Joiny

NICOLAS Jean dit Joiny, de Génolhac (les Plos), né vers 1670, faiseur de briques. JOINY est sans doute un surnom, Nicolas étant son vrai nom. Joiny avait servi dans l'armée royale (engagé probablement après sa mise en cause pour détention de livres interdits dans sa métairie), et était revenu avec le grade de maréchal des logis. Ce fut l'un des meurtriers de l'abbé du Chaila. Très vite il devint le chef -non inspiré- d'une troupe camisarde dans la région de Génolhac-Vialas-le Colet de Dèzes. Après de nombreux combats, et en particulier la prise de Génolhac, il se rend le 30 septembre 1704 (Bosc IV 413). Gratifié d'une pension de 300 livres et d'une lieutenance dans le régiment de Duguast partant pour l'Espagne, il en déserte à Bordeaux; repris il est enfermé dans la citadelle de Montpellier où il passe cinq ans avant de s'évader avec MARCHAND. Il se soumit à condition de demeurer à Agde. En 1711, il part pour Génolhac où il est pris, renvoyé à Montpellier et abattu en cours de route près de Génolhac alors qu'il tentait de s'enfuir (mai 1711, voir Bosc V 1066). Autre source : Marion p 179. Bibliographie : Marcel Pin, Un chef camisard : Nicolas Jouany, Montpellier 1930.

 

Compléments : JOINY avait déjà eu des ennuis pour faits de religion en 1690 comme le montre le document des archives de l'Hérault. A cette époque, il était marié et métayer à Valinières (paroisse de Genolhac).
Par ailleurs, des documents des archives de l'Hérault que nous publierons plus tard nous apprennent que Joiny n'a pas été emprisonné tout de suite à la citadelle de Montpellier après sa désertion, mais au fort de Brescou où il a été conduit à partir de Sommières par le sieur Barnier. Il y reste jusqu'au 26 juillet 1707 , date à laquelle un ordre du duc de Roquelaure le fait conduire, sous la garde de six dragons commandés par un maréchal des Logis, à la citadelle de Montpellier.

Sur Joiny, consultez également le site internet de la ville de Genolhac

Jacques de Julien (Maréchal)

par Maguy Calvayrac

 

signature autographe de Julien

Jacques de Julien naquit à Orange en 1660 dans une famille d'avocats et de parlementaires professant la religion réformée et dont la noblesse acquise par fonction fut confirmée par lettre patente le 2 octobre 1607. Participant, activement à la vie de la cité, les de Julien assurèrent de nombreuses délégations et ambassades tout au long du XVII° siècle et participèrent à tous les événements historiques de la Principauté.
L'arrière-grand-père de Jacques, Sébastien de Julien fut l'un des premiers pasteurs et un des plus vaillants huguenots lors de l'implantation du calvinisme à Orange. Julien fut le second fils de noble Gédéon de Julien notaire et viguier d'Orange en 1655 qui teste en 1669. Sa mère, Françoise de Caritat de Condorcet, d'une très ancienne famille resta fidèle à sa religion, se réfugia à Erlanger et revient à Orange où elle meurt le 15 mars 1703. Elle était la fille d'Antoine de Caritat de Condorcet et donc l'arrière-grand-tante du philosophe Condorcet.
Le couple eut dix enfants : Antoine (1655 -1719), Jacques, Jean (+1730), Bonne, Isabeau, Espérance, Olympe, René-Samson, Laurent, Gédéon.
Comme tant d'autres cadets de familles nobles d'Orange, Jacques et Jean furent pages du prince d'Orange Guillaume III. En 1688, Guillaume III devenu roi d'Angleterre, confia à Jacques un régiment pour aider le Duc de Savoie à soutenir le parti des Vaudois. Dans les vallées alpines, on remarqua la bravoure et l'esprit de décision de ce jeune lieutenant-colonel.
Mais en 1690, après une dispute, une déception ou une promotion refusée, Jacques change de camp, abjure le protestantisme et passe dans l'armée de Louis XIV. Il sert alors comme Brigadier dans les armées de Catinat, cette fois contre les Vaudois. En 1694, il défend avec succès le fort de Barcelonnette attaqué par les Vaudois.
En 1697, le brigadier Jacques de Julien est responsable du cordon de troupes qui doit isoler la principauté d'Orange (rendue à Guillaume III après la paix de Ryswyk, le culte protestant y a été rétabli). Il veille avec attention à tous les postes de garde, est informé de tout problème et de toutes les arrestations. Il ne doit informer que l'intendant Basville et le ministre de la Guerre Chamillart, et touche pour ces fonctions une solde annuelle de 2340 livres. Il participe ainsi aux arrestations qui conduisent une centaine de protestants aux galères.
En 1701, il est nommé dans l'armée d'Allemagne et participe à la bataille des Flandres. Le 13 décembre 1702, il reçoit le titre de Chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis et il est nommé maréchal de camp.
En janvier 1703, il rejoint son affectation : l'armée des hautes Cévennes, sous le commandement de Montrevel. Sa cruauté envers ses anciens coreligionnaires s'exerça pleinement lors du brûlement des Cévennes : Julien dit " l'apostat " fut alors surnommé " cœur de tigre". L'année 1704, étant responsable du diocèse d'Uzès, à Lussan, il réussit par un beau coup de filet à capturer 46 hommes jeunes et valides qu'il incorpora d'office. Son zèle intempestif lui fit commettre bien d'autres abus qui émeuvent ses supérieurs. Baville se plaint à Versailles ; Chamillart rappelle au fougueux maréchal de camp la loi la plus élémentaire et lui conseille la modération ; Julien doit écrire une lettre d'excuses au maréchal de Montrevel. Toujours préoccupé par l'évolution de sa carrière, il n'hésite pas à solliciter des promotions et obtient le 26 octobre 1704, le grade de Lieutenant Général des Armées du Roy. En Cévennes, Julien eut peu d'occasions d'exercer ses compétences de stratégie militaire car les Camisards évitaient les affrontements directs et les sièges. C'est à Vagnas en février 1703, après une tourmente de neige, que Julien signa sa plus franche victoire contre la troupe de Cavalier, en rase campagne. Il comprit rapidement qu'il fallait détruire les ressources des camisards en anéantissant toute la population qui les soutenait ( brûlement, déportation…). Il n'eut de cesse d'isoler le pays pour éviter toute extension de la rébellion (en Vivarais en particulier). Il redoutait toute aide pouvant venir par la Suisse ou la Savoie des puissances extérieures. Julien accomplit avec le succès que l'on sait, les plans de campagne qu'il proposait.
Après l'anéantissement militaire des chefs camisards, Julien occupa un rôle plus diplomatique que stratégique. Ses relations et sa connaissance de la région lui permettent de contrôler le trafic des armes et de la poudre qui transitent par le Comtat Venaissin et la Principauté d'Orange. Julien est chargé de déjouer la moindre tentative d'incursion et d'aide par la vallée du Rhône. A plusieurs reprises en 1704 et 1705, il fut chargé de transactions plus ou moins secrètes avec le légat du pape en Avignon. Il accède au grade de lieutenant-général.
En 1705 il s'acquitta avec brio de la levée de la taille dans le Vivarais. Baville bien que réticent quant à la méthode employée, le félicita d'avoir pu faire payer les paysans pourtant exsangues. Jacques de Julien, l'un des premiers, avait compris que la Guerre des Cévennes était celle de tout un peuple. Pour réduire ce peuple d'opiniâtres, Julien œuvra dans trois directions : le brûlement, la déportation massive et le renseignement. Il réalisa ces objectifs avec l'efficacité que l'on sait.
Baville ne s'était pas trompé : Jacques de Julien était bien l'homme qu'il fallait.
Malade, hypocondriaque, Jacques de Julien se plaint beaucoup et sollicite plusieurs fois des permissions de repos. Entre deux courriers, pour rétablir son estomac et sa poitrine, il prend du lait d'ânesse. Il passe l'été 1704 en Vivarais, à Saint-Agrève, " canton élevé où les chaleurs sont supportables ".
Il se plaisait à loger dans les vieilles demeures féodales et fréquente la petite noblesse du Vivarais et du Dauphiné. Lors d'un séjour au château de Vogué, le notaire Rimbaud rédige son testament le 10 juillet 1705. En 1707, sur sa fortune conséquente, il avance 14 000 livres pour régler la dot de la fille du marquis de Vogué et prête 10 000 livres au marquis de Soyons. Il demande la permission d'aller traîner chez lui languissamment le reste de ses jours. Sans doute à Orange même dans la maison située au quartier de Saint-Martin ou bien à la grange de la Tour de Sérignan.
Il décède à Orange, le 11 novembre 1711, âgé de 49 ans. Il est enseveli dans la chapelle de la Miséricorde de l'église cathédrale.
Après le décès prématuré de Gullaume III, en 1702, la principauté était retournée dans le giron du Roi de France C'est Antoine de Jullien notaire qui occupait la fonction de premier consul nommé par Louis XIV. C'est son frère Jean, capitaine de régiment de marine, qui hérita de tous ses biens en usufruits jusqu'à sa mort où ils seront légués à l'hôpital d'Orange.

Ces recherches biographiques nous ont permis d'établir des liens de parenté avec la famille DE JULIEN D'ESCAUPON alliée aux de La Tour du Pin de la Charce Gouvernet, puis aux Prunet de Boisset de Montmoirac. Cette famille possédait de nombreuses seigneuries dans l'Uzège dont Saint-Laurent la Vernède, La Bruguière, la Valus, Malérargues (Thoiras), Mons, Saint-Just, Vacquières, Monteils, Boisset, Gaujac, etc…..

Bibliographie:
ARNAUD (Eugène) Histoire des Protestants de Provence, du Comtat Venaissin et de La Principauté d'Orange, Genève, Slatkine reprints, 1970
LEEMANS (W.F. et E.) La noblesse dans la principauté d'Orange, La Haye ,1974
CAPOT ( Stéphane) : La chambre de l'Edit de Castres, Edition du Mirail 1998
COURT (Antoine) : Histoire des troubles des Cévennes, Villefranche 1764

Sources:
S.H.A.T. Vincennes : Correspondances Chamillart G1796 à G1797 et G1918
AC Orange BMS, séries AA, BB, CC, GG
AD 84, 2E 51/ 407
AD 07 Notaire Rimbaud 2E 1468 2E 1469 2E 1470

Abraham Mazel

MAZEL Abraham, de Saint-Jean de Gardonnenque (Falguières) né le 5 septembre 1677, peigneur de laine. Fils de David Mazel et de Jeanne Daudé du Villaret (Grizac), il est "visité de l'esprit de prophétie en octobre 1701" ; l'inspiration lui vint de délivrer les prisonniers de l'abbé du Chaila, et il organise avec Esprit SEGUIER, les frères RAMPON et quelques autres, l'attaque du Pont de Montvert et le meurtre de l'archiprêtre des Cévennes, le 24 juillet 1702, qui marqueront le début de la guerre des camisards.

La maison natale d'Abraham MAZEL

Depuis ce moment, MAZEL combat ou prophétise dans les Hautes Cévennes, tantôt à la tête d'une petite troupe, tantôt seul. En octobre 1704 MARION se rend pour lui en rapportant son fusil ; mais MAZEL continue ses assemblées, et il est arrêté vers la fin de janvier 1705 ; il a la vie sauve grâce à l'intervention du curé de Saint Martin de Corconac, qu'il avait épargné auparavant, et grâce aussi à sa reddition par l'intermédiaire de son ami MARION. Le 24 juillet 1705, il s'évade spectaculairement de la Tour de Constance avec 16 autres détenus. Il se rend par l'intermédiaire du Cadet La Forêt sur l'assurance d'être conduit à l'étranger, et rejoint MARION et ses compagnons au Saint Esprit, et va avec eux jusqu'à Genève, puis à Lausanne, où il est pensionné comme officier dans le "régiment camisard". En novembre 1705, il est impliqué dans l'affaire de la tentative de débarquement en Savoie des camisards et des partisans savoyards, mais il n'est pas expulsé car il ne voulait pas faire partie de l'expédition "à cause qu'il est faible de jambes, ayant encore la fièvre présentement". Il part ensuite en Angleterre, où il participe au groupe des "prophètes cévenols" ; une inspiration lui ordonne de repartir en Cévennes, et en mars 1709, accompagné de Daniel GUY Billard et d'Antoine DUPONT, il passe en Vivarais où il lève une troupe de jeunes gens ayant à leur tête Jean JUSTET de Vals.

Après plusieurs escarmouches, (MAZEL est blessé au cours de l'une d'elles dans la région Vernoux-St-Fortunat), les camisards attaquèrent le 22 juin les régiments suisses de Courten qui se retirèrent sans combattre. Le 8 juillet les camisards, malgré une ferme défense, sont défaits à Leyrisse : JUSTET et probablement aussi DUPONT sont tués. Une dizaine de jours plus tard, les débris de la troupe de Mazel sont dispersés à Font-Réal près de St-Jean-Chambre. Daniel GUY Billard est tué près de Vors, et MAZEL parvient encore à s'enfuir. Il se cache pour guérir de ses blessures, puis part vers les Cévennes pour reprendre la lutte. Là il rencontre plusieurs fois CLARIS, CORTEIZ et les autres prédicants encore en activité, et prépare un nouveau soulèvement armé (en liaison avec RIFFIER).

Il est abattu le 14 octobre 1710 au mas de Couteau près d'Uzès, alors qu'il était en conférence avec CLARIS et le marchand COSTE. Un procès est fait à la mémoire de celui qui fut le premier et le dernier des camisards.

Sources et bibliographie : ses Mémoires, sa déposition dans Le Théâtre sacré des Cévennes (p 77), Archives cantonales de Lausanne (Bu15), les Mémoires de Marion.

"Mazel harangue les conjurés avant l'assassinat de l'abbé du Chayla" (verre coloré de Samuel Bastide, musée des Vallées Cévenoles)

 

Généalogie d'Abraham Mazel

C'est grâce aux recherches inédites effectuées dans les archives municipales de Saint Jean du Gard par M. Jean Bertrand, pour le compte de l'Association Abraham Mazel, que cette généalogie a pu être établie. On y apprend, en particulier, pour la première fois, que Abraham Mazel fut le fils unique de David Mazel et de Jeanne Daudé décédée alors qu'Abraham n'a que 3 ans et qu'il aura des demi-frères et sœurs du fait du remariage de son père.

Jean Cavalier

Jean Cavalier d'après une gravure de la BSHPF

CAVALIER Jean, de Ribaute (mas Roux), né le 28 novembre 1681. Fils d'Antoine Cavalier et d'Elisabeth Granier. Goujat de ferme de son oncle LACOMBE de Vézenobre, puis mitron à Anduze. En 1701, repéré dans des assemblées, il part pour Genève. Il en revient en 1702, et après le meurtre de l'abbé du Chaila rejoint dans les Cévennes le groupe des insurgés avec quelques jeunes gens de la plaine ; il redescend en septembre, et de coup de mains en coups de mains, sa troupe s'équipe, s'aguerrit et s'agrandit. Seul ou en association avec Rolland, il dévaste les villages catholiques, brûle les églises, répand la terreur. Il n'hésite pas à attaquer les troupes royales, leur imposant parfois de cuisantes défaites comme celle du Devois de Martignargues en mars 1704. Peu après cependant, en avril 1704, sa troupe est dûrement défaite à Nages, ses "magasins" d'Euzet découverts et pillés. Il entame alors des négociations avec le maréchal de Villars, dépose les armes et part avec une poignée de fidèles. Il rejoint Genève et se met au service du duc de Savoie qui lui donne une charge de colonel. En 1706 il commande un régiment de l'armée anglo-portugaise composé en partie de camisards et de réfugiés (un de ses buts était de rejoindre les Cévennes en passant par la Catalogne), mais cette armée est défaite à Almansa, où il est grièvement blessé. En demi-solde, il fait la navette entre l'Angleterre et la Hollande jusqu'en 1710, et à partir de cette date vit en Irlande de la petite pension qu'il a obtenue. En 1735 il est promu général de brigade, puis en 1738 lieutenant-gouverneur de l'île de Jersey. Il meurt à Chelsea le 17 mai 1740 et est enterré le lendemain dans le cimetière de ce faubourg ouest de Londres (et non pas à Dublin dans le cimetière réservé aux réfugiés français comme nous l'avons écrit par erreur dans le Dictionnaire des camisards).

Edition anglaise de ses Mémoires

Sources : Mémoires sur la guerre des Cévennes de Jean Cavalier, traduits et annotés par Frank Puaux (Payot 1918), Mémoires de Cavalier (manuscrit de La Haye), Mémoires de Mazel, Marion et Bonbonnoux, BSHPF année 1938 page 41 sur son lieu de sépulture.

Bibliographie :Marcel Pin Jean Cavalier, Nîmes 1936. Allard A. : Jean Cavalier chef camisard Dordrecht 1925. Charvet Gaston : Jean Cavalier 24 p., in 8 Avignon 1882. Dizier J. : Etudes sur Jean Cavalier 83 p. , in 8 Nîmes 1878. Albin de Montvaillant: Jean Cavalier 139 p., in 8 1884. PuauxFrank : Vie de Jean Cavalier 182 p., in 12 Paris 1868.

Gédéon Laporte

LAPORTE Gédéon, de Saint Paul de la Coste (son lieu de naissance, mais il habite Branoux), né vers 1660, trafiquant de cochons et forgeron ou marchand de fer.

"De taille un peu au-dessus de la médiocre, portant une petite moustache, le visage noir, assez plein, les yeux noirs et vifs", ancien soldat, marié et demeurant à Branoux, Gédéon LAPORTE dirigea militairement (il n'était pas inspiré), la première troupe des insurgés cévenols, celle qui exécuta l'abbé du Chaila.

Il est tué d'un coup de mousquet le 22 octobre 1702 avec une douzaine de camisards, au ravin de Témélac par les troupes royales commandées par Poul. Leurs têtes furent exposées sur le pont d'Anduze.

Un procès est fait à sa mémoire : AD34 C182.282 "convaincu de crimes de lèse-majesté divine et humaine, sacrilèges, assassinats et incendies et d'avoir été le chef des séditieux et scélérats attroupés dans les Cévennes qui ont pris les armes contre le roi, pour réparation de quoi, que sa mémoire demeure éteinte et supprimée et condamnée à perpétuité, ses biens acquis confisqués au profit du roi. A Montpellier le 5 novembre 1702". Sources : Mazel p 21, Marion p 178, Bosc I 184, I 230, I 257, Grégoire Vidal, Lettres et rapports p 64.

Antoine Court

Antoine Court (1696-1760), le "restaurateur du protestantisme" en France comme on l'appelle souvent, a joué un rôle important dans l'écriture de l'histoire des camisards. D'abord en écrivant un ouvrage fondamental et encore fort intéressant sur cette histoire, dont le titre complet est tout un programme : "Histoire des troubles des Cévennes ou de la guerre des camisars, sous le rêgne de Louis le Grand, Tirée de Manuscrits secrets et authentiques et des observations faites sur les lieux mêmes, avec une Carte des Cévennes", publié à Villefranche en 1760 par les soins de son fils Court de Gébelin (reproduction de la page de titre de l'édition originale ci-dessous). Ensuite, parce que pour écrire cet ouvrage, il passa une bonne partie de sa vie à recueillir des documents, mémoires, souvenirs sur cette guerre, à les susciter, à rechercher anciens camisards et galériens pour solliciter leurs souvenirs, à confronter ces souvenirs aux récits ou souvenirs publiés par d'autres camisards, etc.Il est bien certain que sans cette recherche qui dura plusieurs dizaines d'années, beaucoup de pièces très importantes auraient disparu, beaucoup de mémoires, comme le mémoire de Rampon qui est transcrit dans ce site, n'auraient même jamais été rédigés.

Les Papiers Court sont conservés à la Bibliothèque Publique et Universitaire de Genève (environ 140 volumes, dont aucun inventaire scientifique n'a été publié : le seul disponible est celui de Waddington en 1862, bien insuffisant). Une copie manuscrite des Papiers Court, réalisée au 19e siècle par le pasteur Gaidan, est disponible à la Bibliothèque de l'Histoire du Protestantisme, malheureusement incomplète, et parsemée de fautes de lecture, des noms de personnes et de lieux en particulier.

Quelques éléments de bibliographie sur Antoine Court :
- A. BORREL Biographie d'Antoine Court, auteur de la restauration du protestantisme en France après la Révocation de l'Edit de Nantes, ou Episode de l'histoire des églises du désert cévenol de 1713 à 1760, Toulouse 1863.
- Edmond HUGUES Histoire de la restauration du protestantisme en France au XVIIIe siècle d'après des documents inédits, Paris 1872
- E. COMBES Antoine Court et ses sermons, Lausanne 1896
Ces trois biographies anciennes sont à mon avis largement dépassées aujourd'hui, encore que celle d'Edmond Hugues soit accompagnée de documents en annexe très intéressants.

- PH. CARDON Antoine Court, Mémoire de maîtrise Paris IV 1981
- Les Mémoires d'Antoine Court, publiés une première fois par Hugues en 1885, ont été réédités par les Editions de Paris en 1995, dans une édition de Pauline DULEY-HAOUR intégrant les passages barrés par l'auteur et non repris par Hugues, et avec une introduction de Patrick CABANEL.
- H. BOST et C. LAURIOL Editeurs.Entre Désert et Europe, le pasteur Antoine Court (1695-1760), Actes du colloque de Nîmes, Paris, Champion 1998.

Sur le séminaire de Lausanne, fondé par Antoine Court :
- Claude LASSERRE Le séminaire de Lausanne (1726-1812), instrument de la restauration du protestantisme français, Bibliothèque historique vaudoise, Lausanne 1997

Sur l'œuvre de Court en tant qu'historien, consulter le chapitre V Un historien moderne : Antoine Court dans La légende des camisards de Philippe JOUTARD (Gallimard 1977).

L'ouvrage d'Antoine COURT Histoire des troubles des Cévennes a été réédité à Alès en 1819, et à Marseille en 1975 (Lafitte Reprints). Une nouvelle édition annotée et commentée devrait paraître prochainement aux Presses du Languedoc.

Quelques-uns des Mémoires camisards des Papiers Court ont été publiés :
- Les Mémoires de Corteiz (Papiers Court 17 H), publiés dans la biographie de Court par Hugues citée ci-dessus, puis en 1983 par la Société des Lettres, Sciences et Arts de la Lozère : Pierre Corteiz, pasteur du Désert (1683-1767), Mémoires et lettres inédites
- Les Mémoires de Bonbonnoux, publiés par le pasteur VIELLES : Mémoires de Bonbonnoux, Chef camisard et Pasteur du Désert, En Cévennes 1883, réédités en 1983 par les Presses du Languedoc avec les Mémoires de Mazel et de Marion qui eux ne sont pas conservés à Genève. Cet important ouvrage a été réédité par Les Presses du Languedoc en 2001.
- Les Mémoires de Jean Gaubert, publiés partiellement et d'après la copie de la BSHPF par Philippe JOUTARD, Journaux camisards (1700-1715), UGE 10-18, 1965. Le même ouvrage contient également des extraits des Mémoires de Marion et Mazel ainsi que les Mémoires de Bonbonnoux.

Enfin, je travaille à une édition des Mémoires concernant les fugitifs, prédicants, camisards, etc des Papiers Court, à paraître en principe en 2002. Cette édition présentera les textes intégraux mis en français, annotés et commentés des principaux textes inédits, ou partiellement édités (liste non exhaustive) :
- Le Mémoire Faïsse, la Relation sommaire, les Mémoires Bastide, Gout, Manuel, Gavanon, Bas, Fauché, Crébassac, Berger-Ragatz pour la période des prédicants
- Les Mémoires Massip, Rampon, Béchard, Gaubert, Colom, le manuscrit de St-Hippolyte, les mémoires de Calvisson et de Codognan, les Eclaircissements de Saltet pour la période camisarde
- La Relation Sallier, la Relation Ebruy, les Mémoires Roumegoux et Arsac pour le Vivarais, Martel pour le Dauphiné
- Peut-être quelques mémoires sur la période postérieure aux camisards comme le Mémoire de Combes ou celui du colporteur de livres Genouillac.

Pierre ROLLAND

Samuel Bastide

Samuel Bastide

Samuel Bastide est né à St-Jean-du-Gard en 1879. Après des études de théologie à Genève, il poursuit de pair une activité photographique et la lutte contre l'alcoolisme. Pour l'animation de ses soirées, il réalise à partir de 1908 des projections lumineuses, d'après les contes d'Alphonse Daudet d'abord, puis sur la Bible où l'histoire du protestantisme. Dans la dernière partie de sa vie, il publiera les séries consacrées à cette histoire : Les prisonnières de la Tour de Constance, Les galériens pour la foi, Les pasteurs du Désert, L'exode des huguenots, Les Camisards, La Tour de Crest. Certaines de ces brochures sont encore disponibles au Musée du Désert. Il meurt en 1962 à Lausanne.

Son oeuvre représente une quarantaine de montages qui totalisent près de trois mille vues. Les originaux des dessins relatifs à l'histoire du protestantisme ont été déposés au Musée du Désert, l'intégralité de ses montages audio-visuels (plaques et enregistrements des conférences) l'ont été au Musée des Vallées Cévenoles ainsi que son matériel et ses souvenirs.

Salomon Couderc

COUDERC Salomon, de la paroisse de Saint-André-de-Lancize, hameau de: Vieljouvès, né vers 1678.Listes Aff. Etrangères folio 189: "chef avec les attroupés, leur surnom : Couders dit les docteurs".
L'un des meurtriers de l'abbé du Chaila, camisard et prédicant inspiré, chef d'une petite troupe, il se rend le 30 septembre 1704 (Bosc IV 413) part en Suisse le 7 décembre (il est dit ailleurs 3 novembre). Il y touche la solde d'officier du régiment de camisards. En revient en février 1706 (Bosc V 538) est arrêté à Livron le 17 février 1706, et condamné "à faire amende honorable, nud en chemise, tenant en ses mains une torche ardente du poids de deux livres, au-devant la Croix de la place de l'Esplanade (à Montpellier) ...ensuite sera attaché à un poteau... et brûlé vif, son corps réduit en cendres et jetées au vent", sentence exécutée le 3 mard 1706 (Roschach Histoire du Languedoc tome XIV col 2038).Autres sources: Marion p178, Louvreleuil I.52, Bosc I 183, AD34 C189.491 (2e liasse) son interrogatoire. Voir l'affiche de sa condamnation sur notre site. Plusieurs membres de la famille des Couderc de Vieljouvès ont été impliqués dans la lutte pour la liberté de conscience : le frère de Salomon, David, blessé par une patrouille dirigée par l'abbé du Chaila en mars 1692 est amputé d'un bras à Alès. Il demeura 12 ans à la tour de Constance.

Il fut libéré le 2 novembre 1704 à la demande de son frère et partit avec lui en Suisse. Il mourut en route à Nantua. Un autre frère de Salomon, Jean, est mort à la bataille de Cessenades, un autre, Antoine, se rend en novembre 1704, pour ne parler que de ceux dont on est sûr de la parenté avec Salomon. (d'après Dictionnaire des camisards)

Antoine Aberlenc

ABERLENC Antoine, de la paroisse de Monteils (Mas de Barjac). "Chasseur" ou "valet" du sieur de Malérargues, plusieurs témoins affirment qu'il était à la tête des camisards dans l'attaque de Mons en février 1703. Il faisait partie d'un groupe de camisards sévissant en novembre 1702 dans les paroisses de St-Etienne de l'Olm et Deaux et qui en particulier supplicièrent la nommée Suzanne Bondurand à Deaux le 1er novembre 1702.

Il est condamné le 7 mai 1703 et rompu à Alès le jour-même, pour "crime d'assemblée illicite, Insandie, port d'armes, massacre".

Source: ADHérault C184.240 à 270, Bosc I . 287, le Livre de raison d'Henri Dumas. (D'après Dictionnaire des camisards)

Le mas Barjac
Le mas Barjac