JOURNAL
DU CURE MINGAUD
Entre 1702
et 1724, le curé Mingaud en charge de la paroisse de St-Etienne-Vallée-Française
(Lozère), a tenu un journal écrit de sa main, au verso de
l'un des registres d'état civil de la commune. Ce journal, qui
a un incontestable intérêt historique, fait un compte rendu
des évènements survenus dans les Cévennes, après
la révocation de l'Edit de Nantes. Pour un lecteur simple amateur
de l'Histoire, le déchiffrage de ce document manuscrit est d'une
lecture difficile. Il existe heureusement une transcription, incluse dans
un ouvrage de Gustave de Burdin paru en 1846, et intitulé "
Documents historiques sur la Province du Gévaudan ". Mais
la transcription Burdin a un double inconvénient, elle ne reproduit
pas intégralement le texte du curé Mingaud, et surtout comporte
de nombreuses erreurs, qui en diminuent l'intérêt. Il a donc
paru utile d'établir une nouvelle transcription du journal, à
partir de l'original conservé aux Archives Départementales
de Lozère (consultables sur Internet à la rubrique EDT 148
GG article 9). La nouvelle transcription utilise en partie celle de Gustave
de Burdin, mais en corrige toutes les coquilles identifiées, et
la complète des passages oubliés. Elle s'appuie en outre,
sur une bibliographie traditionnelle de la Guerre des Cévennes,
principalement l'ouvrage monumental d'Henri Bosc, outre des livres plus
récents, comme le dictionnaire des Camisards de Pierre Rolland
etc.
Jacques THEULLE , le 11 avril 2008 à Toulouse. NOTA : Les paragraphes, phrases, ou les mots en italiques dans le texte, sont soit des parties oubliées, soit des erreurs relevées dans la transcription de Gustave de Burdin, par comparaison au manuscrit original du curé Mingaud. Dans les notes de bas de page, il n'a pas paru nécessaire de présenter les personnalités très connues de cet épisode (Cavalier, Rolland, de Montrevel, de Bâville, etc ).
-
M. l’abbé du Cheyla 1
L’an mil sept cent deux, et le vingt-quatrième jour du mois de juillet,
noble François de Langlade du Cheyla, diocèse de Mende, inspecteur et
archiprêtre des Cévennes de Mende, recommandable non seulement par son
esprit extraordinaire, qu’il avait cultivé par les belles lettres, mais
encore par son zèle infatigable pour le salut des âmes, qui lui avait
fait traverser les mers, pour annoncer l’Evangile dans le royaume de
Siam, et qui l’avait attaché aux Cévennes de Mende pendant quinze ans,
pour travailler à la sincère conversion des nouveaux convertis, fut
martyrisé pour la foi au Pont de Montvert, la veille de St. Jacques
apôtre, environ sur les dix heures du soir, par une troupe de scélérats
fanatiques, lesquels ayant projeté une sédition, avaient résolu de faire
mourir tous les prêtres et tous les bien convertis, qui ne voudraient
pas se joindre à leur troupe, et faire prêcher des ministres dans toutes
les églises. Ils crurent de pouvoir venir facilement à bout de leurs
pernicieux desseins, s’ils commençaient par le chef de tous les prêtres
de ce pays, qu’ils regardaient avec raison comme le fléau de leur secte
détestable. L’impie roturier, nommé Esprit Séguier 2 de la paroisse de Cassagnas, insigne par
ses crimes, et surtout par ses impuretés, ayant quitté sa femme depuis
un an, pour entretenir un commerce scandaleux avec une malheureuse qui
le suivait, était le prédicant de cette bande ; il tombait, tremblait,
écumait, sanglotait, etc., et après tous ces mouvements, il prononçait
ce qu’il prétendait lui avoir été inspiré par le Saint-Esprit. Tous
ceux de l’assemblée écoutaient ses paroles comme des oracles, et tâchaient
de les exécuter fidèlement. Dans toutes les assemblées, ils se trouvèrent
plusieurs fanatiques qui prophétisaient, mais il était le plus distingué
de ces montagnes. Cette troupe tumultueuse alla fondre tout à coup,
sur la maison où était logé ce saint missionnaire, avec des cris effroyables,
enfoncèrent la porte, brisèrent l’autel où ce saint prêtre avait offert
le même matin le sacrifice du corps de Jésus-Christ, et où il avait
sans doute offert le sien en holocauste ; mirent le feu à la chapelle
après avoir enlevé le calice, et craignant de monter à la chambre au
dessus de la chapelle où était cet inspecteur, y mirent le feu. Ce saint
prêtre sachant que les armes des ecclésiastiques sont la prière, défendit
à ses deux valets de tirer, voyant qu’ils étaient en défense ;
se retira dans un cabinet où il les entendit en confession, et y pria
jusqu’à ce qu’ayant une partie du corps brûlée, il essaya de se jeter
d’une fenêtre en bas, où ces scélérats se ruèrent sur lui comme
des loups sur une brebis, le conduisirent sur le pont avec des grands
cris de joie, le traitant de « bougre », « chien »
et autres injures atroces, lui promettant la vie s’il veut se ranger
de leur parti et prêcher avec eux ; il les regarda d’un œil d’indignation
(car dans toutes ses conversations et même ses prédications, qu’il faisait
jusqu’à quatre fois par jour, dans ses visites fréquentes, allant de
paroisse à paroisse, il ne pouvait s’empêcher de témoigner l’horreur
et l’aversion qu’il avait pour l’huguenotisme 3 et pour le fanatisme). - Comme pasteur des âmes, il avait un soin tout particulier
d’orner les églises. Il repaissait ses ouailles de la parole de Dieu,
non seulement dans l’église, mais encore dans les villages, où il allait
faire le catéchisme, et trouvant quelque berger, ou personne grossière
de la campagne, il tâchait de l’instruire en langue vulgaire 4
des principes de notre Sainte Religion, et des obligations de son état.
Il tâchait de leur donner bon exemple en tout. Il allait les visiter
lui même, étant malades, et leur donnait les sacrements, faisant voir
sa libéralité en secourant les pauvres, du linge, de viandes pour les
bouillons, et autres choses nécessaires. En l’an 1691 le mois de décembre,
y ayant 80 malades dans la paroisse de St. Croix, et ne pouvant y aller
lui même, y envoie sieur Castanet, à présent prieur des Balmes, et celui
qui écrit ces choses pendant un mois, envoyant toutes les semaines plusieurs
moutons, des volailles, du salé en profusion, et du linge pour secourir
ces pauvres malheureux. - Comme archiprêtre et inspecteur, il témoignait un zèle et un travail infatigable, étant dans un mouvement perpétuel, ayant des entrailles de père pour tous ceux qu’il voit être dans le sentiment de se corriger, et étant ferme à l’égard des obstinés. On lui avait souvent dressé des embûches, qui ne l’empêchaient jamais d’agir, et il disait souvent par un principe d’humilité, qu’il se croyait perdu, à moins que Dieu ne lui fit la grâce de mourir pour le soutien de la foi qu’il annonçait. Il était le père de tous les prêtres et ecclésiastiques, qu’il corrigeait d’une telle manière, que ses avertissements étaient toujours bien reçus. Il les recevait tous indifféremment dans sa maison, avec une cordialité et charité sans égale, se faisant un plaisir singulier de bien les nourrir. Se disposant de les recevoir à toutes les conférences ecclésiastiques, sans qu’il voulut jamais recevoir d’eux aucune rétribution. Il avait une tendresse toute particulière pour les bons ecclésiastiques, qu’il tâchait de placer dans les bénéfices. Il souhaitait si fort de remplir ce pays de bons prêtres, que se confiant à la divine providence, il fit un séminaire de sa maison à St. Germain, qu’il entretint plusieurs années, et l’aurait encore entretenu, si le démon envieux d’un si grand bien, n’eut suscité des oppositions qui furent insurmontables. Il y avait environ 30 enfants, nouveaux convertis
des Cévennes, et autant des ecclésiastiques, qu’il tenait à une pension
très modique, et plus de vingt ne payaient point : il était le
premier à garder les règlements, tant que les occupations de son emploi
lui permettaient de rester. Il y appelait les curés pour la retraite
annuelle : et voulait avoir un second qui put conduire la maison
en son absence, ne fit pas de difficultés, de se dépouiller en faveur
d’un prêtre, d’un seul bénéfice simple de cent écus qu’il avait eu de
son oncle. -
Je n’ose pas entreprendre de rien dire de ses vertus héroïques. Elles
sont connues au public. Comme prêtre il récitait offices et célébrait
la sainte messe, avec une dévotion exemplaire. Il avait tant
de soin de conserver sa chasteté si essentielle à cet état, qu’il ne
regardait jamais en face aucune femme, ni fille, et quoiqu’il fut si
agré dans les conversions 5; d’abord qu’il y avait des
personnes du sexe, il paraissait tout interdit et stupide ; et
sachant que le vin allume la concupiscence, il ne faisait ordinairement
que rougir l’eau 6;
craignant avec St. Paul d’être damné en prêchant aux autres, il châtiait
rudement son corps, non seulement par des voyages à pied, lorsque ses
forces lui permettaient pendant les quatre ou cinq premières années
de sa mission, mais encore par une cilice et de fréquentes disciplines :
je l’avais souvent surpris dans ces actions de mortification. Il jeûnait
très souvent dans les avents, les vendredi et samedi ; il avait
une dévotion particulière à la très Sainte Vierge, à l’honneur de laquelle
il récitait son chapelet tous les jours. Sa charité était admirable.
Je lui ai vu tirer ses habits de dessous pour en revêtir les pauvres,
il ne connaissait point d’action de charité dans laquelle il ne voulut
entrer avec une libéralité magnifique…7 - M. le curé de Frutgères Le 25 juillet
1702, cette même troupe passa par Frutgères 8,
tua M. Reversat, curé dudit lieu, pilla et brûla sa maison, renversa
les autels et emporta les ornements de l’église. - M. de Boissonade, curé de St. André de Lancize
Le 27 dudit mois, ils furent à St. André de Lancize, firent leur
possible pour brûler l’église, qu’ils pillèrent après avoir renversé
les autels et brûlé les croix ; pillèrent pareillement la maison
de messire Jean Boissonade, curé dudit lieu ; montèrent au clocher
où ils trouvèrent ce saint prêtre entendant en confession Jean Parent,
acolyte, son maître d’école, qui se préparait à la mort. Ils jetèrent
ce saint pasteur du clocher en bas, lui coupèrent le nez avec toutes
les lèvres du dessus, lui coupèrent une mâchoire, lui appuyèrent le
fusil au col, pour lui couper la gorge et lui brûler le visage avec
la poudre. Il avait plusieurs autres coups de fusil de fusil et de dagues
par tout le corps, que je n’eus pas le temps de vérifier, craignant
que ces scélérats, qu’on disait être encore sur la montagne qui domine
le lieu, ne descendissent. Nous l’enterrâmes
vers le milieu de la nef de son église. - Jean Parent, acolyte Je trouvai
Jean François, le maître d’école, qu’ils crurent d’avoir tué, tout couvert
de blessures et de son sang, auquel par dérision on avait coupé les
parties, que la pudeur ne permet pas de nommer, Dieu voulut le laisser
vivre onze jours après son curé, et lui faire souffrir de douleurs inconcevables,
qu’il endura avec une patience héroïque, priant toujours pour ses bourreaux.
Nous le mîmes entre les mains d’un chirurgien. Il fut enterré dans le
cimetière de la dite paroisse, n’ayant pas trouvé suffisamment de terre
dans l’église. - Michel, valet de l’abbé du Cheyla
Le nommé Michel, valet de l’abbé du Cheyla, mourut le septième août,
et fut enterré à Fraissinet, étant mort au Pont de Montvert, où il fut
blessé pour n’avoir pas voulu quitter son maître. Il reçut tous les
sacrements d’une manière fort exemplaire. - Le sieur Roux Le sieur Roux, maître
d’école, qui fut massacré dans la chapelle sur l’autel,
dans le même temps que notre inspecteur fut martyrisé ; il fut
enterré à Frutgeres avec le rentier de la maison où était logé M. l’abbé
[9]
. - La
Devèze Le 28
[10]
, ces scélérats furent au château de La Devèze, paroisse
de Molézon, où ils firent mourir messieurs de La Devèze et de Nougeirol
[11]
, frères , deux gentilshommes très sages et craignant
Dieu. Ils firent ensuite sauter la cervelle à Melle Marthe
[12]
, leur sœur âgée d’environ 25 ans, la plus jeune de
la famille, fille d’une grande vertu. Ces trois enfants furent égorgés
en présence de leur mère
[13]
, qui les exhorta à la mort, qu’elle souffrit la dernière,
avec une constance et une fermeté admirable, âgée d’environ 70ans…M.
de la Grèze, oncle de ces messieurs, y fut encore tué avec un fils d’un
des rentiers. J’avais souvent entendu en confession ces deux demoiselles
[14]
, dont la vie était si réglée, et toute la famille
vivait si religieusement que, sortant de cette maison, j’étais dans
l’admiration, et en même temps dans la confusion, voyant plus de vertu
dans une maison de laïques, que celle de plusieurs prêtres. Presque
tous les prêtres des paroisses écartées abandonnèrent leurs églises,
jusqu’à ce que ce grand feu fut apaisé. J’ai cru devoir faire un petit
récit fidèle de ces cruautés, afin que ceux qui les liront dans la suite,
comprennent jusqu’où se peut porter la fureur des hérétiques, et combien
ils sont dignes de compassion. Mingaud curé. - Le Collet de Dèze Le 27 août, le nommé Laporte
[15]
, de Branoux, ayant quitté la qualité de marchand
de pourceaux, pour prendre celle de colonel de La Courtine, fut au Collet
avec une centaine de ces bandits, où M. Ravayre, curé, trouva moyen
de passer par une fausse porte, ils ravagèrent sa maison et la pillèrent. - Molézon
Quelque temps après, ils brûlèrent la maison presbytérale de
Molézon ; M. Gely, curé, en étant absent, ravagèrent l’église,
ne pouvant la brûler. Il est à remarquer qu’ils épargnèrent un beau
tableau de l’Assomption de la Sainte Vierge, à laquelle cette église
est dédiée, se contentant de briser le cadre, quoiqu’ils déchirassent
avec rage et fureur tous les autres tableaux. Ce tableau avait été donné
à cette église par l’illustre abbé du Cheyla, lorsqu’il en était prieur.
Le lendemain ils brûlèrent trois églises du diocèse d’Alès. - M. le prieur de St. Martin de Boubaux Le 28e août, ils arrivèrent à
St. Martin de Boubaux, dirent à M. Gilles de La Pise, prieur dudit lieu,
de leur ouvrir les portes. Ce qu’il fit, leur rendit quelques
armes, les fit boire et manger, après quoi ils mirent le feu à l’église
non voûtée, pillèrent sa maison et y mirent le feu ; ils dirent
à ce bon prêtre qu’il devait rougir de honte de rester dans une église
qui était la Babylone et la prostituée dont parle Saint Jean dans l’Apocalypse,
qu’il croyait à la parole des hommes ; et dans le temps que ce
bon vieillard, âgé d’environ 75 ans, leur dit avec fermeté, qu’il
aimerait mieux mourir, que de préférer la parole des hommes à celle
de Dieu, on lui tira trois coups de fusil à l’estomac, après lui avoir
dit plusieurs fois de prier son Dieu. Il tomba raide mort, et ceux qui
le levèrent ensuite, trouvèrent sous lui les balles qui l’avaient
traversé. On lui donna encore quelques coups de poignards. Les parents
de M. le prieur éteignirent le feu de la maison, où il y eut quelques
papiers brûlés. La divine miséricorde qui éclate en certaines personnes,
permit que ce prêtre qui s’était absenté pendant ces troubles, se contentant
d’aller faire ses fonctions les dimanches et fêtes, eut deux garçons
de sa paroisse qui y étant malades, ou plutôt se feignant de l’être
pour l’obliger à rester, le prièrent de ne les quitter point ;
la charité de ce bon pasteur le fit résister généreusement aux pressantes
sollicitations d’un parent et bon ami, qu’il avait dans le lieu de St.
Etienne, où il voulait l’obliger de revenir l’avant-veille de sa mort.
Ce martyr de la charité avait offert le matin même le saint sacrifice
de nos autels. Il s’était aussi offert lui même, et avait dit quelques
jours auparavant, qu’il ne voulait pas manquer à son devoir, pour prolonger
sa vie de quelques années. Cette fin glorieuse le justifie des crimes
qu’on lui avait autrefois imposés
[16]
, ou s’il les avait commis, il a eu l’avantage de
les expier d’une manière si efficace. Il fut enterré dans son église,
revêtu des habits sacerdotaux. - Lamelouze
La même nuit on brûla l’église de St. Cécile de Lamelouze, non
voûtée. On y brûla une maison du prieur, qui eut le temps de se cacher
derrière une haie. On y prit le nommé Bastide, on lui reprocha d’avoir
porté des lettres contre eux à M. l’Intendant, et après l’avoir conduit
un grand quart de lieue, on l’égorgea au milieu d’un grand chemin. Nota :
que le jour de Toussaint de l’année précédente 1701, on trouva un chien
crucifié à une croix plantée au devant de l’église de ladite paroisse. - 3 soldats
Peu de temps après, ils tuèrent trois soldats dans la paroisse
de Saint Paul, diocèse d’Alès, qui levaient des contributions. Ils manquèrent
le prieur de cette paroisse, lui pillèrent sa maison et l’église, qu’ils
ravagèrent comme les autres. Nota : cette maison fut ensuite brûlée. - nota
c’est un fait connu, que le consul de Ners, dont il est parlé
par la suite, alla au devant des fanatiques, voyant qu’il ne pourrait
pas se sauver. «je sais » leur dit-il « que vous me cherchez,
me voici prêt à mourir pour ma religion ». On le presse d’y renoncer
et résiste, quoiqu’on lui promit la vie. Il obtint le temps de prier
Dieu, et d’offrir sa vie, après quoi il leur dit « tuez quand il
vous plaira ». Le
curé quoique poignardé, voulant sortir à la nage de la rivière, où on
l’avait jeté, se prit à la barque avec les mains, qu’on lui coupa à
coup de sabre. - Curé de Deaux Audit diocèse d’Alès, M. le vicaire de Deaux et le consul de Ners
[17]
, furent jetés dans une rivière, après avoir
été poignardés
[18]
. C’était vers le 27e octobre, et la maison du sieur
Gervais de Falguières
[19]
, fut brûlée. Nota, touchant ledit consul page
six
[20]
. - St. Frézal, St. Privat, St Hilaire Les églises de St. Frézal, de St. Privat, de
St. Hilaire, y furent pareillement ravagées. Dans la dernière, il y
avait un tabernacle d’environ 400 livres. La maison presbytérale de
St. Privat fut brûlée, et la grange du prieur de St. Hilaire. - St. Julien d’Arpaon, le sieur de Lapierre
Vers le 18e octobre, on brûla la maison de M. le curé
de St. Julien d’Arpaon et celle du sieur de Lapierre, notaire, après
avoir emporté jusqu’aux serrures des portes. Le sieur de Lapierre, reçut
en fuyant un coup de fusil qui lui emporta une partie de la mâchoire.
Il ne mourut pourtant pas de cette blessure. Sieur Salomon Gardès, nouveau
converti, aussi bien que ledit de Lapierre, jeune homme de 25 ans, y
fut poignardé, parce qu’il avait été souvent avec l’illustre abbé du
Cheyla, et servi de greffier aux subdélégués de M. l’Intendant, dans
les procédures qu’on avait faites. L’église dudit St. Julien eut le
même sort des autres. - St. Laurent, Comandré La même nuit, ils furent à St. Laurent de Trèves,
près de Florac, y brûlèrent la maison de M. Encontre, prieur dudit lieu,
et l’église autant qu’il fut en leur pouvoir, et étendirent sur le grand
chemin le nommé Comandré
[21]
, paroisse dudit St. Julien, après l’avoir poignardé ;
nouveau converti qu’ils avaient pris dans sa maison. Ce bon homme, âgé
d’environ 60 ans, avait resté cinq ou six ans dans le quartier de Droubies
de cette paroisse, où il m’était d’un grand secours par les avis
qu’il me donnait, et par ses exhortations aux plus opiniâtres ;
et sans se diviser, ils furent au village de Nozières, paroisse dudit
St. Laurent, y pillèrent quelques maisons et brûlèrent celle du sieur
Dupuy, n’ayant pas pu le prendre lui même, que le voulant aussi tuer,
parce qu’il paraissait bien converti, et bien intentionné pour la religion. - Consul de Molézon, Pompidou Le 17e octobre, ils prirent le sieur
de Malhérac, consul de Molézon, qu’ils poignardèrent voyant approcher
les troupes du roi, et furent enlever la munition de guerre du corps
de garde du Pompidou. - St. Andéol de Clerguemort Le 27, on brûla l’église et la maison presbytérale
de St. Andéol de Clerguemort, la maison d’un nommé Pascal, et l’on y
tua le sieur Donzel, nouveau converti, après l’avoir tiré deux cents
pas hors du lieu. - St. Michel Le 10e novembre, la maison de M. Roux, fort belle
fut brûlée avec son église, dédiée à S. Michel, qui était fort propre ;
belle chaire, confessionnaux ; les ornements réfugiés chez
la veuve de Francézon, furent aussi brûlés. Pratlong, La Pélucarié Le 12e novembre 1702, la maison du nommé Pratlong, pensionnaire
de La Pélucarié, paroisse de Notre Dame de Moissac
[22]
, fut brûlée avec ses effets ; trois filles dudit
rentier, fort craignant Dieu, y reçurent la couronne de martyr ;
l’une reçut un coup de fusil et fut ensuite assommée à coups d’une grosse
barre ; on fit brûler l’autre dans un four, et la troisième fut
brûlée avec les meubles de la maison ; on ne trouva que quelques
ossements : le père et la mère fuirent à St. Etienne. - Moissac
La même nuit, les maisons de M. Moulet curé de Moissac, furent
brûlées avec la porte de son église ; le bruit qu’on fit au château
où ledit sieur curé était réfugié, en l’absence du seigneur, donna la
fuite à ces bandits. - Femme de Gély Le 29e novembre 1702, la femme de Gély du Mazel Rozade,
paroisse de St. Germain, étant dans le travail de l’enfantement, fut
poignardée par les nommés Couderc dudit lieu
[23]
, ses proches parents, et entièrement consumée dans
l’incendie de sa maison ; on ne trouva que les entrailles et l’enfant
au milieu. Un petit garçon de dix ans fut pareillement poignardé et
brûlé, voulant se jeter sur sa mère, pour la mettre à couvert de la
rage de ces malheureux Couderc, accompagnés d’une trentaine de bandits.
L’aîné dudit Gely s’échappa après avoir été blessé ; on le poursuivit
un quart de lieu ; le père se sauva par quelque fenêtre. - Les Crémats Le 9e décembre 1702, ils pillèrent les maisons du sieur
Castanet des Crémats, de cette paroisse, celles de Castanet de St. Martin
de Boubaux, et de Maurel d’Espinassounel. Quelque temps auparavant,
une bande passa par Droubies, et alla joindre la troupe, qui tua le
sieur Vincent, capitaine, avec trois ou quatre soldats, qui étaient
en quartier à Mandajors. Ils se battirent au dessus de Pereyret. - Sérignac
Le 23e novembre, ils avaient brûlé l’église de Sérignac,
dans laquelle ils brûlèrent deux hommes qu’ils attachèrent ensemble,
la maison curiale et celle d’un ancien catholique qui fut grièvement
blessé. La même nuit, l’église de Bragassargues, avec les maisons de
quatre anciens catholiques. Tout cela est proche de Quissac. - Mialet
Vers le 9e décembre, les églises de Mialet, avec trois
hommes et trois maisons, celle de Peyrolles, avec la maison curiale,
et le sieur Daudé, père du prieur, avec un valet, l’église de Générargues
et celle de St. Sébastien, furent brûlées. - St.
Martin, St. Privat Le
15e, les maisons du sieur de la Rouvière, maire de St. Martin
(de Lansuscle), celle du sieur Bastide, de ladite paroisse, furent brûlées.
La maison du sieur Verdeilhan, notaire de St. Privat, eut le même sort.
Cet homme y fut tué, et ensuite brûlé avec un de ses voisins boiteux,
pour avoir découvert une assemblée. En même temps, trois exprès
[24]
que M. de Broglie, commandant dans la province,
envoyait du côté de Vézénobres, furent tués. - Sauve
Vers le 10e janvier 1703, ils entrèrent dans Sauve
en plein jour, où ils brûlèrent l’église, y tuèrent le curé, deux secondaires
[25]
, et un capucin, brûlèrent deux ou trois maisons,
et tuèrent autres quatre ou cinq personnes. - Poul Le 12e dudit, M. le
comte de Broglie, commandant dans la province, les rencontra entre Lunel
et Nîmes, assez près de Candiac, où ils avaient resté prés de vingt-quatre
heures pour se rafraîchir. N’ayant pas assez de troupes, le colonel
Poul y fut tué avec quinze de ses dragons, et M. Dourville blessé à
la tête. Ce dernier est capitaine des dragons. On dit que ces bandits
étaient 700 attroupés. - St. Maurice Le 6e janvier 1703, ils brûlèrent l’église de St. Maurice
de Ventalon, et la maison du prieur, le lendemain du départ des troupes. - St. Martin de Lansuscle Le 16e janvier 1703, ils brûlèrent
l’église de St. Martin de Lansuscle, la maison de M. le curé, et celle
de M. du Campel, avocat de ladite paroisse. - St. Jean Le 18 courant, insultèrent
aux habitants de St. Jean de Gardonnenque
[26]
, et ne pouvant les obliger à sortir, ils brûlèrent
le château de M. de Lavalette, et une maison du sieur Viala, à soixante
pas du lieu, et tuèrent dans la même nuit quatre hommes des environs,
et enlevèrent le consul de Mialet. - Poulx
Le même soir de la mort du sieur Poul
[27]
, colonel des dragons, ils allèrent à un village nommé
Poulx, à une lieue de Nîmes, où ils brûlèrent dix ou douze maisons,
et tuèrent quinze personnes. Ce village de cinquante maisons, est ancien
catholique. - Nota
Le 19e, ils ôtèrent du côté de St. Roman, six
cents écus à quelques marchands du Rouergue. - Cendras
Le 20e, ils brûlèrent l’abbaye de Cendras, quatorze
maisons à la Blaquière, et tuèrent dix personnes. Cendras n’est
qu’une vieille masure. - St. Roman
Ce même soir, ils brûlèrent la maison où le curé de Moissac s’était
retiré, à St. Roman. Il vint se réfugier ici, étant sauté par une fenêtre,
et deux compagnies n’ayant osé l’empêcher, abandonnèrent le poste le
lendemain…Le même soir ils brûlèrent une maison à Saumane. - Moissac
Le 20, ils brûlèrent le château de la baronnie de Moissac. - Gabriac Le 23, ils brûlèrent l’église et la maison du prieur de Gabriac, et le château de M. de Brissac. Le même jour, le château de Valescure près de Peyrolles. A noter que ledit château avait été rasé, il y a douze jours pour avoir retiré un prédicant nommé l’Allemand [28] . - Ste Croix
Le 24, les troupes du roi abandonnèrent le Pompidou et Ste Croix,
pour se retirer à St. Etienne ou à Barre. Le même soir, après leur départ,
les fanatiques ont brûlé l’église et maison claustrale de Ste
Croix, le château dudit lieu, les maisons des sieurs Giscard, Pintard,
et de la nommée Marie, proche du pont. - Maletaverne La même nuit du 20, ils furent à Maletaverne, près de la Blaquière,
y brûlèrent aussi quelques maisons
et tuèrent douze personnes, huit de la même famille, une femme enceinte,
et trois petits enfants dans le lit, les enveloppèrent dans la couverture
et dans les draps, après quoi, ils mirent le feu au lit et à la maison.
La même nuit, ils coupèrent les mamelles à une fille, les extrémités
des mains et des pieds, lui tordirent et disloquèrent les bras, et la
jetèrent dans une auge à
cochons, après lui avoir brisé les mâchoires et arraché la langue,
disant qu’elle avait mal parlé de leur conduite. - St André
Le 26, ils furent à St. André de Valborgne, où ils prêchèrent,
et se rafraîchirent comme ils voulurent ; ils firent cela trois
fois. L’église brûlée…
[29]
- Génolhac
Le 30e janvier 1703, ils brûlèrent le couvent des
R.P. Jacobins, à Génolhac, la maison de M. le curé et celle du sieur
de la Condamine ; et on y tua un officier des troupes, avec
sa compagnie, qu’ils brûlèrent dans leur caserne. Quelques jours auparavant,
ils prêchèrent et tinrent leurs assemblées aux églises de Ste Croix et de Moissac, comme ils avaient fait deux fois à St. André. - St. Etienne Le 1er jour de février 1703, après avoir envoyé
beaucoup de menaces aux habitants du bourg de St. Etienne, ils brûlèrent
la maison que Jean Dumas de la Combe avait à Andajac, où le nommé Malard
était rentier. - Droubies
Le six, ils couchèrent à Droubies, au nombre de 250, lièrent
Jeanne Castanet, femme d’Antoine Chantagrel, rentier de l’Esclopier,
et lui appuyèrent trois ou quatre fusils pour la tuer, parce qu’elle
avait quelques images de Notre Seigneur, de la Ste Vierge, et qu’elle
ne voulut pas promettre de ne plus venir à l’église. Dieu la conserva
cependant, par les sollicitations de son mari. - St. Félix
Le 7, ils brûlèrent l’église de St. Félix, diocèse d’Alès, et
autres dont je ne me souviens pas du nom, avec le château dudit
lieu. - Espinassous Le 8e jour, le lundi, ils arrivèrent à Espinassous au nombre
de quatre ou cinq cents, y restèrent vingt quatre heures, tenant tout
le Mazamalric et Serres, y mangèrent et burent sans tenir d’assemblée,
emportèrent environ vingt salmées de châtaignes, du sieur Delon, fermier
de la dîme, enlevèrent les chevaux de M. de Leyris, du sieur Soulier
de St. Germain, et huit ou dix mulets de la paroisse ou d’ailleurs ;
emmenèrent les trois garçons d’Huc du Passadou, dit Boujeron, celui
de Jacques Metge, maçon, et autres ; ils lièrent Elie Bonnal, tisserand,
du Mas de Travers, qu’ils égorgèrent sur la montagne de Vieilles Mortes,
avec un sergent d’Anduze. Ledit Bonnal fréquentait les sacrements, et
sa famille, depuis quatre ans, d’une manière exemplaire. Nota :
Que les voisins dudit Bonnal, voyant des fanatiques attroupés, n’osèrent
pas le porter à St. Etienne pour l’enterrer, mais ils l’ensevelirent
à l’Espinassous. - Vebron
Le 10, ils brûlèrent l’église de Vebron et la maison curiale,
y restèrent publiquement, et y tinrent des assemblées où toute la paroisse
et voisinage assista. - Meurtres
Deux hommes avaient été pareillement égorgés du côté d’Anduze,
quelques jours auparavant. Quatre muletiers furent tués du côté du Pompidou
– dont l’église fut brûlée – des provisions de carême pour Mgr.
de Mende
[30]
enlevées, quelques jours après les porteurs
arrêtés. Un détachement fut défait du côté de Nîmes, ces fanatiques
s’étant embusqués. - Incendies
Trois ou quatre villages furent incendiés tous proches de Nîmes,
et à Chamborigaud quinze ou vingt maisons brûlées, et un grand
nombre de gens de tous âges et de tous sexes égorgés. -
Cruautés Un grenadier malade, logé chez moi le 1 mars 1703, de Viviers, Sage,
m’assura avoir vu une femme que les fanatiques avaient pendue à un arbre,
après lui avoir fendu le ventre pour lui arracher l’enfant qu’ils jetèrent
au feu. - Génolhac
Ils furent plusieurs fois à Génolhac, où ils exercèrent de grandes
cruautés, les derniers jours de février 1703 ; il s’y était fait
un gros
[31]
de gens ; les paroisses entières, sans excepter
les vieillards, y étaient accourues en foule ; ils voulaient s’y
fortifier, et y avaient cinquante chevaux ou mulets, pour y porter toutes
les denrées du voisinage, le commerce étant entièrement rompu. M. de
Julien, maréchal de camp, y allant d’un côté, et un détachement de 500
hommes de l’autre, pour les investir. Ces malheureux se dispersèrent
pour quelques jours. - St. Etienne Les 500 couchèrent à St. Etienne en pure perte, en venant, et
ruinèrent la plupart des habitants. - Droubies
La même nuit que les troupes du roi étaient ici, les fanatiques
furent à Droubies, où ils couchèrent tranquillement, et n’en partirent
tambour battant qu’après avoir dîné. Quelques jours auparavant,
la ville d’Anduze fut dans de grandes craintes ; les fanatiques
brûlant un château tout proche. - Fraissinet de Fourques Vers le 20e février 1703, tout
Fraissinet de Fourques fut brûlé, beaucoup de femmes et enfants égorgés,
les hommes se défendirent généreusement. Ils arrachèrent les enfants
d’entre les bras des mères pour les égorger. Une mère, empoignant l’épée
nue pour garantir son enfant, eut les quatre doigts coupés ; elle
reprit la même épée de la main gauche, et reçut pareille blessure ;
et n’ayant plus les mains libres, ce bourreau put percer l’enfant
et le sein de la mère d’un seul coup. Il y eut environ cinquante personnes
de tuées ou de blessées. - Chamborigaud Le 15 mars 1703, il n’y avait que trois feux dans Génolhac, tout
le reste ayant été dissipé. Dans le temps de la destruction de
Génolhac, les fanatiques brûlèrent l’église et maison claustrale de
Chamborigaud. Quelques jours après, ils brûlèrent, dans ce vallon, 14
maisons ; et y tuèrent 57 personnes, parmi lesquelles se trouva
un enfant de trois jours, qui n’ayant pas reçu le baptême d’eau, reçu
celui du sang ; on lui coupa le visage à coups de sabre, et l’étendit
ensuite sur le sein de la mère morte ; ils égorgèrent ce même jour
7 muletiers, qu’ils étendirent au travers du chemin. - St. Etienne Le 17e mars 1703, noble Jacques de Cabiron, âgé d’environ 22
ans, fils à M. de Solpérières
[32]
, fut tué par une troupe de fanatiques au pont de
Salindres, entre St. Jean et Anduze, l’accusant d’un trop grand zèle
pour la religion catholique
[33]
, dans laquelle il avait été élevé
[34]
pendant plusieurs années, dans le séminaire de l’illustre
abbé du Cheyla ; ce jeune homme venait de Nîmes, où il s’était
rendu avec le reste de la noblesse de ce pays, par ordre de M. le maréchal
de Montrevel ; on lui arracha un œil, on lui fendit le crane, et
lui tirèrent un coup de fusil au cœur ; on le laissa nu sur le
chemin. - Vézénobres Entre la Calmette et Alès, un détachement de Tournon fut attaqué
par les bandits ; les habitants des villages voisins se joignirent
à eux, et environ 30 soldats y périrent. Quelques jours après, idem,
vers le 22 mars, une recrue allant vers St. Jean, fut encore battue,
et une compagnie des grenadiers qui l’escortait ; ils pillèrent
partout. - Nota Ces
prétendus prophètes annoncent , de la part de Dieu, que tous les biens
étant à lui, il veut les donner à ses enfants, qu’ainsi ils peuvent
prendre sans pêcher. Ils mènent une vie abominable, les filles couchant
librement et sans honte avec les garçons qu’elles aiment ; cela
est notoire. A l’Esclopier, une se mit au milieu de deux ; et à
Saumane, deux filles se mirent avec quatre garçons, soutenant qu’ayant
parlé à Dieu, il n’y a pas de mal. - Ganges
Les habitants de cette ville là, ne pouvant ou ne voulant pas
résister, les fanatiques y entrèrent ; leur prêtre fut noyé en
fuyant. - Lunel
Vers 18e mars, un prêtre allant voir M. de Montrevel,
fut pris, conduit dans son église, où il fut brûlé. Dans le mois d’octobre
1702, M. le curé de St. Jean de Ceyrargues
[35]
, promoteur d’Uzès, fut poignardé par ses paroissiens,
auxquels il s’était toujours confié. - Vers le 15e avril 1703, deux anciens
catholiques furent pris du côté de Cardet et massacrés. Ils avaient
auparavant brûlé le château de M. de Montalet, du côté d’Alès, et plusieurs
autres maisons au village. - Le lundi 16 avril, une troupe d’environ 800
de ces rebelles, se mit en embuscade au village du Pradal, paroisse
de Cassagnas, pour tirer dessus le régiment de Marcilly
[36]
, et un détachement de 250 hommes, commandé
par M. de Pomponne. Nos troupes en tuèrent une vingtaine, et leur prirent
18 fusils. - Le mercredi, 18e avril 1703, on tint
une assemblée à las Visettes
[37]
, paroisse de Mialet ; un prétendu prophète tombant,
dit qu’un de la troupe devait être tué ; le sort tomba sur Jean
Chantagrel
[38]
de l’Esquinade ; on lui coupa la tête après
l’avoir poignardé, en présence de Lucrèce, sa fille qu’il avait menée
à l’assemblée. -
Les Salles du Gardon Le 23 avril 1703, Cavalier chef d’une grande
troupe de rebelles, tomba dans le village des Salles du Gardon, du côté
d’Alès, où il tua 18 personnes ; ce village ancien catholique,
crut que c’était de nos troupes, les voyant arriver. Le même jour il
en avait fait massacrer sept ou huit dans un autre lieu proche. La
nuit du 29 au 30 avril, ces malheureux furent rencontrés par nos
troupes à Bagard
[39]
, dont ils avaient brûlé l’église ; 4 officiers
blessés à mort, 9 soldats restèrent sur place, et environ 30 furent
blessés. Il y resta de ces malheureux 411. Environ
le 24e mai 1703, le nommé Gervais de Falguières, paroisse
de St. Jean de Gardonnenque, fut poignardé de 30 coups de dagues
par les fanatiques, et le bâtier
[40]
dudit St. Jean, rencontré en chemin fut enlevé et
tué, ce dernier était ancien catholique. Depuis
ce temps là, on a tué un très grand nombre de personnes, un
l’exprès de M. de Montrevel, comme je n’ai pas bien su le détail. J’ai
omis d’écrire, sur le chemin de Montpellier à Vauvert, on trouva quatre
hommes égorgés. Ces fanatiques pendirent sur des arbres quatre enfants
de l’hôpital de Nîmes, qui étaient allés cherchés du bois ; la
semaine dernière, vingt moissonneurs furent brûlés dans une grange,
par ces infâmes. Le
2e juillet 1703, Couret, sergent exploitant, fut tué du côté d’Escoute
Se Plau. Le
5e dudit, la maison du sieur des Camboux
[41]
fut brûlée ; le 13e dudit, le sieur Mates d’Appens,
fut encore massacré. Vers
le 15e juillet, ils brûlèrent six maisons au Collet de Dèzes. Vers
la fin du mois, le sergent du sieur de La Devèze, conduisait un détachement
de 18 hommes, les camisards embusqués sur le chemin de Barre, vis à
vis de Vergougnoux, en tuèrent 10. Vers
le 15e septembre, 60 soldats du régiment de La Fare, furent investis
et égorgés près de Durfort, par une troupe de 800 camisards. Vers
le même temps, le nommé Peytaud
[42]
, un des huit envoyés par les Etats de Hollande, pour
émouvoir une sédition générale, ayant été rompu à Alès, et le père et
le frère de Cavalier pris, un village fort prés d’Alès, appelé Potelières
fut brûlé ; il y eut 28 personnes de tuées, tous anciens catholiques. Le
lendemain, une métairie
[43]
du chapitre d’Uzès, vers le même endroit, fut brûlée,
où il y eut 21 personnes de tuées, et Cavalier écrivit à M. de Montrevel,
que s’il ne lui rendait son père, il viendrait le brûler dans le fort
d’Alès. Vers
le 22, deux villages près de Sommières
[44]
, furent brûlés, et plus de 100 personnes, parmi lesquelles
il y avait beaucoup d’enfants, furent passées au fil de l’épée. Ils
ont continué leurs meurtres, vols et incendies, dans les villages catholiques
de la plaine, n’en trouvant plus dans ce pays
[45]
. -
Le Crémat Le 14e octobre 1703, Jean Baptiste
Castanet, mon paroissien, âgé d’environ 20 ans, fut pris par ces fanatiques,
et l’ayant gardé 8 jours sans pouvoir l’obliger à renoncer à la religion
catholique, le massacrèrent. -
Nota
[46]
les mois de novembre et décembre 1703, les 32 paroisses
des Cévennes furent brûlées. -
Espinassous 1704 Au commencement de février 1704, le valet de
sieur Bonnal, ancien catholique de St. Chely du Gévaudan, fut tué par
les camisards à Vieilles Mortes ; le mulet du sieur Bonnal, et
l’âne du sieur Dupras, enlevés. Le
même mois, Cavalier força Lézan, y tua quelques personnes, enleva
vingt vignerons aux portes de Nîmes, et en tua sept. Le
22 dudit , plusieurs métairies furent brûlées aux environs d’Anduze. -
Nota Ledit jour, M. Vidal, prieur de Mialet,
ci-devant curé de Florac, réfugié à Anduze, étant sorti à un jet de
pierre, hors des portes de cette ville là, cinq cavaliers
camisards traversèrent la rivière et vinrent fondre sur lui, lui tirèrent
deux coups de pistolets, l’un à l’estomac, l’autre à l’épaule, et lui
emportèrent partie du crane d’un coup de sabre. Dans
ledit mois de février, on enleva tous les vivres de la plaine, pour
les fermer avec les gens dans les gros lieux où il y a des troupes,
ne laissant qu’un berger dans
les maisons. -
Nota Le 15e décembre 1703, M. le Maréchal
Montrevel donna une ordonnance qui défend à tous les nouveaux convertis
de s’établir, même d’aller dans les lieux brûlés, qui sont tous dans
les Cévennes de Mende, excepté St. Etienne, St. Germain, Barre, Florac,
et le bourg du Pont de Monvert. Ordonne de faire main-basse sur tous
ceux qui y seront trouvés. En vertu de cette ordonnance, beaucoup de
gens ont été tués, ne voulant pas obéir
[47]
, mais tenant toujours la campagne ; de ma paroisse,
Jean de Lerond d’Espinassous, et Pascal
[48]
du Mas Amalric, furent tués. Michel
[49]
avec sa fille bossue, du Mas Bernard, et le fils
de Gervais de Layris, furent passés par les armes, le 10 mars 1704. -
Nota Le 14e dudit, Luc Farelle du Camboux
[50]
, et ayant tenu les chemins environ deux mois
avec ledit Gervais, Michel de Mas Bernard et autres, pour détrousser
les paysans, eut la témérité d’attaquer seul un garçon pour lui ôter
les culottes, le menaçant de le tuer avec un pistolet non chargé.
L’attaqué se voyant pressé, tua ce jeune brigand. Il a été trouvé
entre le Régal et le Mas Bernard, assommé à coups d’une grosse pierre ;
le pistolet a été porté dans ce lieu. La
troupe de Cavalier continue ses désordres dans la plaine, y ayant au
moins deux cents chevaux. Celle de Nicolas
[51]
vint brûler ce dit jour, 15e mars, les châteaux du
Soulier, Richard, et Vimbouches, parce qu’il n’y trouva pas de
vivres. -
Nota Qu’il y a environ vingt mille hommes de troupes
du roi, actuellement dans la province, uniquement pour remédier à ces
désordres, qui ont déjà commencé dans les Boutières du Vivarais, de
la même manière que dans nos Cévennes. Le
16e mars 1704, autre ordonnance qui oblige sans distinction, toutes
sortes de personnes
[52]
, des paroisses brûlées, d’en retirer tous bestiaux
et denrées, et lever les portes et fenêtres des maisons conservées. Le
14e mars 1704, les troupes du roi tombèrent dans une embuscade du côté
de St Césaire
[53]
, Cavalier ayant à dessein fait déserter tous les
habitants dudit St. Césaire, y laissant beaucoup de butins ; les
soldats burent beaucoup et se chargèrent de ce butin. En sortant, ils
virent 30 paysans avec des perches sur le col, qu’ils poursuivirent
jusqu’à ce qu’on fit une décharge si rude sur eux, qu’il en resta plus
de 300 sur la place, parmi lesquels se trouva 19 officiers et 2 chevaliers
de Malte. On prétend qu’il y avait plus de 200 cavaliers dans la troupe
des rebelles, qui firent un grand carnage sur nos soldats. -
St. Germain de Calberte Vers
le 27e avril 1704, un détachement de Labour, en quartier
à St. Germain tomba en embuscade au delà du pont de Rousses, venant
de St. André de Lancize. Les rebelles poursuivirent ces soldats à la
coquière
[54]
du sieur Rosier, et s’en retournant, brûlèrent toutes
les maisons qui restaient à Calberte ; six soldats y furent tués. Le
13e mai 1704, le lundi de la Pentecôte, environ midi,
M. de Corbeville
[55]
chevalier de St. Louis, lieutenant colonel du régiment
de Tournon, venant d’accompagner à Alès ou à Anduze, son colonel avec
environ, trois cent cinquante hommes, tomba dans une embuscade au plan
de Fontmort, où il fut tué avec quatre capitaines et autant de lieutenants ;
il n’en échappa que deux de ce détachement. M. Viala
[56]
de St. Jean, subdélégué de M. l’Intendant, et son
fils, âgé d’environ 18 ans, y furent aussi tués ; le père fut poignardé
dans un précipice de la paroisse de St. Martin de Lansuscle, au dessous
de la tour Fontanille où il fut enterré. On poursuivit les soldats fuyards,
et on en tua jusqu’au village de Malhausette. -
Nota Tant l’épouvante était grande, qu’un
soldat resta dans le champ de bataille, couché tout nu, ayant quitté
les habits
[57]
pour n’être pas aperçu ; depuis le mardi jusqu’au
vendredi, qu’il reconnut un détachement de son régiment qui passa par
cet endroit, il ne mangea ni ne but. Ils crut que ceux qui vinrent
le lendemain enterrer les morts étaient des rebelles, et n’osa pas paraître.
Il y eut environ quatre vingt hommes tués : et les chevaux,
armes , bagages, habits ou argent des officiers ou du subdélégué, se
portaient à dix ou douze mille francs. -
Nota La veille de cette action, M. le marquis de
Lalande, lieutenant général, accompagné de M. le comte de Tournon, que
son régiment avait escorté à Alès, eut une conférence avec Cavalier,
fils d’un boulanger, âgé d’environ 25 ans, à St. Hilaire près d’Alès ;
ces deux généraux y allèrent avec vingt dragons ; les rebelles
étaient pour le moins trois cents, qui gardaient les hauteurs.
Cavalier donna ses propositions par écrit, il y eut suspension d’armes
jusqu’à la réponse de la Cour. M. de Lalande jeta cent louis d’or aux
troupes dudit Cavalier ; il se rendit enfin, et eut un brevet de
colonel. Très peu de rebelles le suivirent, les uns ont dit cent, les
autres soixante. Rolland, châtreur de profession, de la paroisse de
Mialet, auquel on offrait un autre brevet de colonel, n’ayant pas voulu
se soumettre, fut tué vers un lieu appelé Castelnau ; dans la plaine,
cinq de ses satellites pris, savoir : Ravanel
[58]
, Raspal, Grimal
[59]
et deux autres ; le premier
[60]
fut traîné sur la claie, à Nîmes, les cinq autres
rompus vifs
[61]
. Cela arriva vers le 14e août 1704. Autres
douze coquins à cheval furent pris dans la Vaunage, ou tués trois ou
quatre jours après, ce qui a obligé plusieurs de ces malheureux de
se soumettre avec leurs armes. Le
22e août, notre garnison sortit, prit Marie Lafon, Jacques
Dumas son fils, et Isaac Fabien son gendre, qui avaient pris
les armes. M. l’Intendant a accordé grâce au dernier, à ma prière, les
deux autres ont eu la tête cassée, le 23. On
continue tous les jours d’entendre parler des meurtres et assassins,
que je ne marque plus, mon registre ne suffirait pas. -
Nota que le roi croyant que le châtiment des Cévennes
de Mende servirait d’exemple aux autres, ordonna de les brûler. M. de
Julien, maréchal de camp, commença l’expédition vers le 1 octobre 1703.
A notre prière, la paroisse de St. Etienne fut la dernière, afin de
pouvoir recueillir les châtaignes ; elle fut brûlée le 10 et le
12 de décembre 1703. On conserva le Pont de Montvert, Florac, Barre,
St. Germain et St. Etienne ; tout ce qui se trouva à la campagne
fut détruit. M. de Bâville m’accorda
[62]
environ cent maisons hors du bourg qu’on ne brûla
point. -
Nota Le 20e septembre, M. de Fesquet,
seigneur de St. André de Valborgne, se confiant sur la parole de la
Rose
[63]
, chef des rebelles, sortit avec une charge de vivres
pour faire manger une cinquantaine de camisards armés, qui feignaient
de vouloir se rendre. La Rose l’assassina lui même et le dépouilla ensuite. Pendant
le mois de septembre 1704, tous les paysans de la campagne voyant que
les troupes du roi, commandées par le marquis de Lalande, lieutenant
général, faisaient main basse sur tout ce qu’elles trouvaient dans les
32 paroisses brûlées et condamnées, obligèrent les chefs des rebelles
à rendre leurs armes, ce qu’ils achevèrent de faire vers le 12 octobre
1704. -
Nota Ils en ont retenues en quantité, niant en avoir
davantage. Le 12 dudit, M. de Lalande écrivit qu’on accordait
l’amnistie pour ce pays ; que chacun pouvait retourner chez soi,
et y rétablir les maisons. -
Nota Que les rebelles n’acceptèrent le pardon qu’à
certaines conditions : 1er De rester tranquilles, chacun
dans sa maison. 2e Liberté pour tous ceux qui voudraient
sortir du royaume, de vendre ou arrenter leurs biens avant de partir.
3e Que tous les déserteurs des troupes qui étaient parmi
les rebelles seraient pardonnés. 4e Que le roi leur donnerait
les tailles pour deux ans. 5e Que M. l’Intendant donnerait
des ordonnances pour que les créanciers fussent obligés de se contenter
d’un intérêt honnête, sans pouvoir exiger le capital. 6e
M. l’Intendant a promis d’élargir tous les prisonniers capturés à cause
de cette sédition, et de prier pour la liberté des galériens. -
Nota Les rebelles voulaient que non seulement, on
ne les recherchât ni directement, ni indirectement, pour aucun exercice
de la religion catholique, mais qu’il leur fut permis de s’assembler
à la campagne, et que leurs prédicants pussent baptiser et marier comme
ils avaient fait pendant le temps de la sédition. Les puissances ont
été inébranlables, et ont protesté à ceux qui faisaient ces propositions,
que s’ils s’avisaient de s’assembler quoique en très petit nombre,
on les écraserait. Nota 1705. Les affaires ont resté dans le même état jusqu’au mois
d’avril, les officiers des quartiers faisant rendre quelques fusils,
à force d’emprisonner ceux qu’on leur dénonçait. Il ne se
fait que très peu d’assemblées et même sans éclat. Il y a eu des gens
de chaque paroisse qui ont été entendre la messe là où elle se disait ;
pendant cet intervalle on fomentait une sédition plus dangereuse
que la première qui fut découverte par Messieurs de Bâville et de
Barnier
[64]
, à la vie desquels on en voulait. Quatre
hommes armés furent surpris dans une maison de Montpellier le
18 avril 1705 ; l’un desquels ayant blessé le prévôt des archers,
fut tué sur le champ, deux dangereusement blessés, le quatrième genevois
de nation, demanda la vie, ayant des choses de conséquence à communiquer
à M. l’Intendant. Il lui dit qu’ils étaient venus pour soulever le peuple,
et qu’il y en avait un très grand nombre qui avait promis de se ranger
de leur parti, surtout de Nîmes, Uzès, Alès, Anduze et Montpellier ;
qu’on trouverait Ravanel, chef d’une troupe qui ne s’était jamais voulu
rendre, à Nîmes, chez le sieur Alizon marchand, avec Catinat qui, après
être sorti du royaume par permission, y était rentré avec quelques autres.
Ces deux scélérats trahis par le genevois, furent pris et brûlés vifs ;
mourant enragés, ils se mordaient l’un l’autre, un vent ayant porté
les flammes, ce qui fut cause que leur tourment fut plus long
[65]
. Plusieurs citoyens de Nîmes eurent le même sort
de ce marchand qui fut rompu vif et sa maison rasée. Il avait quantités
d’habits tous faits, et on trouva chez un meunier 80 fusils, un baril
de poudre et des balles à proportion. Le
mois de mars 1706, Salomon Couderc, de Vieljouves, paroisse de St.
André, rentrant dans le royaume avec des projets d’une seconde sédition
[66]
, fut pris du côté de Valence et amené à Montpellier
où il fut brûlé vif, pour expier une partie des crimes qu’il avait commis,
ou fait commettre par ses prétendues révélations ; deux de ses
compagnons furent pendus. Vers
la fin de mars 1706 La Fleur
[67]
, continuant à rouler dans les Cévennes avec six bandits
de sa cotte
[68]
, tuèrent trois hommes dans leurs maisons, lesquels
ayant été rebelles, tachaient présentement de faire prendre ceux qui
les avaient engagés dans le parti. Ledit
La Fleur, accompagné de trois autres, assassina vers le 5 juin 1706,
le sieur Lapierre, notaire de St. Julien. Le
12 mai 1706, il parut sur les neuf heures du matin, une éclipse
totale de soleil, qui dura environ un quart d’heure, ce même jour ou
le lendemain, le roi d’Espagne leva le siège de devant Barcelone, toute
la Catalogne étant révoltée contre lui. Le
9 juillet 1706, M. Gauthier, prêtre et prieur de Peyrolles, revenant
de sa paroisse à St. Jean, fut cruellement massacré par trois fanatiques
vagabonds, au même lieu où son prédécesseur avait été tué par le nommé
Vivens
[69]
, depuis 16 ans. Le 24 août 1706, M. Temple [70] prieur de Quissac, près de St. Hippolyte, ayant resté réfugié dans ladite ville pendant ces désordres, et voulant aller faire le service dans sa paroisse où il y avait une garnison, fut attendu en chemin par douze bandits armés, qui lui tirèrent sept coups de fusil, lui coupèrent la tête, et lui roulèrent une grosse pierre sur l’estomac, sans toucher à deux valets, ni à deux charges de hardes qu’il faisait emporter. Le
mois de décembre 1706, le nommé l’Abeille, compagnon de La Fleur,
fut tué du côté de Saumane par un capitaine des mignons
[71]
; le lendemain, ledit La Fleur, accompagné d’autres
trois, assassina cinq personnes dans leur maison, parmi lesquelles se
trouva le nommé Rouvière de Trabassac, paroisse de Molézon , étant accusé
d’avoir trahi l’Abeille. Le
24, La Fleur du Mazel Rozade, paroisse de St. Germain, fut pris, et
le 28 dudit décembre rompu vif à Montpellier. Quelque temps après, l’aîné
dudit La Fleur, dit l’Anglais, fut rompu, étant rentré après le fanatisme ;
il fut pris du côté de Saumane, voulant assassiner un homme dans
sa maison ; c’était vers le mois de juillet 1707
[72]
. Le
mois de juin 1709, les huguenots de Boutières se révoltèrent, au
nombre d’environ 200 armés. On les attaqua trois fois. La première,
les Suisses ne voulurent point tirer sur eux ; il y eut
quatre officiers tués et quelques soldats, et plusieurs blessés. La
deuxième, ces rebelles attaquèrent 700 de nos troupes ; ils furent
dispersés à la vérité après s’être battus comme des enragés ;
on en tua 60 sur place, 15 furent pris et pendus. La troisième, on acheva ;
M. le duc de Roquelaure et M. de Bâville restèrent sur les lieux jusque
vers le vingt quatre juillet de ladite année, que tout fut pacifié.
Presque tous les habitants de Vals s’étaient révoltés ; on y fit
raser sept ou huit maisons. Vers
le mois de juillet 1710, Claris, qui était le seul prédicant fanatique
qui roulait dans le Languedoc, fut pris à Uzès
[73]
. Vers
le mois d’octobre 1710, Jouany, dit Nicolas
[74]
, s’évada de la citadelle de Montpellier, où
il avait resté trois ou quatre ans. Il se soumit dans peu de jours ;
on le mit garde-sel à Agde avec 200 livres de pension, et alors
on n’entendit plus parler d’aucun coureur. Quelques mois après, il revint
dans le pays contre les ordres des puissances ; on le prit, et
voulant se sauver, il fut tué par un mignon, au pont de Rastel, près
de Chamborigaud. Second Fléau du diocèse de Mende Le
mois d’avril 1721, la peste attaqua la Canourgue, où elle fit un
grand ravage, ensuite Marvejols, St. Léger, plusieurs paroisses du haut
Gévaudan, et Mende fut pareillement attaquée le 10e septembre
1721. On
forma une ligne, le long de la rivière du Tarn, vers le commencement
de septembre ou fin août de la même année. On tira les troupes des Cévennes
et on forma une autre ligne, prés d’Anduze. Depuis ce temps là, il y
a une fourmilière de prédicants, qui tiennent leurs assemblées en plein
jour, presque toutes les églises de la campagne sont désertes, celle
de St. Etienne a encore environ 360 nouveaux convertis qui ont communié
à la Pâques dernière 1722. Le village de Cabanemagre ne paraît plus
à l’église. La plupart de l’Espinassous en font de même, aussi bien
que ceux de Serres, quelques trentaines de personnes de ce bourg ont
discontinué de venir à l’église et par
[75]
conséquent vont aux assemblées. Deus misere altuis. Notre Mende est encore en quarantaine ce 31 mai 1722. Le
15 janvier 1723, toutes les lignes ont été levées, la liberté qu’on
avait avant la peste, a été donnée à tout le Royaume. Benedictus
Deus. Le
14e mai 1724, Louis XV a donné une nouvelle Déclaration
[76]
, qui non seulement renouvelle celle de Louis XIV,
mais encore ajoute quelques articles très forts. Le mois d’août, elle
a été enregistrée dans le greffe du bâillage de St. Etienne, comme elle
l’avait été dans toutes les autres cours du Royaume. Sans autre publication,
ni sans aucune exécution, ce qui a rendu nos hérétiques plus insolents
et plus hardis à continuer leurs assemblées. Ceux
qui gouvernent sont plus clairvoyants que nous. Dieu a indiqué le temps
auquel il doit éteindre cette hérésie
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. Fin du Journal du Curé Mingaud
1 L’ouvrage de Burdin, comporte une longue généalogie de l’abbé, qui veut montrer l’ancienneté de la noblesse de sa famille. L’origine de cette noblesse, ne tient cependant qu’à une quittance du 2 janvier 1555, faite à un certain Jacques Langlade. Le père de l’abbé, Balthazar de Langlade, est évidemment mentionné dans cette généalogie, mais l’auteur passe sous silence ses exploits les plus mémorables. Balthazar, après s’être enrichi par d’innombrables violences et exactions commises dans la Margeride, s’y être fait construire un vaste château, est en 1667 décrété de prise de corps par la justice du roi, il va rester introuvable même aux huissiers qui en 1672 se présentent au château, où ils sont retenus par le futur abbé. Un arrêt du parlement le condamne pourtant en 1681 à la décapitation, mais Balthazar finira par mourir dans son château (d’après Le Règne de Louis XIV d’Olivier Chaline, Flammarion, page 498) ; 2 Pierre SEGUIER dit Esprit, de son métier cardeur, et non voiturier comme dans la version Burdin. Exécuté le 12/8/1702. |