Les camisards en Suisse

Lettre du résident français à Genève, monsieur de La Closure, à l'intendant Basville,
sur les intentions des camisards réfugiés en Suisse.

Document inédit communiqué par Greg Monahan, universitaire et chercheur américain, membre de notre comité de rédaction.

Source: Archives des Affaires Étrangères, Correspondance Politique, République de Genève 25, fols. 112-113

26 novembre 1704

"Les differents avis que j'ay, Monsieur, touchant Cattinat me mettent dans l'incertitude de ce qu'il est veritablement devenu. Il a esté quelques jours dans une Maison hors de la ville chez un jardinier nommé Billard, qui est des Sevennes. Ils estoient 3 ou 4 personnes ensemble. Ce jardinier estoit parti avec eux comme devant les suivre et il avoit dit adieu a ses amis sur ce pied là. Il est pourtant presentement de retour chez luy, et si ce qu'on me raporte est veritable il doit avoir dit qu'il n'a esté que jusques dans le Pays de Vaud, et que n'ayant pas pû passer il estoit revenu, sans parler des autres. Sur ce pied là il se pourroit faire, Monsieur, qu'il les auroit seulement accompagnez jusques là, et que Cattinat et ceux qui sont avec luy auroient continué leur chemin par la franchecomté. Peu estre aussi sont ils touts revenus, et dans ce cas là je ne doute point qu'ils ne se tiennent cachez quelque part. Je say qu'ils craignent fort de tomber dans quelque embuscade. D'ailleurs fontane, qui avoit paru devoir partir avec Cattinat, est surement a Lausane, aussi bien qu'un officier alleman, qui les estoit venu joindre icy. Le petit Predicant, qui est de la meme troupe s'apelle François. On m'avoit raporté que Cavalier estoit revenu de Piemont, et les avoit joints pour repasser dans les Sevennes avec eux: Mais il n'y a nulle aparence a cela.
Quelque route qu'ils prennent on est averti partout. J'ay beaucoup de penchant a croire qu'ils prendront celle de franchecomté pour tomber dans la Bresse et dans le Pays de forez, de la dans l'auvergne et dans le Rouergue, d'ou il leur sera aisé de gagner les Sevennes. Je ne doute pas, Monsieur, que vous ne donniez bons ordres partout. La chimere de ces gens là est que M. le Marquis de Miremont viendra avec un corps de 8000 hommes tout francois pour porter la guerre dans le Daufiné par les vallées et de là dans les Sevennes, et que cela causera une revolution general dans toutes ces Provinces là ou il y a beaucoup de nouveaux convertis; que Cavalier se joindra a luy avec son regiment. Je crois assez que c'est là le projet. Mais M. le Marquis de Miremont n'est pas encore en Piemont, ny les 10 mille hommes [not a misprint--8 cited above 10 here]qu'il y doit conduire. Il ne faut pas douter qu'on n'écrire dans ce sens là a Ravanel et aux autres chefs des Sevennes qui ne se sont pas encore soumis et qu'on n'entretienne meme dans ces esperances là les peuples des Sevennes. Ils ont differentes adresses pour faire passer leurs lettres en ce pays là. En voicy une, dont on m'a assuré qu'ils se servoient, a M. Parouillan voiturier demeurant a Nismes. Il vous sera aisé, Monsieur, de savoir si veritablement il y a à Nismes un voiturier de ce nom là, et de faire retirer toutes les lettres que se trouveront a la poste a son adresse. Je croirois bien aussi qu'on peut se servir de celle du nommé Billard jardinier a pleinpalais pour les lettres qu'on ecrit de ce pays là a Cattinat et a d'autres. Voila, Monsieur, tout ce que j'ay pû decouvrir jusqu'a cette heure, qui meme est fort equivoque. On m'a ecrit de plus de Lausane qu'il en estoit parti 130 hommes, Camisars, et autres avec quelques officiers par petites bandes: Mais qu'on ne savoit pas bien encore s'il alloient dans le Wurtemberg ou s'ils iroient par le Mont St. Godard en passant par les Grisons pour gagner l'Italie et de là le Piemont, et que ce qu'il y avoit encore de ces gens là à Lausane et dans d'autres petites villes le long du Lac, qui les devoient suivre, avoient receu un contr'ordre; Qu'on ne savoit a quoy atribuer ce changement, qui pouvoit pourtant bien avoir quelque raport à un bruit sourd qui couroit a Lausane qu'on avoit dessein de jetter du monde dans Montmelian; Ce qu'il y a de bien veritable a tout cela c'est que la pluspart de ces gens là sont fort embarrassé presentement qu'il n'y a plus de communication avec le Piemont, et qu'on se lasse de leur fournir leur subsistance. Il paroit ça esté de l'argent de M. le Duc de Savoye jusqu'à cette heure."

Perquisition chez Joiny

Document inédit retrouvé aux Archives départementales de l'Hérault (C170).

Nous, De La Cour, capitaine au régiment de Chambonas, nous sommes allés avec un sergent et quatre soldats sur les six heures du matin [mot illisible sur la photocopie, probablement "dans" rayé] à la métairie de Jean Nicolas dit Janin située à la montagne de Lousère et près le bois de Faux des Armes lieu appelé Valmivers dépendant de notre inspection, et aurions trouvé dans ladite métairie la femme dudit Nicolas, et après avoir exactement fouillé avons trouvé entre le couvert et la muraille qui soutient les poutres dudit couvert et dans un des ais un petit sac où il y avait six livres de psaumes notés, et dans le même temps nous serions aperçus que la femme dudit Janin prenait un livre qui était sur un ais qui était dans la cheminée qu'elle cacha dans sa jupe, lequel lui aurions ôté par force nonobstant la résistance qu'elle faisait ledit livre, intitulé les actes des apôtres et épitres de St Paul St Mathieu et apocalipse de St Jean, au milieu duquel il y avait une paire de lunettes et au marge de la couverture il y a écrit : ce livre appartient à moi Pierre Malachane, ce qui nous aurait obligé de demander à la femme dudit Nicolas si elle ou son mari savait lire, et s'il se servait desd. lunettes, et à qui elles appartenaient aussi bien que lesd. livres ; laquelle aurait répondu que son mari ne savait pas lire, qu'elle lisait mais qu'elle ne se servait pas de lunettes, qu'elle ne savait pas à qui elles appartenaient aussi bien que lesd. livres. Lui aurions aussi demandé s'il n'était pas venu quelques étrangers ou des gens des lieux circonvoisins qui lui avaient baillé lesd. livres et venaient les lui lire. Elle aurait répondu que non ; nous aurions emporté lesd. livres au lieu de Gourdouse où nous sommes en quartier et aurions dressé le présent verbal le vingt-quatre septembre mil six cent quatre-vingt dix que nous avons signé et fait signer à notre sergent Delacour Durand sergent


Compléments: Il ne fait aucun doute pour nous que Nicolas dit Janin est Nicolas Joiny.
En effet, le lieu que nous avons transcris "Valmivers" doit être lu en fait Valinières ou habitait effectivement Joiny à l’époque (communication de Henry Mouysset dans le cadre de la préparation de son livre "Les premiers camisards" -à paraître).

Cette perquisition pourrait expliquer son engagement dans l'armée (pour échapper à l'emprisonnement et laisser passer les poursuites). Le fait qu'il habitait cette métairie expliquerait aussi qu'il connaissait le massif du Lozère et le bois de la Fau des armes comme sa poche. Quand à sa femme, on n'en entend plus parler par la suite, elle a pu être emprisonnée et décéder en prison (hypothèse pure !), ou bien s'enfuir.

Il y a aussi dans le même dossier C170, folio 73 une autre lettre, probablement du même Delacour (je ne l'ai pas photocopiée mais seulement recopié le passage suivant) : "... j'ai trouvé dans une métairie du nommé Jean Nicolas dit Jagnin, n. c., beaucoup de livres défendus, je croyais bien d'y trouver des armes cachées le lieu étant fort suspect, il n'y avait que la femme dudit Nicolas que je n'ai pas cru devoir arrêter, son mari s'est évadé, apparemment qu'il se sent coupable. Il a du bien à ce qu'on dit....".

TT240 Relation de quelques entreprises des fanatiques dans les Sévennes

Archives Nationales. TT3 240 dossier II, folios 81 à 83

Cette relation, à notre connaissance inédite, fait partie du lot de correspondances avec l’évêque d’Uzès que nous avons vu avec le récit de la mort de l’abbé du Chaila, et présente l’intérêt de raconter les débuts de la guerre dans la région de Branoux, Laval, et le Collet-de-Dèze, pour laquelle nous n’avons pas beaucoup de témoignages. On notera en particulier le récit de la première bataille de la guerre des camisards, la bataille de Champdomergue.

Après les meurtres et assassinats de mr l'abbé de Cheyla, de quelques curés, de la famille de mr de la Devèze, de mr de St Côme et de quelques autres, plusieurs prêtres curés au nombre de 120 environ ont quitté leurs paroisses et se sont retirés en la ville d'Alès dont quelques-uns du diocèse d'Uzès. Pour prévenir une désertion plus grande dans le diocèse d'Uzès, mr l'Evêque a indiqué sa visite dans les doyennés les plus voisins des lieux où ces meurtres ont été commis pour animer par sa présence les curés de son diocèse. Ces doyennés sont ceux de St Ambroix, de Sénéchas et de Gravières, aux doyens desquels led sr Eveque a indiqué sa visite par ses lettres du 28e août dernier.

Le 31e dudit mois les fanatiques au nombre de douze environ entourèrent la maison claustrale du sr Gibelin prieur curé de Blannaves du doyenné de Sénéchas, brisèrent les portes du presbytère et le cherchèrent jusque dans la cuve et les tonneaux de la cave, mais inutilement, s'étant retiré à Alès sur les avis qui lui avaient été donnés.

La nuit du 3 au 4 ces scélérats au nombre de 40 environ bien armés furent chez le sieur Faucher prieur-curé de St-Just qui était absent, enfoncèrent la porte et la percèrent de plusieurs coups, traitèrent très mal le valet, prirent 4 fusils, brisèrent les tableaux et images qui étaient dans la chambre et dirent à ce valet qu'ils sauraient bien une autre fois le trouver, ils prirent dans ce lieu six armes à feu et quelques bayonnettes.

Ces mêmes scélérats furent la même nuit à Esplan, maltraitèrent les soldats de bourgeoisie et prirent leurs armes.

Mr le chevalier d'Aiguines gouverneur d'Alès envoya un exprès aud sr Evêque qui faisait sa visite au doyenné de St Ambroix, pour lui donner avis de ne pas monter dans les Cévennes, sur ce que le nombre de ces misérables augmentait, mais comme son retour avait eu un mauvais effet à l'égard des curés qui avaient été convoqués, il crut ne devoir pas changer les ordres qu'il avait donné.

La nuit du 4 au 5 ces scélérats au nombre de 40 environ furent au mas d'Aubenas de la paroisse de Laval, ils entourèrent la maison du nommé Reboul le plus considérable dud lieu, le prirent, lui donnèrent des coups de baton et de bayonnettes, et le laissèrent comme mort, le vicaire et secondaire de lad paroisse de Laval lui donnèrent ensuite l'extrême onction.

De là ils furent au lieu de la Favède de la même paroisse de Laval, une partie de ces scélérats entourèrent les maisons de quelques anciens catholiques qui s'étaient évadés, et les autres s'assemblèrent devant la maison du principal habitant où ils prêchèrent en fanatiques avec leurs postures ordinaires. Comme cette maison était hors d'insulte, ils ne purent y entrer, et dans la crainte du feu le maître leur rendit les armes par la fenêtre, la plus part des autres anciens catholiques s'étaient retirés, ils enlevèrent de ces lieux 12 à 15 armes à feu.

Le 8e dudit mois Jean Paradis habitant de St Frezal de Ventalon diocèze de Mende vint trouver led sr Eveque d'Uzès à Génolhac pour lui donner avis que sur les huit heures du matin 25 de ces fanatiques s'étaient adressés aux consuls, qu'ils les avaient maltraités, qu'ils avaient cherché le sr Gausse curé après avoir enfoncé la porte de la maison presbytérale, qu'ils étaient entrés dans l'église où ils avaient rompu le tabernacle, renversé les stes huiles, le valet du curé ayant été témoin de toutes ces circonstances. Ils ont pris dans ce lieu 10 à 12 armes à feu.

Ledit sieur Gausse curé et le sr Hours secondaire de ladite paroisse de St Frezal sont arrivés à Genolhac fort alarmés qui ont confirmé les circonstances ci-dessus.

Le 9 à 7 heures du matin est arrivé audit Genolhac le curé du Coulet diocèse de Mende, lequel a rapporté que la nuit ces scélérats attroupés étaient venus audit lieu, ou le sieur de Cabrières gentilhomme capitaine de bourgeoisie est en quartier, et d'où il était sorti sur un faux avis que ces scélérats lui avaient fait donner d'une assemblée, ils entrèrent dans l'église qui était autrefois le temple, ils y chantèrent en fanatiques et prirent le calice, de là ils furent chez mr le sieur de Cabrières auquel ils prirent quelques hardes et munitions de guerre, ils furent au corps de garde pour y enlever les armes, mais on y avait donné ordre.

Le sr de Cabrière ayant été averti que m Poul capitaine arrivait avec un détachement dans le même temps se joignit à lui avec quelques autres troupes du fort d'Alès, ce qui composa un petit corps de 70 hommes environ bien conditionné.

Ces scélérats fanatiques étant de retour du Coulet s'assemblèrent sur la hauteur de Champdoumergue diocèse de Mende environ les huit heures du matin dudit jour 9e où ils furent aperçus par les notres lesquels marchèrent droit à eux. Les fanatiques firent ferme et chantèrent des psaumes et ensuite ils avancèrent ainsi que les notres avec un air de bravoure. Ils firent leur décharge en bon ordre, mais après ils fuirent et suivis par nos troupes autant que la force le leur pouvait permettre ayant marché toute la nuit et n'ayant pris aucun aliment.

Il y a eu 25 de ces misérables tués sur la place, 3 ou 4 de pris dans les poches desquels on a trouvé les pièces d'un calice. De notre part le beau-frère de mr Poul a été blessé au bras, mr du Gibertin n. c. fort zélé blessé à mort, un lieutenant du fort d'Alès blessé et 4 ou 5 soldats blessés.

Le 20e est arrivé à Genolhac le sr Pagès prêtre prieur de St Hilaire diocèse de Mende lequel a dit savoir par des personnes de probité que ces scélérats s'étaient plaint que led sr Eveque fut dans le voisinage à y faire sa visite et qu'ils l'empêcheraient bien de la continuer.

Ledit sr Prieur a rapporté que led sr Poul avait eu avis qu'à 9 heures du matin ces misérables s'étaient ralliés au nombre de 300 environ au même camp et sur la hauteur de Champdomergue, quelques uns croient que c'est pour retirer et enterrer les corps morts pour qu'ils ne puissent pas être reconnus.

Mais mr de Broglie et mr de Baville informés de ces circonstances ont donné les ordres necessaires pour exterminer cette canaille de fanatiques, et on apprend que 5 compagnies de la marine ou autres troupes y arrivent incessament.

Lettres et Mémoire de Jean Rampon

(BPU de Genève , Papiers Court, volume 17 K f° 74 à 98)

Ce texte fait partie d'un ensemble de textes inédits (partiellement ou totalement) des Papiers Court de la BPU de Genève, qui seront publiés mis en bon français, annotés et commentés. Ces textes concernent les fugitifs, les prédicants, les galériens, les camisards, des Cévennes et du Bas-Languedoc, du Vivarais et du Dauphiné.(parution prévue aux Presses du Languedoc à la fin de l'année 2001). Inutile d’insister sur l’intérêt de ce texte, l’un des deux récits (avec celui de Mazel) de participants au meurtre de l’abbé du Chaila.

Orthographe, ponctuation, accentuation d'origine respectées. En italique ce qui n'est pas dans le texte.

Lettre de Rampon à Antoine Court

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Monsieur
Comme j'ai eu le sort detre comme vous savés sur les galleres c'est la cauze que je n'ay pas peu avoir toute la memoire que j'avés et que je vous aurés peu inserer comme de la mort du Sr La Rouvière Laporte et Mr Henric et quelques autres. Mais je vous diray que si vous souhaités vous n'avés qu'à escrire à Monsr. Olivier Ministre à Canastast que luy etoit avec eux de ce tems la puis que je suis été à leur compagnie je le say et vous pouvés envoyer la lettre icy au Sr Massi quy vous sallue bien et par cette voye ne coutera rien parce qu'il escrit à son beau-frere et se sert de loccazion de la foire prochaine de Zurtal. Ainsi je crois bien que vous le pourrés savoir par cette voye ou aussy à Monsr le Ministre Calendrin à Geneve car je croy quil et tout entre ses mains du moins il avoit tous les galeriens et prisonniers ceux quy étoient condamnés aux prisons perpétuelles, d'autant que cetoit par sa voye quil recevoit quelque petite bénéficience et il est immanquable qu'il n'aye le tout on n'a bezoin que chercher depuis 1690 ou 92 car les Histoires de devant led tems sont toutes imprimées et jen ay veu un livre icy à Berne contenant 3 tomes quy fait voir depuis Henric 4 jusques aux persécutions et Edits de Louis 14 quy va jusques environ ce tams-là en 90 et ainsi du depuis on peut trouver ainsy les manuscrits en forme. Ici jai recueilly de Jacques Martin comme vous verres qui suit les mien et puis le Sr Rodat, lesquels tous vous asseurent de leurs affections et comme eux ne savent ny lire ny escrire leur manque beaucoup de suittes, enfin ie lay fait du mieux quil ma été possible, souhaitant ardemment pouvoir quelque choze a vous faire plaisir cest ce que ie ferois de bon coeur et vous aiant toute ma vie dans une profonde estime et parfaite considération. Comme etant et à votre aimable famille que Dieu vous conserve par sa grace, etant à tous Monsieur vostre tres humble et tres obeissant serviteur

Rampon

N'oublie pas le Sr Bonbonnoux que jassure de mes respects comme les amis dici en font de meme, comme de meme ceux de ma société.

Le Sr Courteserre et son épouze aussi vous salluent

Relation de Rampon

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Monsieur

Comme vous souhaités savoir l'histoire assez triste de l'affaire des Camizards, qui au commancemt furent nommés hauzards et fanatiques, ie vous diray que ce quy porta ses premiers à azarder le coup sur l'abbé du Chaila, ce fut par rapport à 3 noires actions quil fit de ses dernieres car pour toutes les autres le volume seroit bien gros si on le mettoit tout en ecrit dont la première de ces trois fut que pour faire avouer deux jeunes enfans d'une femme vefve âgés l'un d'environ 7 ans et l'autre cinq lui memes fit lexercice de bourreau en leur voulant faire dire que leur mère avoit retiré le Ministre, quy nommoit ainsi quoi quil netoient simplement que pour faire quelque petite exortation, et il avoit fait une petite assemblée au lieu de Lhermet de St Jullian, ces pauvres enfans souffrirent constamment la question que ledit abé exerca sur eux dont au plus ainé il luy tira les parties honteuses (mot rajouté au-dessus), de sorte qu'il en mourut et à l'aube il le mit nud et puis le foueta avec un fouet de verges de saule jaune jusques qu'il le mit tout senglant, mais ils souffrirent tout sen rien declarer, à suitte, il fit le procès à une fille dudit lieu du pont de montvert et fut pendue audit lieu étant accuzée d'avoir dit que la communion papistique étoit un poison venimeux comme le bazilic elle estoit âgée d'environ 26 ans et la relation de sa mort doit etre à Geneve dans les escrits de feu Mr Pierre Pons, laquelle declara sur le gibet d'une manière prophetique que celuy quy l'exposoit à ce suplice lui meme y viendroit finir sa vie dans 24 jours ce quy fut 24 sepmaines et la cause arriva à point nommé. De sorte que l'année 1702 le 22e juillet à la faveur de la foire de Barre Pierre Sequier dit Esprit et Rampon son associé firent une assemblée et quy fut fort nombreuse sur la montagne du Bougès et ledit jour ledit abé quy venoit de Barre coucha a la cure de St Jullian, moitié chemin de sa retraite et etant à table à sentretenir sur notre comte, il declara hautement le dessein qu'il avoit projetté, quy estoit des qu'il seroit arrivé audit pont de montvert de faire partir lordre au bourreau de Mende pour faire executer le nommé Massi lequel est à Lauzane s'il n'est pas mort, accuzé destre guide des autres prisonniers au sep ou il y avoit Jean Planque de Tonnas et son cozin de la parre de St Germain de Calberte et les demoizelles Sexti + (en note sur page d'en face de la main de Court: +Les demlles Sexti sont de Moissac proche le chateau dud Moissac) de Ste Croix, enfin au nombre de 8 et le 23 (surchargé le 2eme chiffre est peu lisible) au matin lors qu'on eut donné la benediction à lassemblée et les ordres pour leur retraite, dont il n'y eut pas un de prix de cette fois, puis nous vint à la pensée de faire arreter 1 ou 2 de chaque quartier dudit païs et ayant consulté l'entreprise, nous dimes à checun s'il n'y auroit pas moyen d'avoir quelques armes d'unes ou d'autres; ils nous dirent qu'ouy. Lors nous leur dirent que nous estions contens de leur bon zele et qu'il en vint 48 et nous 2 faisoit 50. on se rassembla le soir a layde du bois au sommet le plus haut de la montagne du Bouges (en note de Rampon en bas de page : cet endroit s'appelle en terme du païs Alte fage), tellemt que le conte fut accompli environ les 5 heures et demy du soir, et apres s'estre bien unis et promis chacun de ne pas se quiter et fait la prière tous ensemble, nous fimes notre marche vers ledit lieu à 2 de rang, et lors que nous fumes a la veüe dudit lieu sur les 9 heures du soir nous (barré remplacé par il) fut ordonné quil falloit avertir par le chant des Stes Louanges, sur quoy on chanta la premiere partie du pseaume 51 quy finit à l'entrée dudit lieu et la chose alla tres bien puis on nomma 8 hommes pour lavantgarde fusil en joue criant que personne ne sorte sur paine de mort et ainsy on avanca

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le chemin et comme ledit abé ou ses gens eurent entend le bruit et mesmes qu'on avoit deja laché un coup de fusil à la porte du Sr Dubos ou il y avoit 2 capucins logés, il envoya son secondaire pour voir ce que cetoit, croyant que cetoit de prisonniers qu'on menoit de nos gens, on luy répond qu'ouy, si pourtant lors qu'il voulut tourner la face disant qu'il alloit avertir ledit abé pour faire ouvrir les prisons il eut le sort de recevoir un coup d'halebarde quy le perça jour à jour aux reins et resta la, puis on avancea chemin sans bruit 10 ou 12 pas et voila l'homme de chambre dud abé quy vint pour voir et eut le meme sort mais encore celuy la entra tout blessé à mort qu'il etoit dans le logis du Sr Guin quy y mourut bien tot apres, ainsy on passa le dernier pont y ayant 2 arcades asses grandes sans etre arretés y ayant aparence que ledit abé attendoit toujours réponce des 2 cydevant car autrement il auroit renforcé la garde au bout du pont quy abordoit la maison, n'y ayant qu'un sentinelle dehors et un autre dedans avec les prisonniers, ainsy en abordant le quy vive on luy dit de metre armes bas et nous les remetre, autremt ils etoient morts il pria de luy donner la vie ce quy luy fut accordé aussi bien qu'à l'autre que les prisonniers demanderent grace pour luy puis à la faveur des coups de fusil qu'on tiroit par les fenetres nous forçames la porte pour entrer dedans malgré leur feu et nous delivrames nos prisonniers du sep et la frayeur ayant saisy ledit abé avec les soldats quy estoient avec lui ils monterent à la grande sale (du) 2e étage et dela fesoient toujours feu sans vouloir se rendre à vie ce quy contraignit à metre le feu à la sale basse quy servoit de chapelle y ayant plus despace qu'à la petite chapelle de devant la maison, ce quy fut le seul remede le plus promt pour les avoir et les faire sortir, et ledit abé voulant decendre par la fenetre ainsy que des soldats luy fut reconnu par sa longueur et aussy on mesuroit sy la corde des draps de lict alloit en bas ce quy fit qu'on luy lacha un coup de fusil de la ruelle du pont à la cuisse+ (en note en bas: +un des prisonniers même quon avoit delivré et armé et posé sur le pont). Lors quil se pendoit pour decendre ce quy fut bien etonnant qu'ayant receu un semblable coup, qu'il eut encore la force de marcher et quil croyoit aller au logis dudit Guin ou estoit son homme de chambre mais quand il fut au bout dudit pont sur la meme place ou il avoit fait dressé le gibet il rencontra un de nos gens quy luy commanda de s'arreter et ne passer plus avant et de prier Dieu, mais luy persistant à dire de le laisser passer et qu'il ne feroit jamais plus de mal à nos gens on luy repond que non quil n'en feroit plus et quil en avoit que trop fait et ainsi au au meme instant il lacheva et puis encore plusieurs autres coups de bayonnete crainte qu'il ne fut mort parce quil avoit renom de magicien ce quy ne le mit pas à couvert. Il y eut encore le rentier de la maison tué par sa faute pour n'avoir repondu et nous eumes un blessé à la joue + ( en note: Jean Chatal de Racoules), mais il fut bien tot guery et cela luy arriva pour passer le commandt pour avoir abordé aux degrés de la sale. A suitte, n'ayant pas mangé de long tems nous ns fimes aporter à manger et à boire sur la rue crainte de surprise et ainsy la pointe du jour venue nous marchames vers Frutgières ou estoit leglise cathedralle y ayant un curé seulement et son valet et les autres maisons tous braves gens et nous ne fimes aucun mal à celuy qu'on avoit depeché avec un cheval du Pont de montvert pour l'aller avertir, et quand nous fumes arrivés à la cure ou estoit ce mauvais curé quy ne voulut jamais se rendre que par le feu et que tant qu'il vit les armes ne firent point de feu, sy pourtant on le tua et on luy truva une letre écrite pour avertir l'abé afaire prendre une 20e ou 23 prisonniers de la commune et ce fut le 2(illisible).. au matin et puis nous continuames notre route vers le priore de St Maurice, mais le prieur n'y

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(était) pas et bien qu'il ne fut pas bien loin caché nous ne luy fimes pas grand recherche, nous ns contentames de diner la à ses dépens et de nous aller reposer dans un lieu secret ou de la nous pouvions voir les troupes par les montagnes au nombre de 500 hommes quon avoit comandés mais bien que nous fussions en petit nombre ils noserent aprocher des bois et se tinrent toujours au large, et apres avoir reposé cette journée nous reprimes notre marche avant jour et tirames vers la cote du Bougès, et nous allames nous reposer aux environs de la commune de St André de Lancize y ayant 2 mauvais curés lesquels furent surpris le 27 au matin ou l'un d'eux se précipita du haut du cloche en bas (il y était monté pour sonner la cloche un des camisards l'ayant poursuivi le poussa avec son halebarde -note entre deux lignes). La on brula l'église et on ne trouva pas leur concubine qu'on auroit aussi tuée; à suitte on recula en arriere vers les bois de Bouges et on se reposa la tout le reste du jour et de la nuit jusques au matin 29 dudit qu'on crut de truver plusieurs pretres ramassés au chateau de la Devèze le plus fort pour sa scituation des Sevenes. Nous y abordames entre 5 à 6 heures du matin et etant entrés 12 dans la cour du chateau nous ne trouvames pas de resistance, mais bien apres quand on cria de se rendre, mais point de reponce, le valet voulant se sauver fut le premier tué et quand il entendirent que cetoit tout de bon le vieux monta à la plus haute tour ou il se mit à sonner la cloche quy estoit assez grosse pour entendre d'une heure loin dans cette colline, et ne pouvant les faire rendre il y en eut quy s'avança et tira un coup de fusil à la porte d'une grande sale et que les jeunes gentilhommes étoient dedans au moins 2. Le Capne estoit avec sa compagnie et quoy que la porte de ladite sale fut double il y eut un de ces gentilhommes blessé et sortirent tous les 2 fuzil en joue et en sortant nous tuerent un homme nommé Couderc de la Roche et puis eux receurent 6 coup aussi tot et un tout blessé encore entreprit de sauter une haute muraille d'une allée du chateau, et sacheva, en sorte que dans ce rencontre il ne nous fut pas permis depargner personne de cette mauvaise famille au nombre de 6 et le valet 7, pour la servante neut point aucun mal d'autant quetant une de leur sujettes etoient contrainte de servir, ce mauvais chateau avoit servy pour prisons que cetoit la comme une inquisition dans le fort de la persecution, dont il le falut bruler, de quoy le vieux y resta dans sa tour ou tenoit son tresor, et nous primes toutes les armes et la munition et nous ns retirames apres avoir donné ordre pour ensevelir notre mort, et quand nous fumes au plan de fontmorte nous fumes surpris et dispersés et ils tuerent un quy estoit sans deffense quy nous avoient suivis malgré nous et prirent ledit Esprit prisonnier et le conduirrent à St Ipolite et de la condamné à etre brulé au pont de montvert et autres 2 freres quy estoient de Peyremale eurent aussi le même sort detre roué l'un à St André et l'autre à la Deveze, puis pourtant dans quelqs tems on se rallia que le nommé Laporte de Branoux et Abraham de fauguieres et Salomon de Vieljouvès et Jouannin de Genolhac et pierre Vignes de Salarial et moy de tems en tems-R- pour ordonner et puis ie resta sur le haut et ainsy eux furent joindre Cavallier et Castanet de fraixinet de fourques, lesqls firent plusieurs alarmes et principalemt sur ces mauvais apostats quy nous vendoit de sorte que ie resta seul sur le païs de la lozère pour toujours rasseurer nos gens et eux tous descendirent et joignirent Cavallier et Rolland et apres quelques actions mon frere me vint voir et nous fimes rencontre d'un homme quy estoit de montauban nommé Delparc lequel se joignit à nous et lors que nous avions le dessein de decendre pour rejoindre les autres nous fimes un passage à Finalletes petit village de la parre de fraixinet de Lozere

note de bas de page : avertisseur s'appelle Cezard des Combes on se contenta de prendre son cheval pour porter le reste et etant sur la montagne mirent la bride du cheval sur le col et le renvoyerent

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La vefve Rampon avec un nommé Jean Peletan du pont de Montvert sortant dudit lieu pour aller voir ses fils à Finallettes sur le soir une malheureuse femme les épia et a meme tems avertit 3 compagnies du regiment de Miral quy furent investir ce petit village devant quil fut jour et puis encore ce quy les favorisa le vent de nege quy couvroient qu'on ne se voyoit pas de 10 pas, dont cetoit le 29e 9bre quils furent faits prisonniers dans ce lieu au nombre de 11 dont les freres furent en gallere apres une assés longue prison on les fit partir de Montpellier le 8e may 1703 et leur mere la vefve à Perpignan avec Jean Peletan quy etoit vieux, Marie Lauriole du Mijavol et Jeanne Barrès de Grisac et Catherine Molines de finalletes, dont la dite vefve y et morte à Perpignan dans la prison ayant toujours dit quelle etoit bien jusques a son dernier ainsy que Marie Lauriole le fit savoir à ses fils à Marseille apres ladite fut changée à Carcassonne ou elle y et morte aussy et plusieurs autres dudit païs. Voila Mr le sort de ces pauvres gens lesquels peuvent declarer que pendant ladite guerre quy sest commencée dans leur lieu de naissance jusques en 1707 et 1708, il y en a eu plus de 200 en gallere y en etant morts la moitié, et pour en savoir la liste on n'auroit qu'a voir le livre que feu Mr Calandrin tenoit pour regle et qu'on luy escrivoit tout ce quy se passoit jusques à ceux qu'alloit en campagne. Voila la ou finit cet article des 2 freres R.

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De Berne ce 2 7bre 1732

Mr et T C F En JC N S

Je voy par la chere votre en date du 18e dernier qu'aves receu la relation que ie vous envoya et vois que quand à la mort de labbé il y a de contrariété tant de la part de Cavalier que de Brieu ce quil fa que j'ay été informé de letat de Cavallier et qu'on massure qu'il étoit bolanger de sa profession et que lors de cette action il etoit à Geneve compagnon et ceux quy estoit à cette compagnie je me souviens des noms de Jouanning de Genollac, (en surcharge en interligne: il etoit juste en fin lui qui rompit la porte de l'abé), de Pierre Vignes de Salarial, de Salomon Couderc de Vieljouvès de la pare de St André de Lencize, Larguier (de Lermet en interligne) de St Jullian, à Chevauxbach en allemagne il y a le nommé Soulages des Crozes pare de Cassagnas David Couderc de la Roche il fut tué à la Devèze, Jean Chaptal de Racoulles de la pare de Fraissinet de Lozère, celuy la fut blessé à la joue pour avoir passé le commandement que j'aves deffendu qu'aucun ne montat les degres de la 2e sale, bonheur pour luy quil fut bien tot guery et quy eut un coup si favorable sans avoir les yeux ny les dents offensés pour ce quy en a raporté le menteur de la Violette il ny a rien de vray, et ainsy quy vous le peut réciter le Sr Massy quy estoit prisonnier et qu'il ne me diroit pas autrement nous nous ramassames pas sur la place qu'apres que le coup fut fait il est vray quand ie revins avec quelqu'autre me souvenant pas des noms que nous étions aux endroits les plus d'engereux nous trouvames labe etandu sur ladite place avec plusieurs coup de bayonnete mais pour de coup de massue ny d'aches point car de celle quon setoit servy pour ouvrir la porte on la rendit aussi tot à quy il apartenoit; pour le nom de la fille quy avoit étée pendue audit lieu elle estoit Françoise (Marguerite rayé et remplacé par Françoise au-dessus) Bres agée d'environ 25 ans, pour le nom de la vefve mere de ses deux enfans elle estoit vefve de feu Larguier née de Coste pour le nom de propozant je ne me souvien pas du nom, ni mon frère non plus que par lors fut fait prisonnier, et puis conduit d'une prison à lautre par le commandet dud Abé que la premiere fut au chateau de Vimbouches ou il y avait garnison et cela fut en 9bre 1701 et puis dans le mois de Xbre le fit conduire avec quelques autres au pont de montvert et apres quelques iours de prison le fit conduire à Mende en Gevaudan et toujours prisonnier avec les autres puis de la n'ayant pas de causes convaincantes les fit decendre à Florac et de la à Barre ou mon frere fut porté par le commandt du juge Lhermet par 4 soldats à la chapelle en suitte n'en pouvant rien faire la le font conduire à St Ipolite où il passa l'hiver dans le cachot et de la a Montpellier ou apres encore environ un mois ou 5 semaines de prison le sortent avec un nommé Jean Jourdan de St Privat de Vallongue pour le régiment du fils de Mr de Brouille et eux 2 etant d'un même quartier etoient toujours ensemble, de sorte que leur sergent voyant quil n'alloit pas à la messe les consigna au sentinelle jusques à son retour, mais le Corporal quy le releva ne se souvint pas de la consigne et ainsy ils demandent à sortir pour aller cercher quelque chose à la ville pour manger et celuy la les laissa aller et alors ils prirent leur chemin et dézertent et mon frere me vint joindre que cetoit vers la fin du mois de may et puis quand nous avons été pris je vous diray que defunte ma mere ayant long tems quelle ne nous avoit veux luy vint à la pensée d'aller à Fraissinet de Lozere à une lieue du pont de montvert et comme on savoit quelle navoit pas accoutumée d'aller si tard dehors il y eut la femme de Monsr Dubos Lieutenant d'une compagnie du régiment de Miral

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laquelle avait apostazié en se mariant avec led Dubos qui avoit été Dragon et la tinrent guetée et 3 compagnies 2 heures avant jour eurent investi ledit lieu de Finalletes petit village de la meme pare de fraissinet et nous tous en vie hormis de Mons Jean Delpar quy n'avoit pas long tems qu'il nous avoit joints et vouloit etre de notre troupe et quy creurent que celuy-la etoit le Ministre et ce n'etoit rien de cela puis qu'il etoit un homme de guerre mais bien de notre religion ce quy lavoient obligé de nous joindre, alors jay creu de vous avoir marqué les noms des prisonniers ce que i'ay oublié, deffunt notre mère Simonne Andrée vefve de feu Antoine Rampon et Jean Pelatan et Jean et Anthoine Rampon freres dud lieu et Jeanne Barres de Grisac, Marie Lauriole du Mijavol de la parre de St Jullian d'Harpaon, Catherine Molines de Finallete. Il y en avoit encore 4 desquels ie ne me souviens pas des noms de leur maison, car depuis le tems et n'avoir pas peu escrire on sen peut pas souvenir pour les interrogats, apres nous avoir conduits depuis les prisons de Florac jusques à St Jean de Gardonnenque au chateau ou on nous mit les fers aux pieds et mains et nous fumes comparoitre ainsy devant Daudé Juge du Vigan lequel par bonheur neut pas notre nom de bapteme et ainsy cella nous servit de la principale deffense, et puis de la on nous fit conduire le lendemain a Anduze par la bourgeoisie dudit St Jean et en arrivant nous passames devant Mr de Brouille qui recognut led Anthoine mon frere luy disant qui luy avoit donné le subict de deserté de la compagnie de son fils, on luy répondit que cetoit à faute de paye et qu'alors on luy dit pourquoy ne setoit il pas pleint et luy dit que cetoit le trop de crainte de mauvaix traitement du sergent; ainsi on nous mit en prison et le lendemain nous falut comparoitre par devant le juge Viala de St Jean de Gardonnenque en présence des temoins tous papistes mais qui nous furent favorables. Car des aussi tot quil nous entendirent nommer il dirent tous que je netois pas de ceux la ainsy on nous remit en prison et on nous separa mon frere avec les civils et moy à la prison criminelle et sça fut qu'on tenoit le nommé Jean Planque prisonnier qui estoit du nombre de ceux qu'on avait enlevés au pont de montvert et on disoit que celuy là me cognoitroit, ce que jaffirma ne cognoitre point du tout et ainsin ie ne comparu plus à Anduze, puis à St Ipollite encore pardevant le juge Daudé et Montrevel sur la place du fort et repondant ferme comme la première fois, nous fumes remis au cachot comme sy devant la ou nous fumes detenus 2 mois et demy et puis on nous sortit des cachots pour nous metre a une prison haute et y ayant resté quelques jours on nous conduisit à Montpellier ou de la nous fumes condamnés aux galleres apres avoir passé en reveue tous devant le Sr de Baville quiy repondit à son secretaire et à Mr Louïs Juge Royal que puis que nous estions tous d'un meme dire quil n'en faloit faire une bonne cordée, et alors il y en eut 2 pour dezertion papistes un nommé Jean de Nimes et nous 2 freres et puis à Nimes ils joignirent avec nous Anthoine André de Genolhac et Guillaume Brun de Montarren quy est mort en gallere. Apres retournons au Sr Cavallier quand il parle du chant du pseaume encore preuve que cela nest pas puis que moy meme ie choisit celui la qu'un chacun savoit par coeur comme etant deja nuit et que moy meme quy le commandoit n'auroit pas seu la pause du 68 par coeur, et lors quil dit avoir été dans lassemblée lors que le complot se fit je ne say quy lauroit porté la haut sur cette montagne car quand il parle des parens dans ce quartier de païs ie n'ay jamais seu quil y en eut un, ainsi ie laisse cela a part et je reviens

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à vous dire que lors quil a commandé sa troupe en Chef sça été dans le tems de laffaire de Sauves car sy devant il y avoit Rolland et Laporte de Branoux, Laporte que vous me dites avoir été disciple de Vivent Il y a long tems quil a esté pandu et netoit point de ceux là ny memes parent ni (?) qu'il le fut de Laporte de Mialet, toutefois ledit Laporte de Branoux etoient des premiers puis que sça fut luy qui rallia la troupe apres Esprit et fit plusieurs actions quencore ledit Cavallier n'avoit point de troupe. Laporte de Luziers autremt dit Rolland aussy avoit le commandemt devant et leur abouchement de tous les trois fut proche de Mandajor et puis ledit Cavallier tint le bas païs et les autres les Sevenes et ne se rencontrarent ensemble qua Pompignan, à suitte pour revenir encore à la déclaration du menteur la Viollete il est tres probable qu'on ne luy tint pas tant de propos audit abé, et pour dire positivement le nom de celuy quy le tua je ne le puis dire moy non etant pas mémoratifs et puis cetoit moy à courir d'un poste à l'autre et quand tout fut fait alors nous nous rassemblames ou je les commanday comme en billete pour se faire donner à manger, et pour moy je fus à ma maison pour la derniere fois cette nuit la et apres je rejoints mes gens et les fis ramasser voyant quil estoit deja jour, et que nous voulions avoir le curé de Frutgiere, le matin ainsy quil arriva quand à ce quy ont rapporté du curé de St André de Lancize, s'il ne fut pas monté au haut du cloché pour luy meme sonner lalarme il ne seroit pas été precipité du cloché en bas pour lavoir touché puis apres on ne le toucha point il etoit tout meurtry de tomber de sy haut, pour quand à la Devèze devant que d'y aller on savoit qu'on ne pouvoit pas epargner tant qu'on en trouveroit de la maison et si on avoit donné la vie à ses 2 damoizles sça etoit la perdition de bien de pauvres innocens, ainsy on ne les fit pas souffrir du tout. Quand il dit que Pierre Nouvel de la communauté de Viallas cela est vray; du brulement d'Esprit cela est vray, luy declara que c'etoit luy mesmes quy avoit tué l'abé et sça fut cauze qu'on luy coupa la main quy porta ainsi pendente et senglante par tout le lieu ce quy fit quil etoit presque mort quand il fut au feu mais toujours avec un grand zèle quil parloit jusques à sa fin; quand a celuy de St André setoit un serrurier quy etoit de Payremale, ma cozine Servière se souviendroit bien du nom mais je l'ay oublié et tous ceux la moururent constamment quand aux cinq Il y avoit l'un de ceux la quy avoit été par les soldats à Mandajor et quensuite on le promena par Allès mort pour eprouver si quelqu'un le recognnoitroit ce quaucun saprocha point pour ce faire. Il se nommoit Jean Couderq de Vieljouvès frere de Salomon et les autres 4 ne sont pas été exécutés par les Sevenes ainsi qu'il dit mais bien à Alès et de ceux là il ny avoit qu'un quy était avec nous, mon cozin Vierne de Felgeirolles ancien notaire en etoit un il fut pendu et sa femme, et sa maison razée et son fils mort en gallere mais tous de cete famille ont souffert bien constamment. Ils avoient été vandus et accuzés davoir retiré de pauvres fugitifs comme moy jetois et de sorte qu'il a resté seulement une fille de cette maison nommée Jeanne qui tenoit la campagne avec une autre nommée Françoize Andrée de Trabuc proche la Roche, qu'on les avoient aussi enlevées sur la montagne du Bougès qu'on les conduisoit dans un couvent à Mende et setoit mon frere et un autre quy est mort nommé Jacques de Chabanon quy firent ce coup à la faveur d'un brouillard et ceux quy les conduisoit quand ils entendirent crier avance tue tue se sauverent et laisserent ces 2 pauvres filles, ce qui leur fit bien plaisir. Enfin sy javés le moyen je viendrois rester à Lauzanne quelques jours puis à Geneve je croy bien que je tirerois autre choze mais comme je n'ay point de pension, ainsy que vous saves que ma subsistance journallière je ne puis rien quiter et presentement aussi que mon frere ne peut plus

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travailler par ses incomodités il faut que je voye comme on pourra faire, si Mr le Ministre Aguet netoit pas malade mavoit promis de maider dans cette affaire mais il est toujours mal et ne peut agir, je prie Dieu quil vous conserve en bonne santé comme made votre chère épouze et famille que jassure de mes profonds respects, sans oublier le frere Bonbonnoux et le Sr Elie Malignac son frère et sa belle-soeur se portent bien et les saluent comme moi et mon frère de memes quy sommes avec cordiallité et amour chrétienne, vos plus humbles et plus affectionnés frères Rampon

Les sieurs Massy et Rodat et Jacques Martin vous salluent. Il y a Laverune quy est par la du cotté de Nion quy vous pourroit donner des relations de ceux de son temps.

La lettre portait comme adresse : Monsieur A Court Ministre d St Ele,
a sa demeure
A Lauzanne
par amy que Dieu conduise

Le meurtre de l’abbé du Chaila

(le titre original est le mot Relation indiqué plus bas)
Archives Nationales. TT3 240 dossier II, folios 87 à 92

Cette relation, à notre connaissance inédite, fait partie d’un lot de correspondances avec l’évêque d’Uzès, et présente un récit catholique de la mort de l’abbé du Chaila. On pourra le comparer utilement avec le récit de Rampon que nous présentons également, ainsi qu’avec les autres récits déjà publiés comme le récit d’Abraham Mazel.

Relation

Le lundi 24e juillet 1702, sur les 9 à 10 heures du soir, quatre vingt ou cent hommes armés abordèrent le lieu qu'on appelle le Pont de Montvert, et après avoir mis des sentinelles sur toutes les hauteurs, une trentaine de ces gens allèrent droit à la maison de la veuve d'André, ou Mr l'abbé du Chayla logeait, et où il y avait une chapelle où l'on disait la sainte messe journellement, deux de ces mutins firent d'abord leurs efforts pour abattre la porte; à ce bruit mr l'abbé se mit lui-même à la fenètre, et leur ayant demandé ce qu'ils voulaient, ils lui dirent qu'ils voulaient des prisonniers qu'il avait fait prendre, et qui étaient actuellement dans cette même maison; ces prisonniers étaient un guide et les autres étaient des gens que le guide emmenait dans les pays étrangers; mr l'abbé offrit pour lors de les leur remettre, mais s'étant aperçu que sa maison était entourée d'un grand nombre de gens armés qui chantaient des psaumes, et que plusieurs s'avançaient encore vers la porte pour aider ceux qui y étaient les premiers pour l'enfoncer, il ne douta pas que ces scélérats n'en voulussent à sa vie; et dans ce moment il dit à deux valets qui étaient auprès de lui de se confesser, ce qu'ils firent à l'instant, et après leur avoir donné l'absolution, il les exhorta à mourir courageusement pour la foi de Jésus Christ, et leur bailla à chacun un fusil pour se défendre autant qu'il leur serait possible, de sorte que la porte de la rue étant enfoncée, la Violette, l'un des valets ouvrit celle de la chambre, et tira un coup de fusil. Il en tua un sur les degrés, et referma après ce coup la porte, ce qui intimida si fort ces malheureux que pas un n'osa monter de crainte d'un pareil sort. Mais ils prirent la résolution de mettre le feu à la maison, et auparavant ils entrèrent à une chambre basse où ils trouvèrent le maitre d'école qu'ils égorgèrent; et de là ils entrèrent dans une petite chapelle attenante, et après avoir pris le calice qu'ils mirent en mille pièces, et tout ce qu'il y avait sur l'autel, ils prirent la paillasse sur laquelle était couché le maitre d'école déjà mort et mirent le feu à cette paillasse, après y avoir mis la chaise du prédicateur, afin que le feu fit plus tôt son effet. Comme la chambre de mr l'abbé était au-dessus de la chapelle, la fumée commençait à l'étouffer, et voyant bien qu'il allait être brûlé, il prit la résolution d'attacher les draps de son lit à une fenêtre qui aboutit à un ruisseau qui passe au derrière de cette maison, et étant descendu avec ses deux valets, une des sentinelles s'aperçut lorsque le dernier d'eux descendit, et lui tira un coup de fusil qui l'attrapa à la cuisse et le renversa par terre. Celui-ci se trouva le nommé la Violette, l'un de sesdits valets et s'en étant saisis, ils reconnurent que ce n'était pas mr l'abbé; la nuit était assez obscure pour favoriser la fuite du pauvre abbé. Il s'était caché tout en chemise au bord de ce ruisseau contre un rocher, mais malheureusement le feu prit tout à coup avec une si grande impétuosité que fut découvert aussi facilement qu'il l'aurait été en plein midi; il fut donc d'abord saisi par dix ou douze des plus scélérats qui lui donnèrent vingt coups de hallebarde et de bouche de fusil, en lui reprochant tout le mal qu'ils prétendaient qu'il avait fait à leurs frères dans ses missions, et lui dirent qu'il ne pouvait le réparer qu'en les suivant, et en adjurant sa religion, et qu'à ce prix ils lui donneraient la vie, ce saint abbé leur répondit qu'il aimait mieux mourir, et qu'il les suppliait pour toute grâce de lui donner le temps de faire un acte de contrition, tout celà fut entendu par ce la Violette valet qui était à deux pas de là blessé et gardé par une autre troupe, et l'autre valet fut assez heureux pour passer de l'autre côté du ruisseau, et de là monter à une terre où le blé n'était pas coupé dans lequel il se cacha, de sorte que mr l'abbé s'étant mis à genoux après avoir fait sa prière que ces malheureux ne lui laissèrent pas faire fort longue, ils le poignardèrent avec une cruauté sans exemple, lui déchirèrent le visage, et lui firent souffrir par cent coups de sabre différents la mort la plus cruelle qui fut jamais. Cependant la Violette leur demandait la vie avec une instance telle qu'on peut s'imaginer, et quelques uns de ceux qui le gardaient lui appuyant pour lors leur fusil sur l'estomac, députèrent les autres à leur prophète qu'ils nommaient Esprit pour savoir de lui s'il fallait lui donner la vie; à cette ambassade, Esprit qui était avec le gros de sa troupe sur une hauteur fit des grimaces usitées parmi ces fanatiques, et feignant d'avoir consulté le Saint Esprit, il cria tout à coup grâce, grâce, à ces mots ils retirèrent leurs fusils qu'ils avaient appuyé contre lui, et le firent lever en lui disant qu'il fallait venir remercier leur prophète, et les suivre, et que ce n'était qu'à cette condition qu'on lui donnait la vie; la Violette avait servi un trop digne maitre pour n'avoir pris toutes les impressions d'un véritable chrétien, et il aurait donné sa vie plutôt que de faire ce qu'on lui demandait, il leur dit qu'il ne pouvait se remuer de sa blessure, et qu'il les conjurait de le laisser en repos. Cependant il trouva moyen de s'approcher d'un moulin sans qu'on s'en aperçut, et comme une partie de ces scélérats étaient occupés à chercher dil enè tua 4 de sa main, fendit la tete à un qu'il arrêta et donna la fuite au reste de cette canaille qui trouvèrent leur salut dans le bois. Un moment après mr de Miral qui avait appris la mort du curé de St André de Lancize et qu'ils étaient allés du côté de la Devèze arriva à cet endroit au bruit des coups dffla les habitants de ce lieu qui n'avaient osé sortir de leur maison ni même se mettre à la fenêtre à cause de la défense qui leur en avait été faite par tous les sentinelles que ces gens avaient mis à chaque rue sous peine de la vie, allèrent prendre le corps du pauvre abbé qu'ils eurent peine de reconnaître à cause des différents coups qu'il avait reçu sur son visage, et sur plusieurs autres endroits de son corps, et le portèrent à St Germain de Calberte qui était le lieu de sa résidence ordinaire ou plusieurs prêtres du voisinage se rendirent, et l'enterrèrent avec toute la cérémonie due à une personne de son rang et de son caractère.

On aurait cru que ces scélérats avaient assouvi leur rage sur la personne de mr l'abbé. Cependant en plein jour le mardi matin ils allèrent à Frigère qui est de la même paroisse du Pont de Montvert et poignardèrent le curé; et le jeudi ils allèrent au lieu de St André de Lancize à la maison du curé, qui croyant de trouver son salut en montant au clocher de son église fut pourtant trompé dans son attente, car ces malheureux après avoir foulé sa maison, un d'eux s'imagina qu'il pourrait être au clocher et y étant monté par une échelle qui aboutit à un trou par lequel un homme seul peut à peine passer pour aller à ce clocher, il y trouva ce pauvre curé qu'il égorgea et blessa à mort sur la place, sans qu'il fit aucun effort pour défendre sa vie, car il n'aurait eu qu'à abattre l'échelle ou repousser cet assassin quand il abordait le trou. Mais il fut sans doute tellement étourdi qu'il ne songea pas à défendre sa vie; cet assassin étant descendu et ayant raporté à ses camarades l'exploit qu'il venait de faire, ils prirent tout ce qu'il avait de bon dans sa maison et dans l'église, et mirent le feu et se retirèrent.

Il est sans doute surprenant que dans ce pays personne ne s'opposa à l'entreprise de ces scélérats, mais il faut observer que ce quartier est rempli de nouveaux catholiques ou plutôt de religionnaires obstinés, et il n'y avait aux environs et même à 4 ou 5 lieues de cet endroit que mr de Miral gentilhomme de considération ancien catholique qui réside au lieu de Florac et où il est inspecteur de la bourgeoisie du voisinage, il assembla autant de compagnie qu'il put et alla droit au Pont de Montvert, mais fort inutilement, car pendant sa marche les espions qu'il avait envoyé à l'avance n'eurent jamais un bon avis de l'endroit où ces gens étaient passés, de sorte qu'il ne lui fut pas possible de les trouver. Il y a un bois aux environs, de haute futaie entièrement épais, et qui contient 3 ou 4 lieues de pays. Il appartient à mr le prince de Conty et on y prend des arbres pour les vaisseaux du roi et l'on convient qu'il faudrait plus de 10000 hommes pour entourer ce bois. C'était le lieu de retraite de ces scélérats, de sorte que mr de Miral croyant que tout était dissippé, il se retira à Florac. Cependant le secrétaire de mr l'abbé était déjà parti pour aller donner avis à mr le comte de Brolle de l'assassinat de son maître et comme il y a dix huit ou vingt lieue du Pont de Montvert à Montpellier, mr de Brolle n'ayant eu la nouvelle que le jeudi au soir, il ne put arriver que le samedi sur les lieux avec environ cent hommes qu'il avait ramassés et fit une diligence inconcevable ayant marché trente heures de suite sans presque se reposer, dans cet intervalle de temps Mr Poul l'un des capitaines de ces nouvelles compagnies de fusiliers qu'on a fait dans la province qui était en quartier à Valleraube s'avança du côté de Barre avec sa compagnie composée de trente hommes, il en envoya d'abord 15 commandés par un sergent pour aller reconnaître ou pouvaient être ces scélérats et il eut avis le vendredi 28e du mois qu'ils venaient de brûler le château de la Devèze qui est à une lieue et demi de Barre, c'est ici l'action la plus tragique qui ait jamais été faite; ce château est seul à la campagne, le seigneur et ses prédecesseurs ont toujours été anciens catholiques et tout le monde convient que c'était une famille de bénédiction dans ce pays. Ces malheureux au nombre de trente cinq à quarante abordèrent le château sur les 7 à 8 heures du matin, et ayant trouvé l'ainé de la maison dans la basse cour, ils lui demandèrent les fusils et autres armes qui étaient dans le château. Il offrit d'abord de les leur bailler, et dans le temps qu'il allait vers les degrés pour monter au château, un de ces malheureux lui tira un coup qui le laissa raide mort sur la place; le cadet descendit à ce bruit avec un fusil qu'il tira à celui qui se trouva le plus avancé et le tua et d'abord on le saisit et on l'égorgea à quatre pas de son frère; la soeur de ces messieurs qui s'était éveillée au bruit qui se faisait dans la basse cour descendit toute échevelée et fut fort surprise de trouver ses deux frères morts et noyés dans leur sang l'un près de l'autre; à ce triste spectacle elle se jette au col d'un de ces scélérats, et lui demande la vie en des termes qui auraient attiré la pitié et la compassion du plus endurci de tous les hommes. Mais ni ses larmes ni sa beauté (car on assure que c'était une demoiselle de vingt ans des plus belles de tous les environs) ne surent toucher ces barbares, elle fut inhumainement poignardée à côté de ses frères; la pauvre mère qui avait été retenue jusqu'alors par la crainte dans sa chambre ne put s'empêcher de descendre et trouva ses enfants étendus sur la place, elle eut beau demander la vie à ces barbares et leur représenter son état déplorable, le rentier qui était aussi dans le château voulut leur dire que cette pauvre femme était assez malheureuse de voir ses trois enfants morts sans lui arracher la vie, il fut puni sur le champ et la pitié qu'il voulut leur inspirer, car ils le poignardèrent et la pauvre dame aussi. Ils ne donnèrent la vie qu'à une servante qui était présente à toutes ces exécutions cruelles et que ces barbares firent retirer par force du corps sanglant de ses maitresses. Cette fille rapporte que ces gens disaient qu'il fallait éteindre cette famille parce qu'elle était l'asile des prêtres et des catholiques de ce quartier, ce qui était effectivement véritable; après cela ces infâmes montèrent au château et ayant pris tout ce qu'il y eut de bon et de propre à être emporté, ils entrèrent dans une chapelle où l'on disait la sainte messe par permission de mr l'évêque de Mende, ils renversèrent l'autel et après cela ils mirent le feu au château et à la chapelle, et on ne doute pas qu'un vieux oncle de ces messieurs qui s'était enfermé dans sa chambre n'ait été réduit en cendres car on ne l'a pas trouvé du depuis.

L'histoire ne saurait nous apprendre rien ,de semblable parmi les peuples les plus barbares on n'a jamais exercé rien de si cruel.

Ces malheureux se retirèrent ensuite du coté de la plaine de Fontmort environ une lieue de ce château et s'étant rassemblés sous un côteau, ils firent halte et dans le temps qu'ils mangeaient le sieur Poul qui avait envoyé des espions pour les découvrir un peu avant lui fut averti par celui qui était le plus avancé par un signe qu'il lui fit de son chapeau qu'ils étaient à cet endroit, il s'avança d'abord avec cinq de ses soldats, les autres dix qui lui restaient de sa compagnie étant un peu après de lui; ces 35 ou 40 l'ayant aperçu qu'il venait à eux se levèrent d'abord et ayant pris leurs armes, ils se mirent en défense et lui dirent qu'il n'avait qu'à s'avancer; tout autre que le sr Poul n'aurait osé attaquer un grand nombre de gens armés qui tenaient leur fusil posté contre lui; cependant, comme c'est le plus brave et le plus intrépide de tous les hommes sans attendre que ses autres dix soldats l'eussent abordé, de crainte qu'ils ne se jetassent dans un petit bois qui était à quatre pas de là, il se renversa sur la tête de son cheval et fondit sur eux le sabre à la main, et après avoir essuyé 5 ou 6 coups de fusils, il en tua 4 de sa main, fendit la tete à un qu'il arrêta et donna la fuite au reste de cette canaille qui trouvèrent leur salut dans le bois. Un moment après mr de Miral qui avait appris la mort du curé de St André de Lancize et qu'ils étaient allés du côté de la Devèze arriva à cet endroit au bruit des coups de fusil qu'on avait tiré, et s'il était arrivé un quart d'heure plus tôt il les aurait investi tous avec le sr Poul et il n'y en aurait pas échappé un seul. Cependant quelques uns de ses soldats avec ceux de Poul étant entrés dans le bois, ils virent contre un arbre un sac et s'étant approchés ils trouvèrent l'homme qui se terrait, ils s'en saisirent et après lui avoir oté son fusil ils l'emmenèrent à l'endroit où était le sieur Poul et par un coup du ciel il se trouva heureusement que cet homme était l'un des chefs de ces bandits, Esprit Séguier, celui qu'on nommait entre eux le prophète; le sr Poul, content alors de sa prise rassembla ses soldats et conduisit lui-même ce scélérat avec l'autre qu'il avait blessé qui s'appelle Pierre Novel à St Hipolyte et laissa mr de Miral qui n'ayant pas trouvé aucun autre prit son chemin avec sa troupe du côté du Pont de Montvert. Cependant mr le comte de Brolle arriva le samedi à St Germain de Calberte, et le dimanche matin il alla au Pont de Montvert; son arrivée acheva de les dissiper, et après avoir resté trois jours au Pont de Montvert, il reprit le chemin de StHippolyte ou étant arrivé, il donna ordre à mr Poul de conduire à Florac cet Esprit Séguier, et l'autre, et de les remettre entre les mains de huit commissaires du présidial de Nîmes et du procureur du roi qui allaient siéger à Marvejols et qui avait resté à Florac par ordre de mr l'intendant pour juger les coupables, on a remarqué que pendant cette conduite cet Esprit Séguier regardait toujours à droite et à gauche s'imaginant qu'on viendrait l'enlever, mais il était en très bonnes mains pour cela, aussi dès qu'il aperçut Florac il dit qu'il était perdu et qu'il avait cru jusqu'alors que ses frères le viendront enlever, il arriva à Florac le vendredi 9e de ce mois d'aout, et un jour auparavant on avait emmené prisonnier Moïse Bonnet et huit autres, leur procès leur a été fait et parfait et on n'a trouvé de preuves concluantes que contre trois, savoir Pierre Séguier dit l'esprit, Pierre Novel et Moïse Bonet; ces trois ont été condamnés le jeudi 10e aout savoir Séguier à faire amende d'honneur dans le lieu du Pont de Montvert, à avoir le poing coupé devant la chapelle qui avait été brûlée audit lieu, et ensuite brûlé tout vif, ses cendres jetées au vent, ayant été préalablement appliqué à la question ordinaire et extraordinaire pour découvrir les complices; Novel à faire amende d'honneur devant l'église brûlée de la Devèze, ensuite rompu tout vif et après son corps jeté dans le feu jusques à consumation préalablement appliqué à la question ordinaire, Bonet à faire amende d'honneur devant l'église et dans le lieu de St André de Lancize, ensuite pendu et après son corps jeté dans le feu jusques à consumation étant aussi préalablement appliqué à la question ordinaire et extraordinaire,à l'égard des autres accusés on a ordonné une inquisition continuée, et ils ont été traduits au fort de St Hippolyte.

Les juges sont entrés à 6 h du matin et ne sont sortis qu'entre trois à quatre du soir, de sorte qu'on ne leur a pas prononcé leur jugement le même jour, mais on a nommé Mr L Fabre et Daudé pour commissaires pour aller sur les lieux prononcer à chaque condamné son jugement et les faire appliquer à la question, et recevoir leur testament de mort.

Au retour des commissaires qui ne pourra être au plus tôt que dimanche, l'on saura ce que ces malheureux auront avoué dans la question ou à la vue d'une mort prochaine.

Le brûlement de Monteils et de Mons

AD34, C184.252

Informations faites à l'instance du procureur du Roy en la commission contre Antoine Aberlenc du mas de Barjac paroisse de Monteils et autres

Du samedy quatorziesme avril mil sept cent trois dans la ville d'Alais maizon et pardevant nous Jean de Bertrand sr de la Bruguière docteur en droit Commissaire subdélégué par monseigneur le Comte de Basville Conseiller d'Estat ordinaire Intendant du Languedoc, heure de deux après midy

Louize Esperandieue filhe d'Estienne Esperandieu du lieu de Mons, agée comme a dit de vingt deux ans ou environ tesmoing assignée devant nous, après avoir promis et juré de dire vérité la main mize sur les saints évangiles

église de Monteils

A désnyé les généraux interrogatoires duement enquise dépoze estre veritable que le mardy sixiesme février dudit mois, estant au lieu de Monts dans la maison de Théodore Martin environ les neuf a dix heures de matin, elle y vit arriver une grande troupe de scélérats composée d'environ cinq ou six cents hommes, partie armés de fuzils ou pistolets, et l'autre partie de faux, aches et tridans de fer au bout de longues perches, parmy laquelle troupe il y avait six hommes à cheval qu'elle ne cogneu pas, à la réserve d'Anthoine Martin fils de Théodore dudit Montz, lesquels scélérats conduisoient le nommé Estienne Viala ancien catholique vallet du sr de Malérargues lié et garotté avec des cordes, ayant vu que Antoine Aberlenc du mas de Barjac paroisse de Monteils autre vallet du sr de Malérargues estait a la teste de lad troupe armé d'un fuzil qui fit ranger toute ladite troupe en brigades pour les faire manger et boire, ayant encore vu que ledit Aberlenc et autres scélérats de ladite troupe allèrent dans les maisons de André Job, Antoine Besse, Paul Job et Estienne Esperandieu père de la déposante, et du nommé Cabrieres antiens catholiques dudit lieu, d'où ils apportèrent du pain, du vin, du lard, des poules et d'huiles, et menèrent attachés avec des cordes ledit Besse, sa femme, la femme dudit Paul Job, que lesdits scéllérats conduisirent avec ledit Viala au devant la porte de l'église dudit lieu ou était pour lors le commandant de ladite troupe, ayant ensuite vue que partie d'iceux mangèrent dans la maison dudit Théodore Martin, et que le reste mangea hors ladite maison, estant au devant d'icelle, auxquels ledit Aberlenc porta du vin qu'il avait pris dans les maisons des susdits anciens catholiques et les fit boire, et ledit Aberlenc mangea et bu avec eux, après quoy toute la troupe desdits scélérats s'assembla au devant l'église dudit lieu ou ledit Aberlenc était portant son fuzil, ou ils chantèrent des pseaumes et ensuite enfoncèrent la porte de l'église et y mirent le feu [en marge : et entrèrent dans ladite église et y firent entrer les susdits Besse, sa femme, la femme du susdit Paul Job et ledit sr Viala], ayant ouy de l'endroit ou elle était audit lieu que lesdits scélérats tirèrent des coups de fuzils dans ladite église, et après que lesdits scélérats se furent retirés, elle alla à ladite église et trouva qu'on avait brulé le tabernacle, le confessionnal, les bancs, les tableaux, la croix, et qu'on avait brisé la pierre sacrée de l'autel et les fonts baptismaux, et vit partie des cadavres desdits Besse, sa femme, la femme de Paul Job et Viala qu'ils avaient attachés brulés, ayant vu sur le reste de leurs corps les ouvertures des balles des coups de fuzils qu'on leur avait tiré, ou des coups de baionnettes qu'on leur avait donné, ayant encore vu que ledit Théodore Martin fit le poil a quelques uns de la troupe desdits scélérats et qu'ils changèrent de chemises blanches dans sa maison, ayant encore reconnu a ladite troupe des scélérats Espérandieu de Monteils avec ses deux filhes lesquels commensèrent a entonner des pseaumes, deux fils d'Antoine Solairol cadissier de Monteils, l'un marié à Uzès s'appelant Jacques Solairol et l'autre Antoine Solairol demeurant avec son père audit Monteils, les deux fils de Dumas dit Vivarès dudit Monteils, Jean Reboul fils de Reboul dudit lieu, Claude Arnassan fils du mas de Barjac marié à Vézenobre, les deux fils de Brunel demeurant au logis du Cheval Vert appartenant au nommé Guiraud dans la paroisse de Vézenobre, le fils de Cavalier du mas d'Atgier paroisse dudit Vézenobre, Jean Barrafort du lieu de Montèzes paroisse de Saint-Cristol, le nommé Bélin du lieu de Baron, le fils de Monnezan dudit Mons, Guillaume Julian, la mère dudit Julian, Israel et Julien Desbaux, la femme dudit Julien, Pierre Felgeirolles, sa femme, Jean Felgeirolles, son fils marié et thomette Felgeirolles, ses enfants dudit lieu de Mons, le nommé Charles du lieu de St Maurice, filleul du sieur de Meyrières, demeurant par intervalle au chateau dudit Mons, qui conduisirent partie des scélérats dans les maisons anciennes catholiques dudit lieu avec françoise Martin et le fils de Jean Martin, ayant reconnu encore à ladite troupe deux fils dudit Théodore Martin, nommés savoir l'ainé Antoine qui était monté sur un cheval rouge comme elle a ci dessus dit et Thomas Martin son frère, laquelle troupe de scélérats en partant dudit Mons allèrent du coté du lieu de Cellas et plus n'a dit, lecture faite de sa déposition a dit contenir vérité, persisté en icelle et n'a su signer

[signé : La Bruguière cons]

[ajout en marge : Depose encore qu'environ la fin du mois de Xbre dernier ayant rencontré ledit Aberlenc qui venait de la chasse et qui portait deux perdrix et un lièvre, elle dit audit Aberlenc qu'elle le trouvait fort triste, sur quoi ledit Aberlenc lui dit qu'il le pouvait bien etre à ce qu'il venait de voir de terribles choses, que les scélérats avaient tué le sr Bimard capitaine de bourgeoisie et plusieurs soldats, et que le sr de Malérargues son maitre l'avait vu de même que lui]

 

Marie Job, fille de Paul Job du lieu de Mons, agée comme a dit de dix neuf ans ou environ, témoing assignée devant nous, après avoir promis et juré de dire la vérité la main mize sur les saints évangiles

église de Mons

A desnyé les généraux interrogatoires, devenant enquise dépose estre véritable qu'étant au lieu de Mons le sixième février dernier environ les neuf heures du matin elle vit arriver audit lieu une grande troupe de scélérats ce qui l'obligea de fuir pour n'être pas tuée par eux étant antienne catholique, comme lesdits scélérats avaient tué beaucoup d'autres anciens catholiques, et en fuyant elle vit de loing six ou sept hommes à cheval à la tête de ladite troupe, et reconnut Marie Felgeirolles dudit Mons, et Marie Julian veuve du nommé Canonge du lieu de Cellas qui vinrent audit Mons avec ladite troupe de scélérats, croyant encore avoir vu Antoine Aberlenc vallet du sr de Malérargues du mas de Barjac paroisse de Mons et qui marchait avec ladite troupe, et portait un habit café, ayant vu deux ou trois mois auparavant que ledit Aberlenc portait un habit de la même couleur, et la déposante ayant apris le même jour sixième dudit mois de février sur le soir que ladite troupe de scélérats s'était retiré dudit Mons et qu'ils avaient brulé l'église dudit lieu, tué sa mère, led antoine Besse, sa femme et Estienne Vialat valet du sr de Malérargues, antiens catholiques, et qu'on les avait brulé dans ladite église, elle y accourut de l'endroit ou elle s'était cachée, et étant arrivée à ladite église, elle y vit la teste de sa mère percée de deux balles, et son estomac de huit coups de baionnette, elle vit aussi ledit Antoine Besse sa femme et ledit Viala morts dans ladite église qu'ils avaient dépouillés, ayant oui dire le lendemain à Louise Espérandieu que ledit Antoine Aberlenc était venu audit Mons avec ladite troupe de scélérats, et qu'il avait passé devant la maison de la déposante avec ladite troupe, et plus n'a dit lecture faite de sa déposition, a dit contenir vérité, persisté en icelle et n'a su signer

[signé : La Bruguière]

 

Michel Chapier fils de Jaques Chapier baille du lieu de Monteils, agé comme a dit de vingt cinq ans ou environ, témoing assigné ainsi qu'a fait aparoir de sa copie a promis et juré de dire vérité la main mize sur les saints évangiles

A desnyé les généraux interrogatoires, devenant enquis dépose estre véritable que le dix septième janvier dernier environ les neuf a dix heures du matin estant au lieu de Monteils et à la fenestre de la maison de Jaques Solairol son beau frère il vit passer au devant de ladite maison neuf ou dix hommes armés partie de fuzils et les autres d'épées ou sabres qui marchaient de deux à deux, à trois ou quatre pas de distance les uns des autres parmi lesquels le déposant reconnut Antoine Aberlenc valet du sr de Malérargues lequel Aberlenc dit à celui qui était un rang avant que lui d'aller à la maison du nommé Reboul cordonnier dudit Monteils, et ledit Aberlenc et autres prirent le chemin de la maison dudit Reboul, et peu après il entendit chanter à la place des pseaumes et reconnut à la voix qu'il fallait qu'il y eut une grosse troupe de gens, ce qui l'obligea de sauter du toit de la maison dudit Solairol son beau frère et se jeta dans la basse cour de Espérandieu Audibort où il se cacha dans la crêche de ladite maison, et se jeta plusieurs fagots de sarments sur luy, ayant ouy qu'on donna plusieurs coups contre quelque porte ou fenestres dans ledit lieu, et environ deux heures après n'ayant plus entendu du bruit il sortit de ladite creiche et alla du costé de la place dudit lieu ou il trouva que les scélérats avaient brûlé l'église dudit lieu, et vit ensuite qu'on avait mis le feu aux greniers à foin de la maison de son père ou étant allé il trouva que les scélérats avaient tué Isabeau Chapier sa soeur, le nommé Vigouroux dudit Monteils, la femme d'Antoine Le Vieux consul, et un masson d'Alais tous anciens catholiques, qu'ils les avaient jetés après les avoir tués dans le feu dudit grenier à foing de sadite maison et qu'ils étaient presque tous brulés, et plus n'a dit, lecture faite de sa déposition a dit contenir vérité en icelle et n'a su signer

[signé : La Bruguière]

 

Jaques Solairol cardeur du lieu de Monteils agé comme a dit de trente ans ou environ témoing assigné devant nous après avoir promis et juré de dire vérité la main mize sur les saints évangiles

A desnyé les généraux interrogatoires, devenant enquis dépose estre véritable que le dix septième janvier dudit mois étant dans sa maison audit Monteils il entendit du bruit du coté de la rue, et s'étant mis à sa fenetre il y vit au devant de sa maison cinquante ou soixante scellerats attroupés, armés de fuzils, pistolets, epées et aches, ayant reconnu parmi ladite troupe Antoine Aberlenc du mas de Barjac parroisse dudit Monteils qui portait un mouchoir ou une coiffe sur la teste quy dit tels mots de deça a la maison du cordonnier, et dans le même temps ledit Aberlenc et toute ladite troupe prirent le chemin de la maison dudit cordonnier. Le déposant ayant reconnu que c'était une troupe de scellerats, il se retira de sa maison, et en passant par les rues dudit lieu il trouva plusieurs scélérats en nombre de trois cents pour le moins, l'un desquels le voulut arreter, mais lui ayant dit qu'il allait chercher une cornue pour faire boire des gens qui étaient venus dans sa maison, ledit scellerat le laissa passer, et ensuite le déposant s'alla cacher dans la maison de Jean Gazaigne dudit lieu dans une cuve de pierre ou il resta pendant deux heures et jusques a ce qu'il n'entendit plus de bruit dans le village, et ensuite étant allé à sa maison il trouva que lesdits scélérats lui avaient pilhé sa maison, et étant allé à l'église, il trouva qu'ils avaient brulé ladite église, et de la étant allé à la maison du sieur Chapier bailhe son beau père il trouva aussi que lesdits scélérats avaient brulé le grenier à foing dudit Chapier son beau père dans lequel ils avaient fait bruler quatre personnes antiennes catholiques nommés Jaques Vigouroux, catherine Legat femme d'Antoine Le Vieux consul dudit lieu, un masson de Vézenobre et Isabeau Chapière sa belle soeur, et plus n'a dit, lecture faite de sa déposition a dit contenir véritté, persister en icelle et s'est signé

[signé : Soleirol, La Bruyère cons., et une autre signature illisible]