui chantaient
des psaumes....
Du jeudy troisième may aud an lieu ci devant qui dessus heure
de huit de matin.
9 Jeanne Autonne fille de Marc de Belvezet agée de dix-huit
ans témoin assigné...
Dépose que le cinq de janvier dernier sur les neuf heures du
matin, lavant son linge au ruisseau, la femme de Joseph y vint laver
une paire de bas de coton, elle se trouva émue d'une grande
frayeur sana aucune cause apparente. Elle ne put s'empêcher
de déclarer sa peur à lad femme qui lui demanda d'où
pouvait provenir sa crainte, elle lui dit qu'elle n'en savait rien,
mais que ses cheveux lui erissait, la femme lui repliqua peut etre
vous êtes malade, elle dit non fait, j'ai bien diné,
et ce matin nous avons fort ris en parlant des fanatiques, cette femme
après avoir lavé ses bas s'en retourna, elle vit arriver
du coté de la Baume les fanatiques armés de fusils,
de fourches, de faux, de haches à deux tranchants. Il y en
avait plus de quarante qui n'avaient point d'armes, ils avaient six
tambours et trois musetes, on commença de battre la caisse
entre les rochers et de jouer de la ùusete, ils dansaient en
marchant avant que d'entrer dans Belvezet. Ils se mirent à
genoux par rangs de quatre, leurs trois chefs étaient debout
et prechèrent pendant un moment tous trois à la fois,
et on chanta un psaume, de ses trois chefs elle a reconnu Esperandieu
de Foissac, habillé d'un drap gris bleu. Le visage noir portant
perruque et un plumet rouge, le second était habillé
de drap couleur de .... cheveux chatains clair, de taille médiocre,
le troisième était grand et fluet portant peruque avec
une bourse de tafetas habillé de minime le visage long et assez
jeune, ou mit quatre ou cinq hommes armés sur le rocher qui
domine le village auprès de la fontaine. Izac Ferrier dit le
seignou était de ce nombre. Ils en mirent autant au chemin
d'Uzès, et quatre hommes à la vue de la métaierie
du Sr Rouvière, elle se voulut lever pour aller avertir le
rentier de lad métaierie, elle fut arrêtée par
six de ces sélérats, dont elle a reconnu Mathieu Jallabert
cadet qui avait un fusil, une bayonnette et deux pistolets à
la ceinture qui leur dit de laisser la déposante, tous les
trois chefs l'abordèrent et lui demandèrent où
était le cabaret voulant dire la maison de Joseph Richard qui
servait de corps de garde a la bourgeoisie. Elle leur dit qu'elle
ne la savait pas et quelle n'était pas du lieu, celui qui portait
le plumet rouge l'apella garce et lui demanda qui est ton maitre,
elle lui nia son maitre, le même lui commanda de se mettre à
genoux et de prier Dieu, ce qu'elle fit, et on la laissa au bord du
ruisseau, et de là elle vit mettre le feu dans toutes les maisons
des anciens catholiques, d'une buche qu'on avait pris chez Joseph
Richard, et après avoir mis le feu aux maisons, ils allèrent
mettre le feu à l'église, le bruit des incendies ou
la peur qu'elle avait l'emp^cha d'entendre les coups de fusils, elle
entendit pourtant les femmes qui criaient miséricorde et qu'un
de la troupe défendait de ne pas gater la poudre, elle vit
qu'un homme portait dans un bresseau quelque chose de noir couvert
d'un linge. Ils sortirent du village en dansant le tambour battant,
en jouant des musetes. Ils demeurèrent bien environ deux heures
dans le lieu, et ont tué seize personnes, ayant vu son maitre
et sa maitresse morts des coups de fusils. Elle a connu dans cette
troupe de fanatiques Antoine Jalabert fils de Mathieu de la Baume
qui avait un fusil, une bayonnette et deux pistolets, Poudain de la
Baume rantier du sieur de Verfueil qui avait un fusil. Esperandieu
de La Baume beau-frère de Garrel, led Espérandieu est
rentier de faussargues de la métaierie du Sr Roche avait un
fusil, le cadet Mathieu non marié de La Baume portant un fusil,
Dusaux fils ainé du lieu de Montarenc rantier de la metherie
la plus basse du Sr de Verfueil avait un fusil aussi, Antoine Brunel
de la Baume dont le père se tua de la chute d'un chêne,
Christol père, Richard le mary de la belle verdière,
le cadet Verdier, le cadet Garrel tous habitants de la Baume et avaient
chacun un fusil excepté ledit Garrel qui est de Faussargues,
elle remarqua led Garrel contre la maison de Joseph Richard, et led
Brunel avec une hache à double tranchant proche la porte de
la maison,....
Du mardy quinzieme may au lieu et an et devant qui dessus heure de
dix matin
10 Raymond Corbier cardeur de laine de Plantiers sur Sindras dioceze
d'Alais fils de Vidal agé de vint cinq ans témoin assigné....
Dépose que le cinq de janvier dernier travaillant dans la boutique
de Jean Richard a Belvezet sur les dix heures du matin les fanatiques
en nombre de huit entrèrent dans lad maison, on le mena de
force avec son maitre, sa maitresse et Esprit Blanc autre compagnon
cardeur, devant l'église dud lieu où ils trouvèrent
une vingtaine de gens armés on les fit mettre tous quatre à
genoux, appuyant leurs mains contre la muraille de l'église
et tournant le dos à ces s"l"rats on leur tira plusieurs
coups de fusils son maitre et sa maitresse tombèrent morts
de même que Esprit Blanc. Il reçut un coup de fusil sur
la cuisse en esflurant. Il feignit d'être mort sur le corps
de son maître, on lui voulut dépouiller sa veste, il
entendit que le nommé Estienne valet du prieur de Belvezet
priait un autre Estienne sauve moi la vie je t'en prie il entendit
dans le moment deux ou trois coups de fusils a deux pas du déposant
le valet dudit prieur tomba mort, n'entendant plus de bruit il regarda
s'il y avait quelqu'un. Il n'en vit qu'un qui sortait du cimetière
en jetant un justecorps sur ses épaules. Il prit ce temps pour
sauter derrière l'église et à la faveur de la
fumée qui sortait de l'embrasement de l'église, il se
déroba à la vue des fanatiques, et fit plus de deux
cents pas sans pouvoir être aperçu, ajoute que lorsqu'on
les conduisait son maitre pria les sélérats que si on
le voulait faire mourir d'épargner au moins sa femme;....
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