Noé Biaux (ou Bios)

BIOS (BIAUX pour Tournier, BIOZET pour Pap. Court vol. 11) Noé, de Générac, né vers 1663, berger. Fils de feu (en 1681) Jean Biou (sic) et de Gabriele Paladan(e). Condamné aux galères à vie le 7 juin 1703 par le maréchal de Montrevel à Alès pour détention d'armes (pour assemblée d'après le document ci-dessous). Sa femme (mariage protestant le 1er juin 1681), Jeanne Bourguet(te), fille de feu François Bourguet et de Marie Rieumande, native de St-Gilles, fut recluse avec plusieurs autres à Perpignan. Libéré en 1716, pensionné en Suisse il meurt d'après Tournier à Lausanne en 1746, sans doute après un remariage, "laissant un fils mineur sans ressources, lequel demanda la prolongation en sa faveur pour un an de la pension allouée à son père". Sources : Tournier III.60, ADHérault C 192.317 listes Montrevel, Pap. Court vol. 11 f° 391, acte de mariage AD34 IIE55/123 (communiqué par Mr Bieau).

 


Noé Biou a esté pris pour cauze d'assamblée condamné et conduit aux gallères, sa femme et sa filhe à Perpignan, taxes en capitation. 11 livres AD34 C258

 


Noé Bios de Générac, âgé de 42 ans
(Etat des particuliers qui doivent estre envoyés aux galères, fort de Nismes, 7 juin 1703. AD34 C192.322)

 


Noel Biozet de Générac en Languedoc, condamné pour l'attroupement des Sévenes le 16 mars 1703
(Papiers Court, BPU Genève, volume 11 f°396)

Jean Astruc

dit Mandagout

Jean Astruc est né vers 1654 ou 1655, à Alès et de parents réformés d'après l'abbé Louvreleuil.

Dans ses interrogatoires, lui se prétend "catholique romain", et il pourrait être de Vézenobre.
Il était maçon, et après avoir "reçu le don de prophétie" (probablement dans le courant de l'année 1701), il quitte son domicile et se consacre dorénavant pleinement à la prédication au cours d'assemblées clandestines.
C'est ainsi qu'il est mise en cause dans l'agitation prophétique de St-Etienne-de-l'Olm en août 1701 (il y est appelé "Pierre Mandagout, maçon" voir les Itinéraires protestants volume II page 187).

On perd sa trace jusqu'au Pont-de-Montvert (voir son interrogatoire) et aux assemblées de Ruffières et de Peyremale en mai 1702. Il échappe à l'arrestation à Nîmes en juillet 1702, et se rend à la foire de Beaucaire, où il est pris le 27 juillet. Conduit à Montpellier il est interrogé par Basville.
Son procès traîne alors en longueur : les propos qu'il aurait tenu à l'assemblée de Ruffières ("il a dit qu'au premier jour il y aurait deux cents personnes rassemblées, qui abattraient les églises et tueraient tous les catholiques") prennent une résonnance singulière avec le meurtre de l'abbé du Chayla.

Astruc-Mandagout est condamné à la potence le 13 septembre 1702 "pour assemblées illicites, phanatisme et port d'armes". La sentence devait être exécutée à Alès le 15 septembre 1702.

Sources : Bost Revue historique CXXXVI p 27, AD34 C183 Pierre ROLLAND

Jean-Pierre Buis

dit St-Julien

BUIS Jean-Pierre, de Saint Julien Labrousse en Vivarais, (les Granges), surnommé St Julien ou Carabin, né vers 1681, menuisier. Parti à Lausanne avec son cousin avant 1700, il en revient et d'après Bosc s'engage au côté des camisards en Cévennes. Il est pensionné à Genève comme camisard du 15 février 1705 au 30 septembre 1705 (Pap. Court vol 33). Il revient ensuite en France et s'engage dans les troupes royales et sert en Catalogne. Il participe à la tentative de soulèvement du Vivarais d'Abraham MAZEL (juillet 1709), accompagne celui-ci en Cévennes après l'échec et CLARIS le renvoie en Suisse, d'où il revient en août 1710 à la demande de la femme de la Valette (celui-ci était alors en prison) pour dire à CLARIS qu'on lui enverrait de l'argent. Il rencontre Abraham MAZEL près d'Uzès à cette occasion, puis repart en Vivarais pour donner de l'argent à CHAMBON (dans le cadre de la dernière tentative de soulèvement en liaison avec la prise de Sète, le complot dit de RIFFIER. Il retourne en Suisse avant Noël 1711. Basville le fait prendre grâce à la trahison d'un réfugié de Genève : il est arrêté sur le lac de Genève en face de Coppet et transféré sur le sol français le 20 avril 1711 (Bosc V 1067). Conduit à Tournon le 11 mai, puis le 17 à la citadelle de Montpellier, il est pendu le 8 juin 1711 après avoir subi la question. Sources : Bosc V 953 et 1062, ADHérault C 190 ses interrogatoires.
Voir sa condamnation par Basville.

Antoine Chassagne et Laurent Beraud

Deux Cadets de la Croix*

BERAUD Laurent, de Pont Saint Esprit. Ancien catholique arrêté avec CHASSAGNE par le sieur de Montclus (en essayant de se sauver, il tire un coup de fusil sur ses poursuivants); ils faisaient partie tous deux d'une troupe de brigands qui assassinaient et pillaient dans le Nord du département du Gard actuel et le sud de l'Ardèche. La Baume (page 363) affirme qu'ils étaient "cadets de la Croix", et effectivement on lui demande dans un de ses interrogatoires "si le jour qu'il fut arrêté avec le nommé Chassagne ils n'allaient joindre d'autres scélérats soi-disant cadets et sous ce prétexte tacher de faire des vols et assassinats". Il est condamné à être pendu le 5 novembre 1704 à Nîmes, et exécuté avec CHASSAGNE le 10 à Bagnols.

Sources : ADGard B 2821 (Présidial), ADHérault C 183 la procédure

CHASSAGNE (LACHASSAGNE, CHATTAGNE, CASSAGNE) Antoine, de Bagnols. Ancien catholique arrêté avec BERAUD par le Sieur de Montclus; ils faisaient partie tous deux d'une troupe de brigands qui assassinaient et pillaient dans le Nord du département du Gard actuel et en particulier à Vallon Pont d'Arc.Condamné à être pendu pour "réparation des crimes de rebellion, vols, meurtres et assassinats" le 5 novembre 1704 à Nîmes, il est exécuté le 10 à Bagnols avec BERAUD.

Sources : ADGard B 2821 (Présidial), ADHérault C 183 la procédure


* Les cadets de la Croix étaient des "anciens catholiques", originaires essentiellement de l'est du diocèse d'Uzès et de la vallée du Rhône, qui profitèrent de la période agitée de la guerre des camisards, pour s'assembler en troupes parfois importantes. Sous prétexte de lutte contre les camisards, ils se livrèrent essentiellement au pillage des métairies tenues par des "nouveaux catholiques" aussi bien que par des "anciens catholiques".

Jean Justet

JUSTET Jean, du Noujaret près de Vals. D'une famille aisée, probablement de la petite noblesse, cet ancien militaire, peut-être ancien camisard de CAVALIER (d'après Brueys), aide MAZEL, DUPONT et BILLARD dans la tentative d'insurrection du Vivarais en 1709 (Bosc V 901). Il meurt à la bataille de l'Eyrisse (8 juillet 1709) après avoir chèrement vendu sa peau si l'on en croit Brueys (IV 266). (Notice Dictionnaire des camisards)


Pierre Coulet, de l'association Patrimoine Huguenot d'Ardèche, nous envoie les compléments biographiques suivants, essentiellement tirés de : "Origine des guerres de religion dans le Vivarais (1618) - Vals et la famille de Justet" par H. Chapon (Revue Chrétienne, 83 Bd Arago Paris (1911 , 58ème année) pp. 1-47.

Jean JUSTET tué au combat de Leyrisse avait environ 26 ans en 1709 lorsqu'il rencontra Mazel, Billard et Dupont. Il avait un frère cadet Isaac qui selon l'interrogatoire de J.-P. Buis participa également au combat.

Histoire familiale de Jean Justet

Son père est décédé alors qu'il n'avait pas 5 ans. Il habitait avec sa mère (Marguerite Souchon) "Le Noujaret" près de Vals (actuellement Vals-les-Bains en Ardèche).
La famille avait été une famille protestante aisée de Vals jusqu'en 1628, date de la reddition de la ville où son arrière grand-père, Estienne de Justet, avait dû abandonner sa maison confisquée et devenue "bien d'église". Cet arrière grand-père s'était réfugié à l'extérieur de Vals au "Noujaret" une de ses deux propriétés gérée par son fermier Pierre Noujaret. Il y était venu avec un fils prénommé Jean qui épousa la fille du fermier, Esther Noujaret.
Ce couple eut un fils et une fille. Leur fils Anthoine mourut en 1688 laissant à sa veuve Marguerite Souchon une situation difficile.
Jean Justet que l'on avait surnommé "le Vaillant Justet" était le fils d'Anthoine et de Marguerite Souchon. Il passa son enfance au Noujaret élevé et instruit par sa mère. ".… il avait déjà sur les jeunes gens des hameaux voisins une autorité morale qu'il devait aussi bien à son instruction et à son intelligence, qu'à sa stature imposante et à sa force herculéenne".
Il allait souvent à Vals et fut remarqué par le capitaine commandant la compagnie de fusiliers qui y tenait garnison. Les sergents recruteurs tentèrent d'enrôler Jean Justet et le capitaine lui avait même promis la fonction de porte-étendard.
D'un caractère indépendant et compte tenu de l'histoire de sa famille, Il refusa toutes les propositions qui lui furent faites. Devant ce refus, le commandant de la garnison de Vals décida de l'enrôler de force et le fit saisir au Noujaret par une quinzaine de soldats. Justet tenta de fuir mais fut rattrapé.
Cette incorporation ne dura pas puisqu'il fut libéré quelques mois plus tard, le 14 juin 1703, muni du certificat suivant :
"Nous, capitaine d'une compagnie franche de fusiliers, donnons congé absolu au nommé Justet, soldat de ma compagnie, pour servir où bon lui semblera, n'étant pas en état de servir pour ses incommodités. Je prie tous ceux qui sont à prier de ne lui faire aucun trouble"
Fait à Vals, ce 14ème jour de juin 1703
Signé "Hillaire".

Justet réintégra le Noujaret où il aida sa mère à faire valoir l'exploitation. Six ans plus tard, en 1709 l'arrivée de Mazel, Billard et Dupont en Vivarais allait radicalement changer le cours des choses.

Antoine Dupont

DUPONT Antoine, de Bréau ("Bras près du Vigan"), né vers 1677. Secrétaire de CAVALIER, "porte perruque blonde, bien fait et de bonne taille". Il se rend et part avec CAVALIER le 23 juin 1704 (il est noté "très dangereux"). Il revient avec MAZEL et GUY-BILLARD en mars 1709 pour tenter de soulever le Vivarais (Bosc V 899) et meurt à la bataille de l'Eyrisse (juillet 1709).
Sources : Listes ADHérault C 189.50, et Guerre A1 1799 f° 214, Bosc III 547, Louvreleuil III 117.

Daniel Guy

GUY (dit BILLARD) Daniel, de Nîmes, né vers 1668. Prophète de la troupe de CAVALIER et son principal lieutenant, il est blessé à Pompignan. Parti en exil avec CAVALIER (il figure sur les listes comme "Daniel Billard, lieutenant, petite taille cheveux noirs") il fut son lieutenant-colonel en Suisse (il y est pensionné comme officier de février à avril 1705 (Listes Pap. Court vol 33). Il revint en France avec Abraham MAZEL et Antoine DUPONT en mars 1709 pour tenter de soulever le Vivarais (Bosc V 899) et est tué (au hameau de Vors près St Etienne de Serres pour Court, près de Gilhoc pour de Courten et EBRUY (juillet 1709). Son cadavre est exposé sur la roue à Vernoux.

Sources : Bosc I 544, III 675, Listes ADHérault C 189.50, et Guerre A1 1799 f° 214

Chrystel Bernat

chrystel.bernat@ephe.sorbonne.fr

Chargée de conférences à l'École Pratique des Hautes Études - Section des Sciences Religieuses (Paris) :
Intolérances réflexives. Religion, altérité et violences en France au XVIIIe siècle. Chaire : Protestantismes et culture dans l'Europe
moderne (XVIe - XVIIIe siècles).
Chercheur associé du Laboratoire d'Études sur les Monothéismes (UMR 8584 CNRS - EPHE - Université de Paris IV).
Docteur Thèse de doctorat : Une guerre sans épithète : les troubles des Cévennes au prisme catholique. Déchirures civiles
et violences de religion (vers 1685 - vers 1710) soutenue le 20.12.2008 à l'École Pratique des Hautes
Études, Section des Sciences Religieuses, Paris - Sorbonne. Jury : M. Hubert Bost (directeur de
thèse), M. Olivier Christin, Mme Arlette Farge, M. Philippe Joutard et M. Didier Poton.
Boursière de l'École Française de Rome (2001-2003).

 


Travaux et publications (état : janvier 2010)

Travaux universitaires :
· Une révolte et sa contre-révolte. L'action des catholiques pendant la guerre des Cévennes (1702-1707), Mémoire de maîtrise,
Toulouse, Université de Toulouse II - Le Mirail, 1997, 263 p.
· La mobilisation des catholiques pendant la guerre des Cévennes (1702-1707), Mémoire de Diplôme d'Études Approfondies,
Toulouse, Université de Toulouse II - Le Mirail, 1998, 253 p.
· Une guerre sans épithète : les troubles des Cévennes au prisme catholique. Déchirures civiles et violences de religion (vers 1685 - vers
1710), Thèse de doctorat en histoire des religions, Paris, EPHE, 2008, 3 tomes, 966 p. [publication en cours]*.

Directions d'ouvrages :
· Eckart Birnstiel en collaboration avec Chrystel Bernat (dir.), La Diaspora des Huguenots. Les réfugiés protestants de France
et leur dispersion dans le monde (XVIe - XVIIIe siècles). Préface de Philippe Joutard, conclusion de Chantal Bordes-
Benayoun, Paris, Honoré Champion, 2001, 202 p.
· Chrystel Bernat (hg), Die Kamisarden. Eine Aufsatzsammlung zur Geschichte des Krieges in den Cevennen (1702-1710). Mit
einem Vorwort von Philippe Joutard. Aus dem Französischen u¨bertragen von Eckart Birnstiel, Bad Karlshafen, Deutschen
Hugenotten-Gesellschaft, 2003, 297 p.

Contributions à des volumes collectifs :
· "Le contrôle malaisé d'un feu intérieur ou la périlleuse gestion de la contre-révolte catholique durant la guerre des
Cévennes", in : Religions et pouvoirs dans le Midi de la France de l'Antiquité à nos jours. Actes du LXXe Congrès de la
Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, Nîmes 1998, Nîmes, Société d'Histoire Moderne et
Contemporaine de Nîmes et du Gard, 2001, p. 95-114.
· "La guerre des Cévennes ou le clergé mis à l'épreuve", in : Patrick Cabanel, Philippe Joutard (dir.), Les Camisards et
leur mémoire 1702-2002. Colloque du Pont-de-Montvert des 25 et 26 juillet 2002, Montpellier, Les Presses du Languedoc,
2002, p. 85-101.
· "Die Katholiken : die dritte Kraft im Cevennenkrieg", in : Chrystel Bernat (hg.), Die Kamisarden. Eine
Aufsatzsammlung zur Geschichte des Krieges in den Cevennen (1702-1710). Mit einem Vorwort von Philippe Joutard. Aus dem
Französischen u¨bertragen von Eckart Birnstiel, Bad Karlshafen, Deutschen Hugenotten-Gesellschaft, 2003, p. 93-115.
· "Terre camisarde et théâtre d'opposition catholique : la Vaunage durant les troubles des Cévennes entre répression
d'État et violences de Religion", in : Jean-Marc Roger (dir.), La Vaunage au XVIIIe siècle (1685-1787). Préfaces
d'Emmanuel Le Roy Ladurie et de Philippe Joutard, t. II, Nîmes 2005, p. 657-689.
· "De l'alliance improbable à l'union interdite : formes de coexistence et porosité des frontières confessionnelles
entre catholiques et protestants en guerre, Languedoc vers 1685 - vers 1715/1730", in : Didier Boisson et Yves
Krumenacker (éd.), La coexistence confessionnelle à l'épreuve. Études sur les relations entre protestants et catholiques dans la
France moderne, Lyon, Université Jean Moulin [Chrétiens et Sociétés. Documents et Mémoires n°9], 2009, p. 169-192.
· "Les anges et l'autel : prophétisme, iconoclasme et identités confessionnelles - Languedoc, XVIIIe siècle", in :
Adriana Destro, Jean-Daniel Dubois (dir.), Visions, images et communautés religieuses, Turnhout, Brepols, 2010 [sous
presse].
· "L'économie de la violence : religion et modèles insurrectionnels. Recherches sur les derniers troubles du
Languedoc, 1702-1710", in : Isabelle Bouvignies, Frédéric Gabriel, Marco Penzi (dir.), Les guerres de Religion en
France. Historiographie, méthodologie, histoire des idées politiques, Lyon, ENS Éditions, 2010 [à paraître].
· Présentation et annotation de deux lettres pastorales de l'évêque Esprit Fléchier (1632-1710), in : Bernard Lauret
(dir.), Anthologie théologique, Paris, Éditions du Cerf, 2010, volume des Temps modernes (1600-1750) [Le faire croire en
crise] sous la direction de Daniel-Odon Hurel et Maria-Christina Pitassi avec la collaboration de François
Laplanche [à paraître].
· "Persécutions débridées et violences sans éclat. Minorités au combat et coulisses oppressives d'une société en
guerre (Languedoc, 1685-1715)", in : Patrick Cabanel, Joe Ruane (dir.), Religion et violence, mémoire et identité : les
relations entre protestants et catholiques en France et en Irlande, XVIe - XXIe siècles, Toulouse, Presses Universitaires du
Mirail, 2010 [à paraître].
· "La guerre au nom de Dieu. Légitimités fratricides au tournant du Grand Siècle", in : Rémi Fabre, André Encrevé
(dir.), Guerre juste et juste guerre : les justifications de la guerre de l'Antiquité au XXIe siècle, Rennes, Presses Universitaires
de Rennes, 2010 [à paraître].

Articles de revue à comité de lecture :
· "La guerre des Cévennes : un conflit trilatéral ?", Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme Français 148/2002,
p. 461-507.
· "La guerre des Cévennes (1702-1707). Camisards, catholiques civils et troupes royales : de l'affrontement bilatéral
au triptyque insurrectionnel ?", Études Théologiques et Religieuses 77/2002, p. 359-383.

Présentations des travaux de recherche (travaux doctoraux et positions de thèse) :
· Revue de l'Histoire des Religions 226/2009, p. 639-650.
· Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme Français 155/2009, p. 727-730.
· Revue Mabillon 81/2009 [sous presse].
· Résumé de thèse disponible sur le site du Laboratoire d'Études des Monothéismes (http://lem.vjf.cnrs.fr/theses.htlm).
* Un exemplaire de la thèse est disponible à la Bibliothèque du Protestantisme Français (54, rue des Saints-Pères,
75007 Paris).

Présentation du Projet de recherches en vue de la thèse de Doctorat d'Histoire Moderne

Le projet de recherche a pour thème principal la mobilisation catholique
pendant la guerre des Cévennes à travers le prisme de l'étude d'une
révolte et de sa contre-révolte. Le sujet a pour cadre géographique le
Bas-Languedoc et plus précisément les cinq diocèses de Mende, Alès, Uzès,
Nîmes et Montpellier, théâtre de la révolte des Camisards et champ de
manouvres des opérations catholiques recensées entre 1702 et 1710.
Cependant, les investigations ont également pour finalité d'étudier les
antécédents autant que le prolongement de l'affrontement confessionnel et
les réminiscences de violences entre catholiques et protestants qui
s'exprimèrent encore au milieu du XVIIIe siècle (1685-1752), tout en
observant les manifestations connexes de la guerre aux périphéries
immédiates: Rouergue, Avignonnais, Comtat Venaissin, Principauté d'Orange,
une place singulière étant accordée à la position et au rôle du
Saint-Siège durant le conflit religieux des Cévennes.Les recherches prennent en égale considération les expressions de
rivalités et de solidarités inter et intra-confessionnelles au profit
d'une étude englobante des manifestations catholiques allant de la
solidarité à l'opposition et de l'officiel au subversif. Elles intègrent
par ailleurs la position du clergé, ses initiatives contre-camisardes, et
sa politique adoptée face aux déchirements des deux confessions. Le projet
s'accompagne d'une analyse des peurs et des dérèglements de la vie
catholique, d'une étude de la construction ou de la résurgence du
martyrologe catholique, ainsi que d'une analyse des mécanismes de défense,
de riposte, ou de recours aux armes menant jusqu'aux phénomènes de
débordements populaires et parfois jusqu'au basculement dans la
subversion.Le projet de recherches vise en outre à cerner le profil socio-économique
des protagonistes catholiques, les motivations de l'engagement dans le
combat anti ou pro-camisard et la gestion politique et militaire des
manouvres catholiques, en tâchant d'analyser la part d'efficacité de la
mobilisation civile, en s'interrogeant notamment sur l'obstacle qu'elle
put constituer à l'insurrection camisarde ou le second feu intérieur
qu'elle forma pour les autorités provinciale et royale.Contre-révolte ou révolte à part entière, la mobilisation polymorphe des
catholiques amène à s'interroger sur la validité d'un triptyque
insurrectionnel au sein de la guerre des Cévennes. Le projet de thèse
ainsi consacré à restituer la part de catholicité du conflit, entend
également dégager les césures dans l'évolution du catholicisme
languedocien, et s'interroger sur la question des modèles
insurrectionnels.

Gregory Monahan

Professeur d'histoire moderne et contemporaine, Eastern Oregon University,
La Grande, Oregon, USA, 1986-présent.

Ph.D. (doctorat), West Virginia University, 1985; M.A., University of North
Carolina at Chapel Hill, 1977; B.A., University of Iowa, 1975.

Publications:

"Year of Sorrows: The Great Famine of 1709 in Lyon-". Columbus, Ohio: Ohio
State University Press, 1993.

"Heroes or Thieves: Catholic Vigilantes in the War of the Camisards."
Proceedings of the Western Society for French History 24 (1997): 365-376.

"Lyon in the Crisis of 1709: Royal Absolutism, Administrative Innovation
and Regional Politics." French Historical Studies 16, No. 4 (Fall 1990):
833-848.

"The Archives of Lyon: Opportunities and Challenges for the Study of
Eighteenth-Century France." Primary Sources and Original Works I, Nos. 1-2
(1991): 95-106.

"Popular Violence and the Problem of Public Order in the Old Regime: The
Case of Lyon in 1709." in Donald Horward, ed., Consortium on Revolutionary
Europe. Bicentennial Proceedings: 1989. Pp. 653-660.

Répertoire numérique des papiers de famille: Série EP 292-317: Châteauneuf
de Rochebonne. Lyon: Archives Départementales, 1983.

Conférences sur les camisards:

"Our Poor Allies: The Camisards and His Grace, the Duke of Marlborough."
Presented at the Annual Meeting of the Society for French Historical
Studies, Arizona State University, Tempe, Arizona, March, 2000.

"Prophetesses and Rebels: Women and the War of the Camisards." Delivered
to the annual meeting of the British Society for the Study of French
History, University of Birmingham; Birmingham, United Kingdom, March, 1997
and the Vann Seminar, Emory University, Fall, 2000.

"Between Two Thieves: The Protestant Nobility and the War of the
Camisards." Delivered at the annual meeting of the Society for French
Historical Studies in Washington, D.C., 1998.

Élie Marion

le vagabond de Dieu (1678-1713)

 

par Jean-Paul Chabrol, Professeur à l'IUFM de Marseille

A Dantzig, en octobre 1712, quatre hommes sont arrêtés. Ils viennent de Stockholm et sont accusés d'être des espions du Roi de Suède, Charles XII, en guerre contre le roi de Pologne. Pendant sept mois, ils seront durement emprisonnés, parfois privés de nourriture, puis expulsés. Parmi eux, un certain Élie Marion, natif de Barre, en Cévennes, un bourg du Bas-Gévaudan. Que pouvait bien faire cet homme en ces contrées froides et brumeuses, si loin des Cévennes, en compagnie de personnages dont le comportement intriguait toutes les polices d'Europe ?
Les quatre hommes étaient prophètes et parcouraient, depuis 1711, l'Europe, invitant sur leur passage, les " peuples " à écouter leurs prophéties qu'un d'entre eux notait dans un cahier, quasiment au jour le jour. Curieuses et extravagantes paroles. On comprend, à la lecture des ouvrages qu'ils nous ont laissé, la perplexité et le soupçon des autorités qui les voyaient traverser leur territoire. Certes les quatre voyageurs étaient inoffensifs, pacifiques, dénués de tout, dans la plus grande pauvreté, mais leur comportement était étrange et les propos qu'ils tenaient contre les clergés de toutes confessions les rendaient suspects.
Du mois de juin au mois de décembre 1711, ils parcourent une bonne partie de l'Allemagne, poussent jusqu'à Vienne, puis retournent à leur point de départ, Londres. L'année suivante, ils quittent cette ville pour un nouveau périple européen. C'est à cette occasion qu'ils seront emprisonnés. Relâchés au début du mois de mai 1713, ils traversent l'Europe centrale pour se diriger vers Constantinople. Élie Marion est malade mais tant bien que mal il suit ses compagnons prophétisant irrégulièrement. En août, ils atteignent la capitale turque. La maladie d'Élie empire. Ils décident de revenir. Ils prennent un bateau anglais à Smyrne qui les conduit à Livourne où ils débarquent le 3 octobre. Marion est souffrant. Les quatre hommes sont assignés en quarantaine dans le lazaret de Livourne comme c'était la règle à l'époque par crainte de la peste orientale. Élie est au plus mal mais ses compagnons décident d'aller à Rome, Babylone disent-ils. Ils partent le 24 novembre. Élie reste seul à Livourne. Le 29 novembre, il meurt. Il avait 35 ans seulement.
Singulière est l'aventure de ce cévenol. Élie Marion est né à Barre le 31 mai 1678. Son père était ménager, c'est-à-dire paysan assez riche pour faire travailler ses terres par un fermier ou un métayer. La famille est protestante depuis 1560 au moins.
Des documents jusque là inédits apportent quelques lueurs sur l'origine de cette famille. Elle est originaire de Saint-Germain-de-Calberte. Claude Marion, fils de Jean, s'est installé à Barre dans la première moitié du XVIème siècle peut-être à l'occasion de son mariage avec Lucie Pons, une barroise. De ce mariage naissent deux enfants Jean et Anne.
Ce Jean Marion est maréchal-ferrant. Il épouse Anne de Pierredon (ou de Puechredon). Le couple teste en 1638. Leurs testaments permettent de connaître leurs cinq enfants, ceux du moins qui étaient encore vivants à cette date. Dans l'ordre: Louise, épouse d'Antoine Valmalle, natif du Masbonnet (mariage en 1624); Judith, épouse de François Bolomier (chirurgien) depuis 1626; Jacques; Jean et enfin Élie, le grand-père paternel de notre prophète. Ces alliances permettent aux Marion d'accéder à la notabilité. Ils font partie du consulat (ancienne forme de notre municipalité) et participent aux activités religieuses du consistoire.
Au moment de la Révocation de l'Édit de Nantes (1685), Élie avait 7 ans. Comme beaucoup de jeunes cévenols, il va être traumatisé par l'abjuration collective des populations cévenoles. Abjuration soudaine, brutale, massive, sous la menace des terribles dragons envoyés par Louis XIV. Mais ses parents dans le secret de leur maison ne désarment pas et résistent. Élie comme les autres enfants étaient obligés d'aller à l'école tenue par le curé du village. Mais une fois à la maison, sa mère, Louise Parlier, et son père prennent un soin particulier à "défaire " ce que le curé avait enseigné. Ces années sont décisives pour Élie. Jamais, il n'acceptera d'être catholique. Au contraire, son aversion de ce qu'il nomme l'hérésie ne cessera d'augmenter.
Mais le jeune homme doit songer à son avenir. Il fait des études de droit à Toulouse d'abord puis à Nîmes. Visiblement, il se destinait à être notaire ou homme de loi comme il y en avait beaucoup en Cévennes. Il est l'aîné de la famille et son père porte un soin particulier à son éducation qui lui permettra, espère-t-on, d'accroître la fortune et l'honorabilité de la famille.
C'était sans compter avec les événements religieux qui allaient secouer les Cévennes. Élie a 23 ans quand la vague du prophétisme déferle avec violence sur les Cévennes gévaudanaises (automne 1701). Le jeune homme est ébranlé par la vision de ces jeunes prophètes qui à Barre et dans les environs appellent à la repentance puis peu à peu à la violence contre ceux qui persécutent les protestants. Élie, quand il est à Barre en vacances, ne cesse alors de fréquenter, dans les déserts, les assemblées religieuses tenues par les prédicants. Sa famille est menacée par l'abbé du Chaila. Ses deux frères, Pierre et Antoine, sont touchés par la contagion prophétique et deviennent des "inspirés" .
Ni Élie, ni ses frères ne participent directement à l'assassinat de l'abbé du Chaila. Toutefois sa famille est suspecte aux yeux des autorités. C'est au début du mois de janvier 1702 qu'Élie est touché par ce qu'il appelle l'Esprit divin. Désormais il est prophète et le restera jusqu'à sa mort. Au mois de février ou de mars, il se décide à rejoindre les camisards. Sa famille est alors menacée par les soldats. Elle abandonne ses biens et se réfugie au désert. C'est ainsi que sa mère décédera dans un creux de rocher aux environs de Peyroles (près de Saint-Jean-du-Gard).
Élie partage la vie vagabonde et dangereuse des Camisards. Ce n'est pas un chef de premier rang. Son action est essentiellement religieuse. Mais étant un des rares intellectuels parmi ces combattants, les chefs camisards utilisent ses capacités à partir du moment où ils sont contraints de traiter avec les autorités régionales. C'est ainsi que Marion participe aux deux capitulations qui vont mettre progressivement fin au combat. En 1704 a lieu la première capitulation. Marion quitte le Languedoc en novembre pour gagner Genève où il demeure jusqu'au mois de février 1705. Au début du mois de mars il est de retour à Alès mais les camisards sont obligés de se rendre une seconde fois. Marion quitte alors définitivement la France au mois d'août 1705 et se rend de nouveau à Genève où il retrouve son père, son frère Pierre et sa sœur Louise qui étaient sortis du royaume en 1704. Les relations de ces cévenols exilés avec les pasteurs de Genève ou même français réfugiés ne sont pas bonnes. Ces derniers se méfient des prophètes et condamnent leurs propos qui s'écartent de l'orthodoxie calviniste genevoise.
Marion quitte Genève en novembre 1706 toujours sur une inspiration de l'Esprit. Après être passé par Berne et La Haye, il arrive à Londres au mois de septembre. Son arrivée coïncide avec de nombreuses inspirations. Une nouvelle fois, les relations avec les pasteurs de la colonie française réfugiée à Londres sont particulièrement mauvaises. Avec trois autres cévenols, il est à l'origine d'une " fraternité " religieuse que les Anglais vont très vite appelés les French prophets (Prophètes français).